Agriculteurs mobilisés contre la protection de la nature

Publié le 27 Mars 2017

Les agriculteurs de la région en manifestant, cherchent sans doute des aides publiques sous motif que la protection de la nature sous APPB est impossible pour eux.

Comment en sont-ils arrivés là ?

Contexte
Un projet de route de liaison autoroutière dénommé « liaison A4 Lorentzen » est prévu dans notre région. Le projet va impacter gravement les milieux naturels sur le tracé riche en milieux en voie de disparition dans notre région Alsace. Alsace Nature et l’Anab se sont opposées à cette  liaison

Résultat d’une négociation : l’APPB
L’APPB mis en question est un  Arrêté Préfectoral de Protection sur le Biotope. Il garantit une protection de la biodiversité exceptionnelle des communes concernées par le tracé. Il interdit par exemple, la destruction de milieux et les labourages de prairies et arrachages de haies.
Il a été  noté dans l’enquête environnementale, indépendante, réalisée sur le tracé de la liaison ,  11 milieux sur listes rouges abritant 90 espèces d’animaux et de plantes protégées par la loi mais dont la survie est liée au maintien de leurs écosystèmes, de leurs  milieux de vie.

Cet APPB est le résultat de la convention relative à la liaison A4 Lorentzen signée voici près de 4ans en juin 2013 après d’ardues et longues négociations. Il devait mettre fin au conflit sur ce sujet entre les collectivités et les associations de protection de la nature, représentées par Alsace Nature.

Signataires du protocole d'accord relatif à la liaison
Les signataires de cette convention sont, le Président du Conseil Général du Bas Rhin, le Président de l’ancienne  Communauté des communes d’Alsace Bossue -et agriculteur lui-même - Jean Mathia.
Les maires des villages concernés  sont signataires de cet accord, y compris ceux qui apparaissent au premier plan de la manifestation de samedi avec leur écharpe, Madame Beck maire de Mackwiller et Monsieur Bach, maire de Thal- Drulingen.
Le Président d'Alsace Nature s'est engagé
pour les associations.

Cette convention engage tous les participants, en particulier les maires, à créer cet APPB sur le territoire et à protéger les milieux naturels des terres acquises par les collectivités et placées sur les milieux les plus sensibles.

 
Rédaction de l’APPB
A la  suite de l’accord, la Préfecture a rédigé cet  APPB. La Chambre d’Agriculture du Bas Rhin  a été associée étroitement au projet puis à la rédaction de l’APPB. La preuve en est que des modifications substantielles par rapport au projet initial,  ont été apportées aux traitements autorisés dans les parcelles concernées par l’APPB.  Il est donc impossible un instant que les agriculteurs aient compris qu’il s’agissait de mesures temporaires. Les responsables de la Chambre d’Agriculture ne sont  pas des  débutants en la matière et ont déjà négocié d’autres Appb. Ils agissent sous la direction des agriculteurs qui dirigent la Chambre.

Situation actuelle :
Des agriculteurs  et autres propriétaires n’ont pas respecté les modalités de l’Appb sur leurs parcelles en retournant les prairies et arrachant les haies. Ils sont  obligés de remettre ces parcelles dans leur état initial.
Les agriculteurs  manifestent car ils estiment leur liberté de labourer et d’utiliser leurs terres trop restreinte. Nul doute que si des primes suffisantes leur étaient accordées, on entendrait plus parler de cette affaire.
 

Politique agricole commune (PAC)
Les aides à l’agriculture représentent pour de nombreuses exploitation de 30 à 50% de leurs revenus. Qui paie ? : nous. Cet argent de la Pac, ne va pas dans l’industrie moins subventionnée en % et qui perd de nombreux emplois, ni ailleurs, dans l’éducation, la recherche. C’est le choix des gouvernements successifs.
La vie de nombreux  agriculteurs est difficile et sans doute pour certains, très difficile.
Il n’empêche que ces primes n’étaient pour le moment conditionnées à aucun respect de l’environnement, protection des haies, usage moins intense des pesticides, respect de la biodiversité et du paysage.

