Aux origines du mimétisme

Publié le 22 Janvier 2017

Article paru dans les DNA -Simone Wehrung (17/01/2017)

La sauterelle vient de vieillir de 100 millions d’années d’un seul coup. Tout comme le mimétisme. Le Strasbourgeois Sylvain Hugel est l’un des principaux artisans de cette découverte.


 

C’est un petit fossile en forme d’aile, trouvé par l’équipe de paléontologues qui investigue le gisement permien (vieux de 270 millions d’années) du dôme de Barrot dans les Alpes-Maritimes. Saisi de la découverte, le Museum national d’histoire naturelle l’identifie comme une aile de sauterelle, une petite révolution en soi : l’espèce d’orthoptère Tettigoniidae (de son petit nom savant) était jusque-là datée du jurassique, soit cent millions d’années plus tard.

Mais la largeur de l’aile intrigue ; elle ne semble pas compatible avec le vol et présente de fortes similitudes avec celle des insectes mimétiques (qui adopte une stratégie évolutive d’imitation pour se fondre dans son environnement). Le Museum se tourne alors vers le Strasbourgeois Sylvain Hugel pour avoir son avis sur la question. Le chercheur en neurobiologie du CNRS à l’institut des neurosciences cellulaires et intégratives de l’Unistra est en effet un entomologiste passionné et considéré comme l’un des meilleurs spécialistes des sauterelles.

Sylvain Hugel a mis à profit ses observations sur le terrain et dans ses collections pour mieux dater l’apparition du mimétisme. DR
Sylvain Hugel a mis à profit ses observations sur le terrain et dans ses collections pour mieux dater l’apparition du mimétisme. DR

Sylvain Hugel a mis à profit ses observations sur le terrain et dans ses collections pour mieux dater l’apparition du mimétisme. DR

Au moment où apparaissent de nouveaux prédateurs

L’analyse entomologique « revenait à voir si on peut distinguer par des mesures simples les ailes mimétiques des autres », détaille Sylvain Hugel. Voir à partir des espèces contemporaines si on a deux classes de sauterelles ou un continuum. »

Sur la base de ses propres collections ainsi que celles du musée zoologique de Strasbourg, il caractérise les ailes de plusieurs centaines de spécimens et les passe ensuite à la moulinette des méthodes d’analyse morphologique couramment utilisées en neurosciences. Toutes les sauterelles peuvent être classées en deux groupes et seulement deux groupes : celles dotées d’ailes allongées adaptées au vol et celles dont les ailes en forme de feuilles permettent de se fondre dans le paysage. « Et les caractéristiques du fossile le rattachent clairement au groupe des sauterelles mimétiques, s’enthousiasme l’entomologiste. Ce qui fait qu’on est en présence du plus ancien cas de mimétisme avéré chez les insectes, antérieur de plus de cent millions d’années aux précédents fossiles connus. »

Cette découverte apporte ainsi de nouvelles clés de compréhension sur les interactions entre espèces à la fin de l’ère primaire. « Le mimétisme semble être apparu pile au milieu du permien, au moment de la diversification terrestre des prédateurs. » Aux libellules carnivores préexistantes se sont en effet ajoutés des reptiles carnivores (avant les dinosaures). C’est peut-être pour s’en protéger que la sauterelle a évolué vers cette forme de camouflage.

La découverte de Permotettigonia gallica a fait l’objet d’une publication dans la revue Nature Communications , cosignée notamment par Sylvain Hugel et Romain Garrouste, paléoentomologiste au Museum d’histoire naturelle.

Lire l’article (en anglais) : http://www.nature.com/articles/ncomms13735

Rédigé par ANAB

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