Cirques et animaux sauvages
Publié le 4 Janvier 2016
Plusieurs associations de protection animale militent contre l’utilisation d’animaux sauvages dans les cirques. Saisi de plusieurs témoignages relatant la manière dont on traite les animaux dans les coulisses, Pierre Mann, auteur-réalisateur, dénonce les méthodes dont usent les dresseurs en émettant le vœu que tout cirque présentant des animaux n’obtienne plus l’autorisation de se produire sur les terrains municipaux de Strasbourg.
Selon Pierre Mann, «aucun cirque, aussi renommé soit-il, ne peut fournir aux animaux des conditions de détention nécessaires à leur bien-être». Photo archives DNA
« L’avenir du zoo de l’Orangerie fait actuellement grand débat (DNA du 22 novembre 2015).
Les Amis du zoo sont favorables au maintien d’espèces exotiques comme les singes, ou sauvages, comme le lynx, alors que d’autres dénoncent les conditions de vie de ces animaux encagés.
Mme Christel Kohler, adjointe au maire, n’est pas favorable au maintien d’animaux autres que ceux de la mini-ferme. Sa position semble rejoindre celle de Code Animal qui estime que les animaux sont détenus dans des conditions non compatibles avec leurs besoins physiologiques.
Soit ! Mais qu’en est-il du sort des animaux des cirques qui se produisent régulièrement sur le territoire de notre ville ? J’apprends que le cirque Bouglione tient des représentations à Strasbourg. Comme d’autres cirques, Bouglione continue à proposer des spectacles avec des animaux sauvages, sur un terrain appartenant à la Ville et peu de gens semblent se soucier des conditions de vie des animaux de cirque.
Entre le « mal-être » des animaux de l’Orangerie et celui des animaux de cirque, y aurait-il deux poids deux mesures ?
Cherchez l’erreur. Lors d’une entrevue avec Mme Kohler, le 9 juillet, j’ai largement évoqué la situation des animaux de cirque. Cette rencontre était consécutive à une lettre adressée à la municipalité le 20 mai 2015, dans laquelle je plaidais pour l’interdiction définitive des spectacles mettant en scène des animaux sauvages. Car tous les témoignages consacrés aux conditions de vie des animaux de cirque sont unanimes : aucun cirque, aussi renommé soit-il, ne peut fournir aux animaux des conditions de détention nécessaires à leur bien-être. Ce sont des structures ambulantes qui impliquent la séquestration des animaux dans des espaces restreints, sous la canicule comme sous un froid glacial.
Les félins vivent dans un espace à peine plus grand que la taille de l’animal. Cette vie de confinement provoque des mouvements répétitifs, perturbés, preuves d’une souffrance chronique. Dans le jargon du métier, on appelle à juste titre ce comportement « la folie des cirques » !
Maladies microbiennes, mais aussi psychiques
Les maladies des cages ne sont pas seulement microbiennes, elles sont psychiques. Les éléphants passent le plus clair de leur vie attachés aux pattes par des chaînes qui leur permettent à peine de faire un pas en avant ou en arrière avec balancement perpétuel de leur trompe, signe de déséquilibre mental.
Toute personne qui a pu assister au dressage dans les coulisses, en sort horrifiée. Les méthodes dont usent les « dresseurs » sont uniquement révélées par des caméras cachées. Pour s’en rendre compte, il suffit de se rendre sur Internet.
Les outils utilisés sont des fouets, bâtons, barres de métal, aiguillons (ou ankus). L’intimidation peut dégénérer en de cruelles rouées de coups. Car dans la nature, jamais un éléphant ne se mettra en équilibre sur une patte, sur un tabouret. Jamais un tigre ne sautera à travers un cerceau de feu ! Pour arriver à cette fin, un seul moyen : « casser » l’animal.
Toutes ces souffrances et mauvais traitements transforment ces « bêtes sauvages » en des malheureux, en des clowns pour le simple plaisir d’un public mal informé. Les spectateurs, ravis par une ambiance, la musique et le strass, ne se doutent pas de la réalité de la vie dans les coulisses. Le cirque est un monde d’illusion où pendant les représentations, les piques aiguisées sont déguisées en simples cannes décorées de pompons.
Tous les cirques prétendent, bien sûr, que les animaux sont dressés par la douceur et les récompenses. Mensonge, mais il est vrai que les cas de maltraitance sont difficiles à prouver, le dressage coercitif a lieu en secret, à l’abri des regards.
Les conditions de détention ont été dénoncées par de nombreuses pétitions, notamment celle de la Fondation 30 millions d’amis qui a récolté plus de cent mille signatures. L’opinion publique se révolte, avec raison, devant la cruauté infligée aux humains. Elle s’élève contre tout ce qui porte atteinte à la dignité humaine. Mais bien peu de gens connaissent les traitements infligés aux animaux, ou veulent les ignorer.
Ces pratiques posent pourtant un problème moral, car à présent nous savons que l’animal souffre comme souffre l’homme. Nous savons maintenant que l’animal a des droits et notamment le droit au respect.
Le 28 janvier 2015, le Parlement a définitivement adopté le projet de loi quant au statut juridique de l’animal, en lui reconnaissant sa nature d’être vivant doué de sensibilité. La nouvelle loi doit être appliquée aux animaux de cirques, en proie à un déséquilibre dans tout leur être, martyrisés par la captivité et le dressage.
Le cirque Bouglione se produit, les accords sont conclus, l’affichage sauvage fleurit en ville sans aucun risque d’être réprimé. Au nom de quoi ? Argent, profit, rentabilité ?
Mais j’émets le vœu qu’à partir de 2016, tout cirque présentant des animaux n’obtienne plus l’autorisation de se produire sur des terrains municipaux.
M. Roland Ries avait déjà pris cet engagement en 2008. Pour les cirques s’installant sur des espaces privés, les services municipaux pourront réagir contre l’affichage sauvage sur le domaine public, dont les cirques ne se privent pas.
De nombreux pays européens ont déjà pris de telles mesures, allant jusqu’à l’interdiction totale. C’est le cas de l’Autriche, du Danemark, de la Suède, de la Finlande, de l’Allemagne, de la Suisse, du Royaume Uni, et depuis peu, de la Belgique.
En France, les villes de Montreuil, Bagnolet et Creil, ne délivrent plus d’autorisations d’installation qu’aux cirques ne possédant pas d’animaux. Plus près de nous, M. Jacques Bigot, sénateur maire d’Illkirch, a proscrit tout cirque avec des animaux depuis 2006. Mais la Ville d’Illkirch-Graffenstaden accueille le cirque Plume, sans animaux, et dispense des cours de cirque à la nouvelle Vill’A.
Loin de moi l’idée de vouloir faire interdire les cirques qui sont avant tout un art quand ils présentent, à l’instar de « Pisteurs d’étoiles » d’Obernai, leur cirque contemporain. En France, le cirque fait partie d’une identité nationale et d’une continuité culturelle. Mais il faut mettre fin à ces numéros de cirque qui montrent au public une caricature grotesque de l’animal.
Les cirques modernes tels que le Cirque du Soleil, Archaos, Plume et bien d’autres, proposent des numéros de qualité qui émerveillent les spectateurs et n’ont plus besoin d’utiliser les animaux sauvages pour attirer leur public, pratiques d’un autre temps. Ils ont su évoluer vers une nouvelle forme de spectacles plus épurée, essentiellement constituée d’acrobaties et de jongleries. »
DNA-Pierre Mann 29/12/2015
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