Les modalités d’aides aux agriculteurs via la Pac française a été négociée par la FNSEA . Ce syndicat agricole, présidé par des industriels paysans ou paysans industriels a toujours privilégié l’aide à la surface.
« Plus ta surface est grande plus tu touches de primes !! »
Pas étonnant dans ces conditions que les agriculteurs se livrent à la chasse aux terrains  et aux surfaces agricoles, en   supprimant haies, bosquets, mares…
Pas étonnant aussi que de nombreuses régions comme notre plaine d’Alsace soient devenues d’immenses champs de maïs sans haies, sans arbres ni biodiversité, mais  arrosées de pesticides et gavées d’intrants, nitrates et autres…

Pac 2015 et d’aujourd’hui
La Pac d’aujourd’hui met un tout petit peu de « vert » dans les aides pour limiter les destructions massives de biodiversité observées et reconnait enfin le rôle de l’agriculture biologique.
Le montant lié à ce verdissement reste faible et pas assez incitatif pour les agriculteurs. Son application devrait démarrer cette année. Les agriculteurs feront sans doute pression pour reculer la date.
Une  prime de base de 15 000 euros reste automatique basée sur les premiers 52 hectares ou 104 hectares, soit 30 000 euros  si deux associés travaillent sur l’exploitation. Ceci  est sans condition de  ressources et de protection de l’environnement. La Reine d’Angleterre, grand propriétaire terrien,  va aussi toucher ces 15 000 euros?

Vous voyez qu’un tel système entretient des dérives. C’est pourquoi,  dans l’article des DNA, ci-dessous, le dirigeant local de la FNSEA dans sa déclaration nous prend pour des billes.
Il dit « J’ai lu qu’il y a onze habitats remarquables. Onze comme une équipe de football. Mais on a oublié l’entraîneur, l’agriculteur »  il
L’ agriculteur par la masse des aides qu’il reçoit (sans doute jugées insuffisantes…) n’est pas un entraineur. C’est un "chasseur de primes" et ce surnom  ce sont les agriculteurs issus de ces 2  villages, Mackwiller et Thal,  eux-mêmes qui se le donnent. Cette expression « chasseur de primes » vient d’eux, pas de moi et parait péjorative.

En fait, les agriculteurs sont victimes du système Pac qui récompense les grands et ignore les difficultés  en local de territoires (montagne, terrains ruraux ingrats, agriculture biologique, petites exploitations, entretien du paysage…) !

L’agriculteur  agit en fonction des primes qu’il touche. Comme la nature, la biodiversité, les haies, les arbres n’avaient jusqu’à présent aucune valeur, de nombreux agriculteurs, pas tous il faut le noter, ont suivi la logique des primes agricoles et en ont fait disparaitre.

Solutions ?
Je ne sais pas s’il existe une solution.
Les agriculteurs doivent respecter la législation en particulier quand ils ont été associés à sa construction.
Les collectivités, les élus et les associations doivent respecter leur signature.
Les élus, toujours habiles à demander des subventions de centaines de milliers d’euros pour des investissements, mairie, routes, rond points, … projets pas toujours les plus utiles pour tous,  peuvent aussi demander le déblocage d’aides pour nos  agriculteurs locaux en difficulté, ceci pour entretenir notre paysage et préserver sa biodiversité exceptionnelle.


Roland Gissinger

Exemples de prairies sur ces villages
Exemples de prairies sur ces villages
Exemples de prairies sur ces villages
Exemples de prairies sur ces villages

Exemples de prairies sur ces villages

Rédigé par ANAB

Publié dans #Biodiversité de notre région

Commenter cet article

karin 27/03/2017 07:40

Superbe article Roland, pondéré, clair, explicatif. Pourrait-il paraître dans les DNA ???
Tu comprends la raison pour laquelle je voudrais une soirée sur les haies, et je suis parfaitement consciente que là je me mouille ++, j'assumerai.
Bonne journée !