A propos du projet routier de liaison A4...

Publié le 17 Mars 2016

Photo : JLS (ANAB)

Photo : JLS (ANAB)

Le projet de liaison A4 Lorentzen resurgit car les politiques locaux ont peur de le voir s'enterrer. Les DNA leur volent à leur secours en leur faisant une large place dans leur édition sur ce sujet (voir ci-dessous). Peut-être espèrent-ils réveiller les décideurs à Strasbourg ?
Les DNA m'ont interrogé mais n'ont pas dit l'essentiel : ainsi, le choix du tracé "final" est le plus stupide qui soit. Les autres solutions ou tracés n'ont en revanche jamais vraiment été étudiés. De fait, les décideurs n'ont laissé aucune chance à la Nature. Les politiques locaux, en charge des intérêts de leurs obligés industriels du coin, avaient peur de retarder le chantier.
La réalité du retard est que le Département 67 n'a plus d'argent et était bien contente de trouver Alsace Nature sur son chemin pour contester le projet. Cela lui a permis de justifier le report des travaux...
Maintenant, une convention a été signée, rien n'a bougé et cela fait déjà 10 ans que la DUP (déclaration d'utilité publique) est actée, 40 ans qu'on en parle…
Les DNA n'ont pas dit l'essentiel notamment sur la biodiversité de cette région. Je leur ai adressé la documentation sur ce sujet, extraite du rapport Ecolor, commandé par le Conseil Régional et non pas extraite d'études d'Alsace Nature comme indiqué par erreur dans l’article ci-dessous.
Ce rapport indique que ce site est une mosaïque très originale de divers milieux écologiques. C'est un habitat unique en Alsace Lorraine et exceptionnel d'après l'expert entomologiste, Yves Sardet qui ne fait que cela toute l'année.
Monsieur Sardet évalue une biodiversité de 45 papillons comme exceptionnelle, or, ici nous en sommes à 65 ! Dans ce petit site, 65 papillons de jour sur un total de 130 possibles en Alsace.
Les politiques locaux sont, à mon avis, absolument incompétents ou incultes en matière de biodiversité, sinon ils ne laisseraient pas détruire ces milieux uniques dans toute notre région Alsace-Lorraine.
Les habitats morcelés par une large route vont voir leurs populations de papillons diminuer. Les échanges génétiques entre espèces seront freinés ou stoppés, les espèces rares vont disparaitre…
La trame verte, rappelez-vous, était soi-disant une priorité des gouvernements, de la Région : Ici on l'oublie, ce qui arrange les bétonneurs locaux.
Effectivement : détruire un Rembrandt fait plus de bruit dans les médias et les consciences que ce petit vallon perdu d'Alsace Bossue. Et pourtant, ce vallon est un authentique chef d’œuvre de la nature. Il reste menacé par ce projet ! Un projet parmi d'autres, inutiles, pilotés par je ne sais quel intérêt partisan sans souci de la valeur de l'héritage naturel que nous laisserons aux générations futures.

Roland Gissinger, président de l'ANAB

Lire ci-dessous les articles parus dans les éditions des DNA du 16 mars 2016

L’A4-Lorentzen à quatre mois

de l’enterrement ?

En projet depuis le milieu des années 1970 et repoussée à de maintes reprises en raison de divers recours et ratés administratifs, la liaison routière qui doit relier l’A4 à Lorentzen puis au pays de Bitche doit voir son chantier débuter d’ici mi-juillet, sous peine d’avoir à relancer l’ensemble des procédures.

Lors du dernier conseil communautaire, la communauté de communes d’Alsace Bossue a validé la cession au Département des terrains concernés par le tracé de cette route, ici sur la zone d’activités de Thal-Drulingen. Photo : DNA - Thomas LEPOUTRE

Lors du dernier conseil communautaire, la communauté de communes d’Alsace Bossue a validé la cession au Département des terrains concernés par le tracé de cette route, ici sur la zone d’activités de Thal-Drulingen. Photo : DNA - Thomas LEPOUTRE

