Oiseaux rares cet hiver

Publié le 6 Février 2017

Article paru dans les DNA Emmanuel Viau (31/01/2017)


Beaucoup d’observateurs des jardins auront fait le triste constat ces derniers temps : les oiseaux se font rares cet hiver autour des mangeoires. La faute aux conditions météorologiques extrêmes qui ont eu cours en 2016 sur le secteur de Saverne.

Un spécimen de plongeon arctique, espèce originaire de Scandinavie, a été confié aux soigneurs. Photo Gorna.

Un spécimen de plongeon arctique, espèce originaire de Scandinavie, a été confié aux soigneurs. Photo Gorna.

Il n’y a pas que les passereaux, d’ordinaire si actifs en cette période de l’année dès qu’ils trouvent où se sustenter, qui se sont absentés cet hiver. Il semble en effet que l’espèce soit particulièrement touchée, notamment par le virus Usutu ( voir ci-dessous), au grand désespoir des amis des oiseaux : « Certaines personnes inquiètes nous appellent, elles sont tellement déçues de ne pas les voir cette année qu’elles pleurent au téléphone », rapporte Coralie Le Falher, soigneur animalier.

Bien que dans une moindre mesure, un grand nombre d’espèces d’oiseaux se trouvent aussi en difficulté. Par voie de conséquence, la fréquentation du GORNA (Groupement Ornithologique du Refuge Nord Alsace) explose depuis quelques semaines.

« Dès mi-novembre, les oiseaux qui nous étaient apportés étaient déjà extrêmement maigres »

Le refuge, qui d’ordinaire fonctionne au ralenti en cette période de l’année, ne désemplit pas. « C’est une grande particularité cette année, explique le directeur Guy Marchive. Dès mi-novembre, les oiseaux qui nous étaient apportés étaient déjà extrêmement maigres. » Une situation que l’on observe d’habitude plutôt à la mi-février, en fin de période très froide. Cette année, elle prévalait alors que l’hiver n’avait même pas commencé.

Raison principale : « L’année 2016 a été très mauvaise au niveau des conditions météorologiques pour tous les animaux, en particulier les oiseaux ». Un printemps froid et pluvieux a eu pour effet de limiter la reproduction, celle des passereaux par exemple mais aussi des rapaces. Ces derniers, pour reprendre toute la vigueur nécessaire à la procréation, se nourrissent abondamment de campagnols qui, cette fois, surpris par la violence des orages, sont souvent « morts noyés dans leur terrier ». Un été très sec a suivi. Ce qui fait qu’« au début de l’hiver, les oiseaux étaient déjà maigres ».

Aucun volatile n’est épargné, même les plus grands. Un nombre important de cygnes a ainsi été apporté de Strasbourg. Des buses variables atterrissent ici en provenance des campagnes. Il y a aussi beaucoup de hérons qui « sont au bout du rouleau », précise Coralie Le Falher.

Des chouettes hulottes en quête de nourriture sont frappées par des véhicules, la nuit, alors que, gênées par la neige, elles s’approchent des routes dégagées. Alors elles ont « tellement faim qu’obnubilées par leur proie, elles ne regardent plus du tout ce qui se passe autour ».

Quant aux emblématiques cigognes, 52 ont été accueillies au Gorna en 2016 : « On n’a jamais vu ça », commente Guy Marchive. Leur population est certes en augmentation, mais elles ont connu aussi des « difficultés pour nourrir les jeunes ». Plus étonnant, deux espèces que l’on n’a pas souvent l’occasion de croiser en Alsace ont dû faire une halte au refuge récemment : un plongeon arctique, qui vit en Scandinavie mais dont quelques individus migrent le long du Rhin, ainsi qu’un cygne chanteur.

Tous ces pensionnaires requièrent une présence attentive et des soins réguliers. « Il faut dégeler les bassins, changer l’eau régulièrement, nourrir les oiseaux par gavage. »

Avec le redoux qui vient, l’activité devrait se stabiliser suivant la capacité des volatiles à se remplumer. Selon Guy Marchive, si tout va bien, « il leur faudra au moins quinze jours pour se rattraper tellement ils sont affaiblis. En espérant qu’il n’y ait pas une deuxième vague de froid. » Pour les oiseaux comme pour tout le monde, d’ailleurs.

DNA-Emmanuel Viau (31/01/2017)

Oiseau rare au Gorna : un cygne chanteur, dont quelques individus fréquentent les abords du Rhin. . photo Gorna

Oiseau rare au Gorna : un cygne chanteur, dont quelques individus fréquentent les abords du Rhin. . photo Gorna

Rédigé par ANAB

Publié dans #Biodiversité de notre région

Commenter cet article