Lichens et champignons en interactions épisode 15 De redoutables manipulateurs (et Cladonia subulata )

Publié le 23 Février 2019

Cladonia subulata  Photo Gilles Weiskircher (Anab)
Cladonia subulata  Photo Gilles Weiskircher (Anab)

Cladonia subulata Photo Gilles Weiskircher (Anab)

Nom scientifique : Cladonia subulata (L.) Web. ex Wigg

 

Date de l’observation: 19 mars 2018 à Frauenberg sur une pierre tombale


Classification : Division des Ascomycota, famille des Cladoniaceae

Cladonia subulata  Photo Gilles Weiskircher (Anab)
Cladonia subulata  Photo Gilles Weiskircher (Anab)

Cladonia subulata Photo Gilles Weiskircher (Anab)

Le terme de « manipulation » dans cet article ne signifie aucunement qu’il y ait un calcul ou une intention ; il s’agit simplement du résultat d’un processus évolutif sous la pression sélective sévère.


 

La vie d’une fourmi n’est pas de tout repos et de nombreuses menaces pèsent sur elle. Une de ces menaces est Ophiocordyceps, un genre de champignon rassemblant de nombreuses espèces, toutes des parasites. Ces organismes ont un mode de fonctionnement bien particulier : ils infectent les fourmis et les transforment en "zombies" de manière à pouvoir se propager plus rapidement. L’insecte infecté se met ainsi à errer et grimper contre son gré en haut d’un arbre. Une fois arrivé assez haut, il plante ses mandibules dans une feuille ou une branche puis meurt. Pour le champignon, l’objectif de cette manipulation chimique est d’emmener son hôte à un endroit stratégique de manière à pouvoir propager ses spores plus efficacement.
Une fois la fourmi morte, le sporophore du champignon émerge de la carcasse. Le parasite se développe dans tout le corps de la fourmi sauf dans le cerveau. Les cellules d'Ophiocordyceps unilateralis par exemple entrent dans les fibres musculaires de l'insecte en se liant les unes aux autres formant ainsi un réseau qui emprisonne les muscles. "En substance, les insectes manipulés sont des champignons en costume de fourmi", résume David Hughes, l'auteur principal de cette découverte "C'est un peu comme lorsqu'un marionnettiste tire les ficelles pour faire bouger sa marionnette. Le champignon contrôle les muscles de la fourmi pour manipuler ses pattes et ses mandibules", poursuit-il. Les chercheurs savent déjà que ce champignon produit des métabolites qui visent les tissus et qu'il est capable de changer l'expression des gènes de l'hôte. Et il a déjà été prouvé que le cerveau est malgré tout altéré chimiquement par le parasite même s'il n'est pas envahi de cellules.

 

Un article sur ce terrifiant mécanisme a été publié sur notre blog (cliquer ou coller  http://naturealsacebossue.over-blog.com/2018/11/ce-champignon-parasite-transforme-les-insectes-en-zombies.html


Ce scénario aurait déjà été en place il y a 48 millions d'années, affirment aujourd'hui des chercheurs, qui ont observé sur une feuille fossilisée les marques caractéristiques laissées par ces fourmis manipulées.


 

Le champignon Entomophtora muscae parasite les mouches et provoque une maladie mortelle qui les momifient ; du cadavre figé s’échappent ensuite les spores qui peuvent contaminer d’autres mouches. Si la mouche domestique est l’espèce la plus citée comme victime, pour autant, il est possible aussi l’observer sur de nombreuses autres espèces appartenant à des familles différentes comme les syrphes.

Les mouches infectées adoptent un comportement particulier qui consiste à monter le plus haut possible sur une tige quand elles agonisent avant de se figer dans une posture étrange : trompe étirée et collée, pattes étendues, abdomen redressé et ailes relevées au-dessus du thorax. Une majorité de mouches se fige en fin de journée, dans les dernières heures avant la tombée de la nuit. Tout semble donc indiquer l’existence d’une sorte d’horloge biologique probablement pilotée par le parasite qui a investi tout le corps de la mouche, dont le cerveau (à partir duquel il sort par la trompe pour la fixation).

Le soulèvement de l’abdomen et des ailes favorise forcément la dispersion des spores projetées. Expérimentalement, si on met côte à côte des mouches infectées et non infectées avec des abdomens de même taille, on constate que, malgré tout, les mâles continuent à aller préférentiellement vers les femelles infectées. Donc, il doit exister un autre signal qui favorise la dispersion des spores en favorisant la reproduction des insectes infectés.

Texte, photos, et bibliographie : Gilles Weiskircher (Anab)




 

Sources:

https://www.sciencesetavenir.fr/animaux/insectes/une-fois-parasitee-les-fourmis-charpentieres-sont-plus-marionnettes-que-zombies_118139

https://www.zoom-nature.fr/un-champignon-tres-manipulateur/

https://www.afl-lichenologie.fr/Photos_AFL/Photos_AFL_C/Textes_C2/Cladonia_subulata.htm

Rédigé par ANAB

Publié dans #champignons

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