Voilà près de 40 ans que les élus et acteurs économiques de l’Alsace Bossue se battent pour qu’une route relie la sortie de l’autoroute A4 à Lorentzen. Un tronçon routier destiné à désengorger les communes du secteur des milliers de camions qui les traversent, et qui offrirait surtout des déplacements plus faciles pour les convois exceptionnels sortis des usines d’Alsace Bossue comme Sotralentz, Ziemex ou encore Bieber.
Là où le conseil départemental du Bas-Rhin avait réussi ces dernières années à calmer la fronde d’Alsace Nature en négociant des contreparties, ce chantier pourrait être de nouveau repoussé aux calendes grecques pour une question de… calendrier. En effet, dans à peine quatre mois, le 13 juillet, la déclaration d’utilité publique ne sera plus valable. Il faut donc que les premiers coups de pioches aient été donnés avant cette date pour que le chantier puisse aboutir sous sa forme actuelle.
« Si on lance ce chantier et qu’on fait aussi le contournement de Dossenheim, nous ne sommes pas sûrs de pouvoir financer autre chose sur le territoire »
Sans cet impératif, les procédures administratives devront être relancées, avec une nouvelle fois la nécessité de lancer des études et une enquête publique. Des procédures longues qui ouvriraient la porte à de nouveaux recours éventuels des défenseurs de la nature.
Or, avant de pouvoir lancer un tel chantier, il faudrait tout d’abord que le dossier soit passé devant le conseil national de la protection de la nature (CNPN), au sein du ministère de l’Environnement.
Mais ce n’est pas le seul écueil pour ce projet de route. En effet, face à un budget contraint, les deux conseillers départementaux du secteur, Marc Séné et Nadine Holderith-Weiss, doivent convaincre leurs collègues de l’assemblée départementale de la pertinence d’un projet routier dont le coût global est estimé à 17 millions d’euros, comprenant la route elle-même mais aussi les compensations ainsi que le remembrement dans les communes concernées par ce tracé. S’ils disent tous deux ne pas vouloir communiquer sur ce dossier encore en cours de discussion, ils lâchent toutefois avoir déjà rencontré Frédéric Bierry, le président du conseil départemental, pour mettre en avant les arguments pour la mise en route de ce chantier.
Ces arguments sont notamment d’ordre économique, avec des entreprises qui sont de grosses pourvoyeuses de convois exceptionnels et qui ont besoin de liaisons avec l’Allemagne pour livrer leurs produits.
Pour l’heure, la décision de lancer ou non ce chantier n’est pas encore prise. « Ce n’est pas oui, mais ce n’est pas non plus un non », explique Marc Séné qui, avec Nadine Holderith-Weiss, espère réussir à convaincre rapidement leurs collègues élus départementaux du bien-fondé de ce projet.
De nouvelles réunions au sein du conseil départemental seraient d’ailleurs prévues après Pâques pour une nouvelle fois plaider la cause de cet axe routier important pour l’Alsace Bossue, mais aussi pour la Moselle, puisque ça désenclaverait en partie le pays de Bitche.
On sait d’ailleurs que des contacts ont été établis entre les élus départementaux de part et d’autre de la frontière départementale dans ce dossier. « Il faut aussi que la Moselle se fasse entendre sur cette liaison. Il y a des enjeux importants pour notre territoire et pour le pays de Bitche derrière cette route », explique Nadine Holderith-Weiss.
La conseillère départementale ne cache pas qu’elle et Marc Séné sont en face d’un dilemme important. « Si on lance ce chantier et qu’on fait aussi le contournement de Dossenheim, qui est important aussi pour l’autre partie de notre canton, nous ne sommes pas sûrs de pouvoir financer autre chose sur le territoire. Et l’apport du Département est important à d’autres niveaux, en soutien des projets communaux, intercommunaux, auprès des associations et pour des événements d’ampleur comme le festival de Jazz par exemple. » « C’est terrible d’avoir à faire de tels choix », explique-t-elle tout en mettant en avant la nécessité pour le Département d’une certaine rigueur budgétaire.
Consciente de ces difficultés, elle ajoute qu’à ses yeux, « l’objectif est que quand ça se lance, il faut que ça se fasse vraiment, que ça ne dure pas ».
Du côté de Jean Mathia, ancien conseiller départemental du canton de Drulingen et actuel président de la communauté de communes d’Alsace Bossue, qui a longtemps porté ce projet, « il faut que le président Bierry se positionne rapidement. Il ne faut surtout pas que l’arrêté d’utilité publique ne tombe ».
« Il faut que le président Bierry se positionne rapidement »
Selon lui, « il y a des inquiétudes chez les élus locaux et surtout le besoin d’une réponse claire ». L’ancien élu départemental rappelle alors l’engagement qui aurait été pris par l’ancien président Guy-Dominique Kennel sur ce dossier, avant les dernières élections départementales.
« Ce n’est pas sous prétexte qu’il y a un problème budgétaire qu’on peut revenir sur cette décision. Notre territoire et nos habitants méritent ce type d’infrastructures. Pendant des années, nos contribuables ont participé, par l’impôt, aux grandes infrastructures du département. De plus, nous sommes les seuls à payer l’autoroute. Il serait légitime d’avoir une sorte de compensation. » Interrogé sur l’éventualité d’une participation financière de sa communauté de communes au financement de cette route, Jean Mathia rétorque que « ce n’est légalement pas possible car nous n’avons pas la compétence routière ».
Il reste désormais moins de quatre mois pour savoir si cette route, qui était un des enjeux majeurs de la dernière campagne des élections cantonales, sera ou non construite.

