Pourquoi l’hécatombe chez les abeilles ?

Publié le 25 Juin 2017

La production de miel est en chute libre à cause de la diminution des pollinisateurs, fragilisés en Europe par les pesticides et la monoculture intensive. Les apiculteurs sensibilisent les consommateurs.

La population des abeilles diminue, selon Hélène Soubelet, directrice de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité. Photo AFP et IISD/Sean Wu.

La population des abeilles diminue, selon Hélène Soubelet, directrice de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité. Photo AFP et IISD/Sean Wu.


Interview - Hélène Soubelet, de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité
paru dans DNA/Recueilli par Élodie Bécu (24/06/2017)


Depuis jeudi, les apiculteurs* alertent les consommateurs sur la chute historique de la production de miel qui a baissé de 33,5 % en un an. Pourquoi la population des abeilles diminue-t-elle ?

« La chute de la production est inquiétante. La population des abeilles diminue nettement dans les pays du Nord de l’Europe, alors que ce n’est pas le cas dans le reste du monde.

Les recherches scientifiques établissent un lien entre cette diminution et plusieurs facteurs. Les pesticides fragilisent les colonies d’abeilles. Tout comme la pollution de l’environnement au sens plus large. C’est pourquoi la loi française a interdit l’usage des néonicotinoïdes, toxiques pour les pollinisateurs.** Mais un autre phénomène joue un rôle clé dans la baisse des abeilles : l’uniformisation des paysages agricoles liée à l’agriculture intensive. Les monocultures et l’usage des pesticides font disparaître certaines plantes sauvages, essentielles dans leur alimentation. Le changement d’usage des sols, avec l’urbanisation croissante, est aussi un phénomène inquiétant qui prive les pollinisateurs de leur habitat. Les colonies d’abeilles sont également fragilisées par les espèces exotiques invasives comme le frelon asiatique, ou des parasites comme le varroa.

Quelles sont les conséquences de la baisse des abeilles ?

Les conséquences ne sont pas qu’économiques sur la production de miel. Cela pose également un problème pour la biodiversité qui sera réduite si on perd un certain nombre des quelque 20 000 espèces d’abeilles sauvages et domestiques, aujourd’hui recensées.

La diminution des pollinisateurs a aussi un impact sur les fruits et légumes. Si on a moins d’abeilles, on aura des fruits moins gros, moins nombreux et de moins bonne qualité. 

Que faire pour protéger les pollinisateurs ?

Nous devons changer notre modèle agricole, nous n’avons pas d’autre choix. Les recommandations de l’IPBES (l’équivalent du GIEC pour la biodiversité, aux travaux duquel participe la Fondation pour la recherche sur la biodiversité, N.D.L.R.) sont formelles. À court terme, il faut diminuer l’usage des pesticides et privilégier les alternatives à ces produits chimiques. À moyen terme, il faut transformer notre modèle agricole. Notre système actuel intensif est destructeur, sans parvenir à remplir l’objectif de nourrir la planète. »

(*) Dans le cadre des « Apidays », manifestations organisées à travers la France du 22 au 24 juin.

(**) Ces produits chimiques seront interdits à partir du 1er septembre 2018, avec des dérogations accordées jusqu’en 2020.

Rédigé par ANAB

Publié dans #Pollution-pesticides, #Biodiversité hors région

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