Militants au quotidien

Publié le 17 Décembre 2015

Lauriane et Charles Durant ont gagné le concours « La France cherche ses fermes d’avenir » pour la grande région Alca, et viennent d’empocher leurs 11 700 euros. Pourtant, l’aventure est loin d’être finie, et leur choix de vie est un combat au quotidien, même s’ils martèlent qu’ils ne sont pas des utopistes.

Lors d’un chantier participatif, Charles et son fils Marius ont montré aux bénévoles comment désherber. Photo DNA - MCB

Lors d’un chantier participatif, Charles et son fils Marius ont montré aux bénévoles comment désherber. Photo DNA - MCB

Le couple de producteurs de porcs et de volailles bio, installé à Schopperten, en Alsace Bossue, a présenté au concours un projet visant à exploiter au maximum son petit terrain de 2,30 hectares, en se diversifiant. Creuser des étangs pour élever des écrevisses, installer des ruches pour le miel et polliniser les fleurs… Un projet d’agriculture circulaire autosuffisante, en somme.
Le 4 décembre, ils étaient à l’Unesco pour recevoir leur chèque, à l’occasion de la 21e conférence des Nations Unies sur les changements climatiques. 10 000 euros leur étaient promis d’office par les sponsors, et jusqu’à 30 000 euros pouvaient leur être remis grâce à un financement participatif. « Il n’a pas très bien fonctionné, mais qu’à cela ne tienne, à nous de trouver les sommes qui nous manquent. » Le couple est tout de même reparti avec la somme de 11 700 euros.
Ce concours leur apporte le regain de motivation et de légitimité dont ils avaient besoin. Car militer pour une agriculture innovante n’est pas de tout repos. « On a souvent l’impression de se battre contre des moulins à vent… L’élevage d’animaux pour la viande est encore tabou. » Ces rêveurs ont pourtant bien les pieds sur terre. « On veut vivre comme tout le monde, mais travailler autrement. »
Dans leur village, les agriculteurs ont suscité deux types de réaction : « Il y a les gens du village, contents et fiers de nous, mais qui ne sont pas clients pour autant. Il y a les autres, ceux qui viennent nous acheter des produits, mais qui se préoccupent peu d’agro-écologie… »
S’ils veulent mener à bien l’ensemble de leur projet, ils ont besoin de 55 000 euros. « Un des gros postes de dépense, c’est la plantation d’arbres. On en veut 4000, et on a une piste : les entreprises polluantes financent des plantations pour se racheter une conscience verte… »
Une centrale de biogaz
L’autre grosse dépense du budget est la petite centrale de biogaz que Lauriane et Charles projettent d’installer, même si cela fait sourire. « Il en existe des petites, enterrées, dans lesquelles on peut mettre nos déchets ménagers, en plus des déjections des porcs et des volailles. C’est suffisant, cela nous fournit de l’électricité, de l’engrais liquide, et nos déchets sont valorisés. »
Grâce au concours, ils ont gagné en visibilité, et fait des rencontres déterminantes. Une journée portes ouvertes a rassemblé près de 500 personnes sur l’exploitation. Une passionnée d’agro-écologie leur a proposé de financer de ses propres deniers la somme manquante. Il y a aussi ce connaisseur en écrevisses qui a proposé son aide pour les étangs.
Comptant sur leur capital sympathie, ils ont commencé de menus travaux via des chantiers participatifs, qui ont bien fonctionné. Le gros des opérations sera lancé au printemps. Sans la centrale de biogaz, ils pensent que tout devrait être fini d’ici trois ans...

Communiquer, convaincre, persuader...

En attendant de pouvoir démarrer les travaux, les idées ne manquent pas chez les Durant. Leurs ateliers charcuterie à la ferme, organisés tous les quinze jours, cartonnent. « Cela permet aux gens de voir ce qu’on fait, et il faut partager les savoirs. » Ils accompagnent aussi les jeunes qui veulent se lancer dans un projet similaire. Les médias se sont beaucoup intéressés à eux. « Nous avons reçu une équipe de tournage de M6 pour un prochain « 66 Minutes ». Une jeune fille a fait un reportage sur la permaculture chez nous. Notre film autoproduit est en cours de montage, nous irons le défendre dans les festivals alternatifs. Et puis nous toquerons aux portes des écoles agricoles, pour montrer qu’une autre agriculture est possible. »

DNA-Marie Gerhardy (13 décembre 2015)

Rédigé par ANAB

Publié dans #Infos à partager

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Marie-Colette Becker 18/12/2015 00:24

Avec ma photo ! L'article gagne encore en qualité ;)

Jean-Louis 18/12/2015 06:53

Je ne te le fait pas dire ma chère Marie-Colette !
Encore des insomnies ?