Curieux canaux - Entre Sarre et canal des Houillères Une nature hétéroclite

Publié le 25 Novembre 2016

Article paru dans les DNA le 21 /8/2016.  Texte et photos /Marie Gerhardy



La biodiversité du canal des Houillères est remarquable. Les deux cours d’eau parallèles, la sauvage rivière Sarre et le maîtrisé canal, séparés par la ripisylve, une bande de forêt alluviale, créent les conditions pour qu’une nature hétéroclite se développe. Denis Vogler et Jean Hoch, agents des Voies navigables de France, connaissent le milieu sur le bout des doigts.

Denis Vogler est responsable du tronçon de canal situé en Alsace Bossue. Jean Hoch s’occupe de la zone des lacs, près de Mittersheim. Tous deux dépendent de l’unité territoriale sarregueminoise des Voies navigables de France (VNF), qui entretient 75 kilomètres de canal, dont 10 kilomètres sur la Sarre, dite à cet endroit « canalisée ». Leur rôle est de veiller à ce que les bateaux puissent circuler.

« Le long du canal, on empêche les arbres semi-aquatiques, comme les saules ou les aulnes, de se développer. Leurs racines créent des trous sur les digues, et provoquent des fuites en drainant l’eau. Alors on enlève le maximum d’arbres. Les ormes champêtres meurent vers 15-20 ans de la graphiose. Il faut espérer que des individus aient le temps de se reproduire. »

Pour assurer une navigation fluide, le niveau d’eau du canal doit être stable et rien ne doit entraver la circulation. Ainsi, VNF a déjà dû intervenir sur la Sarre voisine, où poussent non seulement les saules et les aulnes, mais aussi frênes, peupliers, chênes… « Les crues peuvent emmener des arbres sur les écluses de la Sarre navigable, qui provoqueraient des embâcles. »

« Il y a souvent des botanistes qui se promènent là-bas »

À chaque milieu, sa flore. Si la biodiversité est relativement identique d’un bout à l’autre des 75 kilomètres de canal, elle est différente entre la Sarre aux eaux acides et le canal et les étangs aux eaux douces. Entre Mittersheim et Harskirchen, là où Sarre et canal sont éloignés, un ruisseau s’est frayé un chemin : le Naubach, qui prend sa source à l’étang de Mittersheim, a des eaux limoneuses.

Denis Vogler est responsable de l’entretien du canal en Alsace Bossue.

Denis Vogler est responsable de l’entretien du canal en Alsace Bossue.

Sur le canal, la main de l’homme a profondément modifié le milieu, mais ce n’est pas forcément un mal. « Jusqu’au début des années 90, un tunnel végétal coiffait le canal. En l’enlevant et en restaurant les ouvrages, nous avons divisé la consommation d’eau par
quatre!

 Le fauchage régulier des plantes ligneuses sur les berges a aussi permis à une autre flore de se développer, plus proche de celle d’un étang que de celle d’un cours d’eau », explique Jean Hoch.

Les eaux stables du canal, surtout depuis l’arrêt du trafic commercial dans les années 2000, sont aussi propices au développement de la végétation hélophyte, c’est-à-dire dont les racines sont sous-marines et les tiges aériennes, comme les joncs, les roseaux ou les iris. Cette végétation participe au nettoyage naturel de l’eau, en la filtrant et produisant des enzymes. Elle protège aussi les berges du batillage provoqué par le trafic de plaisance, qui a remplacé les péniches.

Mais l’eau calme se réchauffe vite. « Depuis cinq ans, on constate une intense prolifération de l’algue, du protozoaire et du roseau. Ainsi, nous fauchons aussi dans l’eau régulièrement. Cette action s’appelle la faucarde. On enlève, mais on ne supprime pas totalement, pour ne pas perdre les bienfaits de ces plantes. »

Une autre plante invasive inquiète beaucoup Jean Hoch : la renouée du Japon, arrivée en France il y a une trentaine d’années. Cette graminée géante, proche du maïs, peut atteindre trois mètres de haut, et plus rien ne pousse en dessous. « Dès que nous la voyons, nous la fauchons, mais elle est très résistante. Il y en a aussi le long de la Sarre. »

 

Denis Vogler est responsable de l’entretien du canal en Alsace Bossue.

Denis Vogler est responsable de l’entretien du canal en Alsace Bossue.

! Le fauchage régulier des plantes ligneuses sur les berges a aussi permis à une autre flore de se développer, plus proche de celle d’un étang que de celle d’un cours d’eau », explique Jean Hoch.

Les eaux stables du canal, surtout depuis l’arrêt du trafic commercial dans les années 2000, sont aussi propices au développement de la végétation hélophyte, c’est-à-dire dont les racines sont sous-marines et les tiges aériennes, comme les joncs, les roseaux ou les iris. Cette végétation participe au nettoyage naturel de l’eau, en la filtrant et produisant des enzymes. Elle protège aussi les berges du batillage provoqué par le trafic de plaisance, qui a remplacé les péniches.

Mais l’eau calme se réchauffe vite. « Depuis cinq ans, on constate une intense prolifération de l’algue, du protozoaire et du roseau. Ainsi, nous fauchons aussi dans l’eau régulièrement. Cette action s’appelle la faucarde. On enlève, mais on ne supprime pas totalement, pour ne pas perdre les bienfaits de ces plantes. »

Une autre plante invasive inquiète beaucoup Jean Hoch : la renouée du Japon, arrivée en France il y a une trentaine d’années. Cette graminée géante, proche du maïs, peut atteindre trois mètres de haut, et plus rien ne pousse en dessous. « Dès que nous la voyons, nous la fauchons, mais elle est très résistante. Il y en a aussi le long de la Sarre. »

De Harskirchen à Mittersheim, le Naubach inonde régulièrement les prairies qui se succèdent entre les deux villages. L’orchidée y règne. « En queue d’étangs, zones sauvages, on voit d’énormes roselières, une forte densité d’oiseaux aquatiques, et l’orme lisse, rare en France. Il n’est pas atteint de la graphiose. Il y a souvent des botanistes qui se promènent là-bas », s’amuse Jean Hoch.

Recrudescence de la richesse floristique

Depuis que VNF n’utilise plus de produits phytosanitaires, les deux hommes ont constaté une recrudescence de la richesse floristique. « Une zone près de Wittring est même classée Znieff (zones naturelles d’intérêt écologique faunistique et floristique). On y trouve notamment la belle prèle géante. Mais tout n’est pas encore inventorié. Nous avons plus d’informations sur les orchidées que sur les mousses ou les fougères par exemple ! »

Des pourparlers sont en cours pour classer les 75 kilomètres de canal en zone Eso 14001. Ce classement impose des contraintes drastiques. « Il y a des résistances, car nos pratiques de gestion s’en trouveraient fortement compliquées. »

La renouée du Japon est une plante qui inquiète Jean Hoch.

La renouée du Japon est une plante qui inquiète Jean Hoch.

Rédigé par ANAB

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