Fin du pétrole - Pechelbronn, la doyenne des pétrolières

Publié le 15 Septembre 2017

Un ancien chevalet de pompage devant le musée du Pétrole de Merckwiller-Pechelbronn.

Un ancien chevalet de pompage devant le musée du Pétrole de Merckwiller-Pechelbronn.

Paru dans les DNA D.B. 08/09/2017

L’histoire pétrolière de Pechelbronn a commencé dès le XVe siècle, selon des écrits d’apothicaires et de médecins, mentionnant les affleurements huileux de la forêt d’Alsace du Nord, un corps gras aux vertus médicinales.

Comme le relate le site du musée de Pechelbronn (*), il faudra attendre 1734 pour qu’un étudiant en médecine, originaire de Woerth, évoque à nouveau ces affleurements bitumineux dans sa thèse sur les bienfaits de l’huile de Pechelbronn : « Au cours d’essais de distillation, il isole ainsi le pétrole lampant, sans découvrir son usage ; il ne sera utilisé qu’un siècle plus tard pour l’éclairage. Dans cette thèse, il énumère tous les usages médicinaux du produit et décrit de nombreuses guérisons : infections, plaies, problèmes des yeux et de la peau, goutte, problèmes articulaires… »

« Ciment d’asphalte »

Mais c’est au XVIIIe siècle que la vocation industrielle du gisement alsacien va se dessiner vraiment. Un certain De La Sablonnière, interprète du roi de France auprès des ligues suisses, et détenteur de l’exclusivité de la vente d’« asphalte suisse » de la région de Neuchâtel, imagine d’utiliser ce matériau comme un « ciment d’asphalte » servant notamment à calfeutrer les coques de bateau.

En quête de site de production de cette matière première, mais sur le territoire français, il obtient le feu vert royal pour l’exploitation du gisement de Pechelbronn et crée une société pétrolière par actions.

À cette époque, l’extraction se fait par le creusement de galeries dans les gisements de sable bitumineux. Dès 1742, on utilisait des tarières pour localiser les filons. Dans une petite usine dénommée « laboratoire », l’huile était séparée du sable par lessivage à l’eau bouillante, puis distillée pour obtenir des produits pharmaceutiques, de la graisse et de la poix et, au XIXe siècle, du pétrole lampant.

Vers 1865, comme on descend plus profondément, on trouve de l’huile de plus en plus fluide : on abandonne alors l’extraction du sable au profit de la récupération d’huile de suintement.

Mais dès 1879, on abandonne la récupération d’huile de suintement au profit de forages mécaniques pour atteindre les couches productrices, de 300 à 700 m, et par la suite jusqu’à 1 200 m. La première pompe est installée en 1882. Exceptionnellement, il y eut des sources éruptives. Le brut de Pechelbronn étant lourd et sans pression, le recours à des pompes à balancier était nécessaire. En 1949, il y avait 650 pompes en activité simultanément.

À partir de 1917, huit puits sont forés et 430 km de galeries, d’une profondeur variant entre 150 et 400 m, sont creusés dans des couches pétrolifères. Dans les galeries, des puisards recueillent l’huile qui, une fois remontée, est acheminée par pipeline à la raffinerie. L’exploitation du pétrole par mines est unique dans l’industrie pétrolière.

De zéro à 1 500 mètres de profondeur

À Pechelbronn, on trouve du pétrole de 0 à 1 500 m de profondeur. L’exploitation du pétrole s’est faite à 90 % dans les couches de 0 à 400 m et à 10 % seulement entre 400 et 1 350 m. Le pétrole de Pechelbronn se situe dans des lentilles de sable (pétrole + eau + gaz), où la proportion de gaz est très faible. Lors du percement de la lentille, le pétrole jaillit rarement spontanément, il faut alors pomper pour le faire remonter. Dans d’autres régions, il suffit de réguler le débit du pétrole jaillissant.

Le champ pétrolifère de Pechelbronn couvre 44 000 ha. Il s’étend de Wissembourg à Brumath et Hochfelden – soit 15 km de largeur et 35 km de longueur. Les lentilles sont de petite dimension – de 2 à 10 m d’épaisseur sur 2 à 5 km de longueur et de 10 à 30 m de large – alors qu’on peut trouver des lentilles de 400 m d’épaisseur pour 2 000 km² de surface en Arabie.