DNA -Thomas Lepoutre (16/03/2016)

Roland Gissinger y voit une chance

L’arrivée à grand pas de cette date butoir pour engager les travaux est vue d’un bon œil par Roland Gissinger. Le président de l’association Nature Alsace Bossue, adhérente d’Alsace Nature, n’a jamais caché son opposition au tracé retenu et notamment le passage sur la colline du Morstberg, entre Rimsdorf et Mackwiller.
« Faire une route à cet endroit, ce serait comme détruire un Rembrandt »
Il ne cache pas son espoir qu’il n’y ait pas de travaux d’ici le 13 juillet. « Cela ouvrirait la possibilité d’envisager un autre tracé, qui convienne à toutes les parties, et là je pense aux usagers et à l’environnement », insiste celui qui en profite pour rappeler qu’au moment de l’étude, en 2010, « 101 espèces en liste rouge ont été identifiées au Morstberg. Il y a 65 sortes de papillons dont 27 en liste rouge, certains sont même protégés à l’échelle nationale et européenne. Faire une route à cet endroit, ce serait comme détruire un Rembrandt. Si la déclaration d’utilité publique tombe, peut-être qu’on pourra refaire ce dossier sérieusement, avec des études plus poussées. »
S’il ne cache pas sa désapprobation vis-à-vis de l’accord passé entre Alsace Nature et le Département sur ce dossier, il explique que « c’est mieux que rien. Si le chantier est mis en route, nous veillerons à ce que les compensations soient respectées. » Mais il reste convaincu qu’il serait préférable « de contourner le Morstberg, voire de créer des contournements des communes traversées ».

DNA-16/03/2016

Un projet vieux de 40 ans
 

Dès 1976, lorsque l’autoroute A4 est construite et que l’Alsace Bossue obtient une sortie d’autoroute à Thal-Drulingen, un projet de liaison routière permettant de relier cet accès autoroutier au pays de Bitche voit le jour. Les premières procédures administratives sont lancées et un premier tracé acté. Mais après des années de tergiversation, la déclaration d’utilité publique tombe avant que les premiers travaux n’aient pu être lancés. Après quelque temps, pensant sans doute ce projet enterré, la commune de Lorentzen lance la construction d’un lotissement sur le tracé initialement retenu pour cette route. Aussi, lorsqu’une nouvelle procédure est lancée par le Département pour que cet axe voit enfin le jour, il a fallu trouver un nouveau tracé. Celui qui a été validé, et qui fait l’objet de la déclaration d’utilité publique prononcée en 2006, passe par la colline du Morstberg, identifiée par Alsace Nature comme étant particulièrement riche au niveau de la biodiversité. Après un bras de fer et des menaces de recours judiciaires, l’association et le Département sont parvenus à un accord en 2013, avec un léger décalage du tracé et d’importantes compensations.

DNA-16/03/2016

Rédigé par ANAB

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Guy 17/03/2016 07:47

Bravo Roland....il en faut de la persévérance pour ne pas laisser faire n'importe quoi, mais on constate que cela a parfois de beux résultats ( centrale de Hambach!!!) . On espère la même issue pour cette route.

Jean-Louis 17/03/2016 06:16

Bon ben : puisqu'il semble vain d’espérer une soudaine conversion à l'écologie de nos édiles locaux, porteurs serviles du projet en question, il ne reste plus qu'à espérer que, comme ce fut le cas pour le golf de la Sommerau, cette liaison A4 soit elle aussi abandonnée faute de crédits disponibles !

Quoique, comme on l’a vu déjà très (trop) souvent : ce n’est pas un endettement faramineux de plus pour la collectivité locale qui, à lui seul, fera céder les élus en question qui, avant d’œuvrer pour la préservation de l’environnement, s’avèrent surtout à la solde des bétonneurs…

On croise les doigts !