L’agro-écologie gagne du terrain

Publié le 30 Juin 2017

Article  paru dans les DNA/Jean Daniel Kientz (28/06/2017)

Protection et fertilisation sont les deux axes d’un projet de recherche agro-écologique impliquant céréaliers et producteurs de pommes de terre alsaciens et badois. InnovAR est coordonné par Arvalis, institut du végétal.

Didier Lasserre, directeur d’Arvalis, et Juergen Recknagel (à dr.), du LTZ, l’équivalent badois de la chambre d’agriculture, en train d’exposer à Colmar l’essai en plein champ sur des céréales. photo L’Alsace

Didier Lasserre, directeur d’Arvalis, et Juergen Recknagel (à dr.), du LTZ, l’équivalent badois de la chambre d’agriculture, en train d’exposer à Colmar l’essai en plein champ sur des céréales. photo L’Alsace

Une parcelle de blé sous un soleil de plomb aux confins du biopôle à Colmar, des brumisateurs implantés çà et là : l’expérimentation menée sous l’égide d’Arvalis comprend ici une dizaine de modalités, l’objectif étant d’évaluer l’efficacité des produits de bio-contrôles sur la fusariose, maladie fongique que les céréaliers connaissent bien lorsque l’humidité se fait trop pressante au moment de la floraison. Un témoin non traité côtoie une série de mini-parcelles, traitées suivant différents protocoles, où les expérimentateurs associent – ou pas – produits phyto-pharmaceutiques et biologiques tels que le soufre ou le polyversum, anti-fongique d’origine naturelle. « On essaie de voir si l’on arrive au même résultat qu’avec le fongicide [chimique] à pleine dose », explique-t-on chez Arvalis.

Bio-agresseurs, bio-contrôles

Les céréaliers de part et d’autre du Rhin font aujourd’hui face à plusieurs « bio-agresseurs » : la fusariose et la septoriose, deux maladies fongiques majeures, le taupin et la chrysomèle dite du maïs, des insectes ravageurs. La plupart des agriculteurs font usage de produits phytopharmaceutiques pour maintenir leur rendement.

L’essai colmarien est l’un des volets du programme de recherche appliquée en agro-écologie baptisé InnovAR, acronyme pour « Innovations agro-écologiques pour le Rhin supérieur ». Un projet sur trois ans de près de 2 M €, financé pour moitié par l’Union européenne via les fonds Interreg mobilisant un « groupe mixte transfrontalier » : une vingtaine d’organismes franco-allemands de recherche appliquée et dans une moindre mesure suisse, ainsi qu’une soixantaine d’exploitations agricoles. « C’est avec ce type de recherches que l’on va faire progresser les pratiques des agriculteurs. C’est le début de quelque chose », estime Laurent Wendlinger, conseiller régional et président de la chambre d’agriculture.

InnovAR se concentre également sur une autre préoccupation des producteurs, « la nutrition des plantes », autrement dit la fertilisation dont les incidences sur la qualité de l’air et l’eau ne sont pas neutres. « Lessivage des nitrates et émission d’ammoniac » se situent toujours au centre des débats, y compris dans le Bade-Wurtemberg. « Il s’agit d’optimiser les doses d’azote », synthétise Didier Lasserre, directeur d’Arvalis. L’ambition est à terme de « développer un outil de fertilisation », un prototype dédié à « l’injection [d’azote] de précision » dont la conception serait confiée à un partenaire privé. Pour le Dr Michael Glas, du Centre de technologie agricole de Karlsruhe, « mettre en œuvre un tel projet est d’autant plus motivant que les partenaires réunis autour de ce projet ont pris l’habitude de développer leur vision parallèlement. Un travail en commun s’offre à nous. »

« On peut aller encore plus loin »

L’heure est donc à la « co-construction d’alternatives » au « tout chimique » avec des agriculteurs volontaires dont l’expérience peut être utile. Comme celle de Rémy Heim, céréalier à Hilsenheim (40 ha) : « Sur notre exploitation, nous expérimentons déjà des alternatives aux produits phytosanitaires. Il existe des produits plus naturels, des compléments permettant de valoriser au mieux la molécule de synthèse, ce qui nous a permis de baisser les doses. Il manque une validation de mon ressenti par la science. Je suis persuadé que l’on peut aller encore plus loin », explique cet agriculteur bas-rhinois.

Rédigé par ANAB

Publié dans #préserver les ressources

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Guy 01/07/2017 07:47

C'est embryonnaire mais porteur d'espoir. SI les esprits étaient moins étroits et les actionnaires des multinationales du poison moins gourmands cela devrait être la généralité

Roland 02/07/2017 11:01

il faut que cela change. Les consommateurs sont moins passifs et moins inertes que dans le passé.Ils devraient traduire cela en actes de choix et d'achat;