Ces deux originalités ont pour conséquence une exploitation plus difficile et donc moins rentable après la découverte des gisements sahariens et arabes (à partir de 1950). Jusqu’en 1965, 3 300 000 tonnes ont été exploitées sur le champ pétrolifère de Pechelbronn, c’est-à-dire 20 % de la capacité des gisements exploités.

(*) www.musee-du-petrole.com/historique

Treize puits de pétrole sont aujourd’hui en activité en Alsace, comme ici à Scheibenhard. Un 14 e et dernier pourrait être creusé en 2019.

Treize puits de pétrole sont aujourd’hui en activité en Alsace, comme ici à Scheibenhard. Un 14 e et dernier pourrait être creusé en 2019.

Le début de la fin

Le projet de loi qui prévoit de mettre fin à l’exploitation pétrolière en France (DNA d’hier) n’aura pas d’impact immédiat sur l’activité des entreprises qui extraient du brut en Alsace. Les opérateurs peuvent en revanche faire une croix sur les permis de recherche qu’ils avaient sollicités.

 

Il n’y aura plus jamais de puits de pétrole dans le sud de l’Alsace. Le projet de loi présenté mercredi par le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot vient de réduire à néant les projets des sociétés pétrolières qui espéraient prospecter dans les secteurs de Dessenheim, de Dannemarie, de Sierentz, de Bollwiller ou encore de Mulhouse. Leurs demandes d’autorisation, en cours d’instruction, sont désormais caduques. Le texte ne laisse en effet planer aucune ambiguïté : s’il est adopté, plus aucun nouveau permis de recherche d’hydrocarbure ne sera accordé.

Au moins jusqu’en 2034

C’est, pour l’heure, la principale conséquence en Alsace de la fin annoncée de l’exploitation pétrolière en 2040. Soucieux de s’épargner des contentieux avec les entreprises, le ministère de la Transition écologique ne s’attaquera pas aux permis en cours de validité. Il les laissera aller à leur terme et pourra même, le cas échéant, les prolonger.

Résultat : les 13 puits actuellement en activité en Alsace continueront à extraire du brut du sous-sol alsacien. Douze d’entre eux, qui produisent grosso modo 6 000 tonnes de pétrole par an, sont exploités par la société Géopetrol, titulaire des concessions de Scheibenhard, Schelmenberg et Eschau. Le 13e , situé à Oberlauterbach, est quant à lui la propriété de la société Oelweg.

Les deux sociétés ont a priori un peu de temps devant elles. Leurs concessions d’exploitation n’expirent en effet qu’en 2034 (sauf celle d’Eschau -un seul puits- qui se termine en octobre prochain et pour laquelle une demande de prolongation a été sollicitée). Il n’est d’ailleurs pas impossible que d’ici là certains puits aient cessé de produire. Les ressources ne sont en effet pas inépuisables.

Un nouveau puits de pétrole en 2019 ?

Le projet de loi ne contraindra pas non plus Vermilion Energy à modifier ses projets. Le groupe canadien, qui s’est associé avec Bluebach, titulaire d’un permis de recherche d’hydrocarbures dans la concession de Seebach, est actuellement en train d’y mener une mission de prospection. Quatre camions vibrateurs quadrillent depuis quelques semaines le secteur de Betschdorf et Soultz-sous-Forêts pour ausculter le sous-sol afin de repérer la présence de gisements de pétrole.

L’entreprise, qui a investi 1,2 million d’euros dans cette opération, compte bien la mener à son terme. « Les données géophysiques que nous aurons collectées seront analysées d’ici la fin de l’année », explique Jean-Pascal Simard, directeur des relations publiques de Vermilion. « Nous déciderons alors, ou pas, de forer. » Les travaux pourraient commencer « début 2019 », le temps d’obtenir les autorisations nécessaires. « Selon les informations que nous recueillerons, nous pourrions envisager de forer un deuxième, voire un troisième puits pour confirmer la taille du réservoir », précise le dirigeant.

Il ne le cache pas : sachant que chaque puits représente un investissement de « 5 à 6 millions d’euros », la visibilité fixée par le gouvernement lui paraît un peu courte. « Si l’échéance était fixée à 2050, nous disposerions d’une période de retour sur investissement plus longue. »

En fait, explique-t-il, « nous trouvons dommage qu’une activité qui existe depuis plus de 200 ans en Alsace, qui est encadrée, contrôlée, et dans laquelle les entreprises investissent depuis de longues années soit contrainte de s’arrêter ». En 2040, soutient-il, « la France consommera encore 40 à 50 millions de tonnes de pétrole qu’il faudra importer en totalité », alors que « le pétrole produit en France (815 000 tonnes l’an passé, NDLR) génère moins d’effet de serre, crée des emplois et des retombées fiscales très importantes ».

