Trous géants en Sibérie (suite de l'article précédent)

Publié le 11 Avril 2017

Le sol se dérobe sous les pieds

En fondant, le permafrost ne se contente pas de relâcher un ou deux vieux virus à l'occasion. "Lors de la fonte du pergélisol, on observe une libération importante de gaz", explique Arsène Druel. Sous les pieds des éleveurs de la péninsule de Iamal se trouvent en effet des gaz naturels, mais aussi des matières organiques gelées : "Avec le dégel, le processus de décomposition se remet à fonctionner et émet donc du dioxyde de carbone et du méthane. Aussi, dans certaines régions, il y a des milliers voire des millions d'années, du gaz naturel s'est formé dans le sol. Depuis la formation du pergélisol, une couche de glace gelée a empêché ce gaz de s'échapper et celui-ci s'est donc accumulé sous ce 'bouchon'. Avec la fonte du permafrost, la couche de glace gelée emprisonnant le gaz s'affaiblit, et la pression des gaz devient trop importante, poursuit le chercheur. Sous l'action conjointe de la pression du gaz et de la fonte du permafrost, le bouchon finit donc par céder (tel l'ouverture d'un bouchon de champagne), donnant naissance à des cratères." 

 

Dès 2013, des éleveurs de rennes ont ainsi découvert un mystérieux trou de quatre mètres de large et d'une centaine de mètres de profondeur, au beau milieu de la toundra. Interrogés par les scientifiques dépêchés sur place, les habitants des villages alentours assurent alors avoir entendu le bruit d'une explosion et vu le ciel s'illuminer, jusqu'à 100 kilomètres à la ronde. Eux pensent d'abord qu'il s'agit d'une chute de météorite. Mais alors que d'autres trous apparaissent dans la région (dont certains se sont remplis d'eau, devenant des lacs), les spécialistes font le lien avec la fonte du pergélisol. Ils constatent notamment que ces cratères ont tendance à s'agrandir : le trou découvert en 2013 fait aujourd'hui environ 70 mètres de diamètre, rapporte le Siberian Times (en anglais). A tel point que dans une autre région reculée de Sibérie, plus à l'Est, les locaux n'osent plus s'aventurer à proximité d'un gouffre en constante expansion, rebaptisé "la porte vers le monde souterrain".

Lorsqu'elle ne provoque pas des cratères, la fonte du pergélisol transforme la pelouse en un curieux trampoline. En juillet, des scientifiques en mission sur l'île Bely, tout au nord de la Iamalie, tombent sur des surfaces d'un sol "élastique". Sur place, Alexander Sokolov, chercheur de l’antenne locale de l’Institut d’écologie des plantes et des animaux, émet l'hypothèse d'une poche de méthane coincée sous l'herbe verdoyante. Mais d'autres spécialistes, comme Kevin Schaefer, spécialiste américain du permafrost, cité par Wired (en anglais), assurent qu'il s'agit en fait "d'un tapis de végétation sur de l'eau [liquide]". Une eau qui aurait également fondu en profondeur sous l'effet du réchauffement climatique.

extrait DNA du 9/4/2017 sur ce sujet

Un immense congélateur en train de tomber en panne

Le phénomène, pour l’instant largement négligé dans les discussions internationales sur le réchauffement, est connu de longue date. Schématiquement, les régions arctiques agissent comme un gigantesque congélateur : on y trouve parfois des mammouths ou de l’anthrax, mais surtout d’énormes quantités de matière organique et de gaz de décomposition piégés sous forme solide dans le sous-sol gelé.

Mais parfois, le congélateur tombe en panne. C’est ce qui est train de se produire. Quelques degrés de plus, et le pergélisol commence à fondre : les gaz se libèrent et s’accumulent dans des cavités souterraines qui forment des « bulles » sous la surface. Ce sont les pingos qui parfois éclatent pour former un cratère ou se transformer en lac.

Dans les régions du Grand Nord canadien ou russe, les pingos font partie du paysage. Mais leur multiplication, en l’espace de quelques années, interroge. On en compte désormais des milliers parmi lesquels quelques géants. Au printemps 2013, dans la péninsule de Taïmyr, des bergers avaient failli tomber dans un cratère profond d’une centaine de mètres et large de quatre. Dix-huit mois plus tard, il dépassait les 70 mètres de diamètre. Le Pr Vladimir Epifanov, de l’Institut sibérien de géologie de Novosibirsk, le suspecte d’ailleurs d’être à l’origine de la gigantesque explosion entendue par des villageois à une centaine de kilomètres de là.

Dans les régions arctiques, la fonte du pergélisol menace de libérer des milliards de tonnes de gaz à effet de serre. Des bulles qui menacent d’éclater en formant des cratères. Photo d’illustration : Flickr/Steve Jurvetson

Dans les régions arctiques, la fonte du pergélisol menace de libérer des milliards de tonnes de gaz à effet de serre. Des bulles qui menacent d’éclater en formant des cratères. Photo d’illustration : Flickr/Steve Jurvetson

Rédigé par ANAB

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Stephan 12/04/2017 09:39

Impressionnant et inquiétant !!