La centrale marche toujours sur une patte Fessenheim - Le réacteur n° 2 à l’arrêt depuis un an

Publié le 20 Juin 2017

  Article paru dans les DNA/Simone Wehrung (18/06/2017)

Voilà un an que le réacteur n° 2 de la centrale nucléaire de Fessenheim est arrêté, l’ASN ayant suspendu le certificat d’épreuve d’un de ses générateurs de vapeur pour un défaut de forgeage. L’instruction du dossier durera encore plusieurs mois.

Annoncé d’abord pour le mois de mars, puis pour juillet, le redémarrage du réacteur n° 2 de Fessenheim devra encore attendre plusieurs mois. S’il redémarre un jour…

Annoncé d’abord pour le mois de mars, puis pour juillet, le redémarrage du réacteur n° 2 de Fessenheim devra encore attendre plusieurs mois. S’il redémarre un jour…

À l’arrêt du réacteur n° 2 le 13 juin 2016 pour maintenance et rechargement de combustible, EDF espérait le redémarrer quelque 60 à 90 jours plus tard. Mais le 19 juillet suivant, l’autorité de sûreté nucléaire annonçait avoir suspendu le certificat d’épreuve d’un de ses trois générateurs de vapeur forgé au Creusot, une procédure jamais appliquée jusqu’ici, empêchant de facto la reprise de son exploitation.

L’audit mené à la demande de l’ASN au sein de Creusot-Forge, après la découverte d’anomalies sur le couvercle et la cuve de l’EPR de Flamanville, avait en effet fait apparaître de lourdes incertitudes sur la qualité de conception de ce générateur de vapeur. « Sur 91 cas d’irrégularités significatives constatés, rappelle Pierre Bois, chef de la division strasbourgeoise de l’ASN, 25 présentaient un enjeu de sûreté. » 24 sont aujourd’hui maîtrisés. « N’en reste plus qu’un, toujours à l’instruction », celui du GV n° 335 de Fessenheim 2.

Le réacteur n° 2 pourra-t-il seulement redémarrer ?

« Le processus de forgeage de la virole basse de ce générateur de vapeur, réalisé en 2008, n’a pas été mené conformément au dossier technique remis à l’ASN et aux règles de l’art », avait détaillé le gendarme du nucléaire au moment de la suspension du certificat. Il est précisé que « le chutage de la masselotte prévu en cours de forgeage n’a pas été réalisé », ce qui en clair signifie que la partie où se concentrent les impuretés n’a pas été suffisamment enlevée, avec des conséquences potentielles pour la sûreté nucléaire.

Ce défaut, identifié lors de la fabrication par Creusot-Forge qui n’a pas jugé bon d’en informer ses clients, relève de « pratiques industrielles inacceptables », avait dénoncé Pierre-Franck Chevet, président de l’ASN, au même titre que toutes les autres irrégularités constatées sur le site de Saône-et-Loire et signalées au procureur de la République (une enquête judiciaire est ouverte pour mise en danger d’autrui, faux et usage de faux et tromperie aggravée).

Alors que le doute subsiste toujours sur le devenir de Fessenheim, l’exploitation à mi-puissance seulement depuis un an de la centrale alsacienne apporte de l’eau au moulin des antinucléaires qui pointent les problèmes de sûreté. « Le dossier est toujours à l’instruction et prendra encore quelques mois, explique pour sa part le chef de la division de l’ASN à Strasbourg. La démarche est unique en son genre et on n’a pas de chemin balisé à suivre. Raison de plus pour adopter une procédure exemplaire et une exigence de sûreté totale. »

Ainsi, EDF a fait réaliser des pièces sacrificielles pour réaliser des tests chimiques, thermiques et mécaniques sur la résistance d’aciers présentant les mêmes défauts que la virole basse. En plus des allers-retours générés par les questions-réponses entre l’ASN et EDF, AREVA, propriétaire des forges du Creusot, doit encore fournir des éléments sur la partie réalisation du GV.

Tout cela prend du temps d’autant que les moyens de l’ASN sont également mobilisés par le dossier prioritaire de l’EPR. Le dossier complet devra encore être soumis à l’expertise scientifique et technique de l’IRSN (institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) puis au groupe permanent d’experts pour recommandations. Ces consultations nécessiteront à chaque fois plusieurs semaines, à tel point qu’une décision de l’ASN ne pourra intervenir au plus tôt qu’à l’automne.

Toutes les options sont ouvertes et commandées par les impératifs de sûreté. Après analyse de tous les éléments du dossier, « on peut imaginer que l’ASN juge le générateur de vapeur apte au service. Ou apte sous réserve de certaines conditions d’exploitation concernant les variations de pression ou de température, indique Pierre Bois. Ou qu’elle le juge inapte et demande son remplacement pour autoriser un redémarrage. » À l’exploitant alors de voir s’il préfère relancer le réacteur en commandant un nouveau générateur de vapeur, ou abandonner la moitié de la capacité de production de la centrale de Fessenheim. À moins que la politique de transition énergétique de la France ne décide pour EDF.https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/l-autorite-de-surete-nucleaire-veut-mieux-controler-le-risque-de-falsification-des-pieces-de-centrales_109876

Générateur de vapeur nucléaire- La virole basse est situé au quart inférieur au dessu de laplaque de répartition
Générateur de vapeur nucléaire- La virole basse est situé au quart inférieur au dessu de laplaque de répartition

Générateur de vapeur nucléaire- La virole basse est situé au quart inférieur au dessu de laplaque de répartition

Un générateur de vapeur se présente sous la forme d’une tour de 20 mètres de haut pour un poids de 400 tonnes. Sans lui, pas d’électricité possible. Grâce à la chaleur du circuit primaire raccordé au cœur du réacteur, il transforme l’eau du circuit secondaire en vapeur, laquelle actionne ensuite les turbines génératrices de courant électrique. La virole basse concernée par le défaut de fabrication sur le GV 335 de Fessenheim 2 est un cylindre creux de plus de quatre mètres de haut et trois mètres de diamètre sur la partie inférieure de l’enceinte du générateur de vapeur.

Le problème sur la virole basse du GV du réacteur n° 2 n’a rien à voir avec les GV du réacteur n° 1 dont les contrôles avaient obligé EDF à arrêter toute production électrique pendant trois semaines à la fin de l’année dernière. Comme dans dix-huit autres réacteurs français, l’acier des fonds primaires des GV de l’unité n° 1 était suspecté de présenter des taux de concentration de carbone trop importants. Cette anomalie, similaire à celle de la cuve de l’EPR de Flamanville, est susceptible d’affaiblir la résistance aux chocs et aux fissures. Des contrôles complémentaires ont toutefois levé les doutes de l’ASN qui a autorisé le redémarrage du réacteur n° 1, en conditionnant toutefois sa conduite pour éviter des changements de température ou de pression trop brusques.

Réunion publique de la Clis mardi prochain

La situation du réacteur n° 2 et ainsi que les mesures de conduite imposées pour la prévention des chocs thermiques sur le réacteur n° 1 sont au menu de la réunion publique de la commission locale d’information et de surveillance de Fessenheim (Clis) qui se tiendra mardi 20 juin à 18 h à la salle des fêtes de la commune. C’est la deuxième fois qu’une telle réunion publique est organisée, en vertu de la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte, adoptée en 2015.

Rédigé par ANAB

Publié dans #Energies

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