Dans ces conditions, il y a de fortes chances que Vermilion soit la dernière entreprise à investir en Alsace. Au regard des perspectives, les détenteurs des deux autres permis de recherche encore valides (Millenium Geoventure et Geopetrol pour la concession de Soufflenheim, et Bluebach pour la concession de Herbsheim) y regarderont sans doute à deux fois.

DNA/Odile Weiss 08/09/2017

 

A Siant-Mery, à 50 km au sud-est de Paris, on extrait encore des hydrocarbures du sous-sol. Les principaux gisments dans le sud-ouest à Lacq (gaz) et Saint-Marcet (pétrole) sont fermés

A Siant-Mery, à 50 km au sud-est de Paris, on extrait encore des hydrocarbures du sous-sol. Les principaux gisments dans le sud-ouest à Lacq (gaz) et Saint-Marcet (pétrole) sont fermés

paru dans les DNA      / Élodie Bécu (07/09/2017)



En France, le pétrole, c’est bientôt fini !

La France est le premier pays au monde à interdire l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures. Cette avant tout symbolique, démontre l’intransigeance du gouvernement dans la lutte contre le réchauffement climatique et en annonce d’autres.

Le pétrole français c’est bientôt terminé. Nicolas Hulot a présenté hier en conseil des ministres son projet de loi pour interdire l’exploitation des hydrocarbures en France.

Concrètement, le gouvernement n’accordera plus de nouveau permis d’exploitation des énergies fossiles, ce qui devrait conduire à la fin de la production française de pétrole et de gaz à l’horizon 2040. Cette date a été choisie pour laisser le temps aux concessions actuelles d’arriver à échéance, et éviter les contentieux avec les compagnies pétrolières.

Contre le gaz de schiste

Ce texte marque la fin définitive du débat sur les gaz de schiste. Depuis 2011, la fracturation hydraulique - seule technique pour l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures dits non conventionnels – était interdite. Cette fois, la loi fermera la porte à toute exploitation, quelle que soit la technique utilisée.

L’objectif est, selon Nicolas Hulot, de montrer « que les énergies fossiles appartiennent aux XIXème et XXème siècle ».

Selon les scientifiques du GIEC, pour parvenir à limiter le réchauffement de la planète à 2° d’ici la fin du siècle, il faudrait laisser sous terre 80 % des ressources d’hydrocarbures mondiales.

Le choix de Nicolas Hulot est essentiellement symbolique, visant à envoyer un « signal ». La France ne produit en effet que 1 % du pétrole qu’elle consomme, soit 815 000 tonnes l’an dernier. L’essentiel des gisements se trouve dans le Bassin parisien et en Aquitaine ( voir encadré ). Et les sociétés pétrolières misaient sur de potentielles ressources outre-mer.

La France importe 99 % de sa production, avec une facture qui s’élevait en 2015 à environ 40 milliards d’euros (9 milliards pour le pétrole, 31 milliards pour le gaz).

« Nous voulons montrer l’exemple. Si personne ne le fait en premier, personne ne le fera », résume Xavier Ploquin, conseiller énergie, industrie et innovation de Nicolas Hulot.

Colère des pétroliers

Un choix qui réjouit les ONG. « Avec cette décision, le gouvernement envoie le message que l’on change de direction, et que les choix politiques doivent à présent s’orienter vers les énergies renouvelables », se réjouit Michel Dubromel, président de l’association écologiste France Nature Environnement.

Les industriels, eux, sont vent debout contre le texte. « Ce texte n’a aucun fondement rationnel, et est uniquement idéologique. Le pétrole représente 45 % de l’énergie dans notre pays : on ne va pas le faire disparaître du jour au lendemain ! Ce choix n’aura aucun impact sur la consommation, et va juste creuser notre déficit commercial et nous contraindre à importer davantage : ce qui n’est pas non plus en faveur du réchauffement climatique », estime Francis Duseux, président de l’Ufip qui regroupe les professionnels du pétrole et du gaz. La loi, présentée fin septembre à l’Assemblée, devrait être définitivement adoptée à la fin de l’année. Elle annonce d’autres mesures visant à réduire l’utilisation du diesel et de tous les produits dérivés du pétrole en général.

Rédigé par ANAB

Publié dans #préserver les ressources

Commenter cet article