Paysage en danger

Publié le 1 Novembre 2016

Article paru dans les DNA le 25/09/2016  / Simone Wehrung



Réserves naturelles de France - Frankenthal-Missheimle
Vingt ans après sa création, la réserve naturelle nationale du Frankenthal-Missheimle est l’une des plus fréquentées de France et la plus populaire d’Alsace. Certains regrettent que la gestion de sa naturalité se fasse au détriment du paysage.

Évolution du paysage dans le couloir du Falimont au fond du cirque du Frankenthal. En 1993, les arbres ont été coupés dans le but d’y faire pâturer des vaches ; à la création de la réserve en 1995, toute activité pastorale y a été interdite et depuis, le milieu se referme, phénomène accentué par la raréfaction des avalanches. Document PNRBV

Évolution du paysage dans le couloir du Falimont au fond du cirque du Frankenthal. En 1993, les arbres ont été coupés dans le but d’y faire pâturer des vaches ; à la création de la réserve en 1995, toute activité pastorale y a été interdite et depuis, le milieu se referme, phénomène accentué par la raréfaction des avalanches. Document PNRBV

« Si à l’époque, les élus de la vallée ont demandé la création de la réserve, c’était avant tout pour préserver la beauté des sites, rappelle Frédéric Lung, vice-président du Club Vosgien de la vallée de Munster. Aujourd’hui malheureusement, le paysage est dégradé à cause de l’avancement de la forêt. » Les cirques de la Schlucht, du lac Vert, des Hirschsteine sont tous enfrichés.

Comme toute réserve, celle du Frankenthal-Missheimle, créée le 19 octobre 1995, est dédiée à la naturalité. Sur 746 ha situés sur le ban de la commune de Stosswihr, des Haut-Fourneaux au nord au Petit Hohneck au sud, la zone protégée par arrêté ministériel est l’une des plus prestigieuses du massif vosgien du fait de son caractère alpin. Ses cirques glaciaires, ses névés, ses impressionnantes corniches hivernales qui régulièrement s’écroulent en de dangereuses avalanches, ses épaisses forêts, ses escarpements rocheux et ses pierriers démentent ici la réputation des Vosges de montagnes à vaches. Les ruminants y occupent pourtant une place privilégiée, l’activité agropastorale ayant façonné les paysages jusque sur les hautes-chaumes et dans les couloirs d’avalanche.

Le choix du Parc naturel régional des Ballons des Vosges, gestionnaire de la réserve, de laisser faire la nature, de réduire l’espace pâturé et d’encadrer les activités agricoles a certes consolidé la qualité des milieux, mais au détriment de la majesté des sites et des points de vue.

Comme à chaque fois que l’homme cesse d’intervenir, les milieux se referment et la forêt reprend la place qu’elle avait autrefois, avant les défrichements.

Le Frankenthal, joyau de la réserve

C’est particulièrement vrai pour le Frankenthal, sa tourbière et son couloir à avalanche du Falimont. L’interdiction du pâturage au fond du cirque glaciaire a d’abord permis à un exceptionnel groupement arbustif de merisiers à grappe de prospérer avant que les érables sycomores et les sorbiers ne prennent trop de place. Le phénomène est accentué par le réchauffement climatique. Les avalanches, par manque de neige, ne jouent plus leur rôle de ramonage et les arbres profitent de tout ce CO 2 disponible en quantité dans l’atmosphère.

Frédéric Lung se fait en outre le porte-parole de ceux qui estiment que la naturalité nuit à la biodiversité de la réserve. « L’envahissement forestier du couloir du Falimont condamnerait les plantes héliophiles et parmi elles 79 % des espèces patrimoniales » (orchis globuleux, nivéole du printemps, bois joli, ail victorial,…).

On n’en est pas encore là si l’on en croit l’état des lieux dressé samedi 17 septembre à la salle des fêtes de Stosswihr pour les 20 ans de la réserve. Spécialistes en botanique, ornithologie, en géologie, en mousses et lichens, en insectes, les naturalistes et les agents de la réserve ont brossé un riche portrait de la biodiversité peu commune du Frankenthal-Missheimle. Cirques glaciaires, tourbières, chaumes d’altitude, prairies à fourrage, hêtraies subalpines et sapinières, falaises et éboulis, chacun de ces milieux souvent atypiques recèle sa propre biodiversité, que ce soit en termes de flore ou de faune.

Paysage en danger

Naturalité versus biodiversité ?

« L’équilibre reste satisfaisant », relativise le botaniste Bernard Stoehr qui dès la création de la réserve insistait pourtant sur l’incompatibilité de certaines espèces subalpines rares avec le boisement, même momentané, des cirques. « La biodiversité est plus importante en forêt qu’en milieu ouvert. Simplement, ce n’est pas la même, ce sont surtout des mousses et des lichens. »

Mais la forêt recouvre déjà 81 % du secteur protégé dont deux tiers sont en réserve forestière intégrale. Et dans le prochain plan de gestion qui devra être bouclé en 2017, « la question du Falimont se posera inévitablement, concède Claude Michel, responsable du pôle environnement au Parc. Ne serait-ce qu’au regard des interrogations climatiques. Tout cela sera discuté au sein du comité consultatif. »

Sauf que le « petit parlement de la réserve » s’était déjà prononcé à l’unanimité il y a quatre ans pour la réouverture des sites enfrichés sans être réellement entendu par le préfet qui s’était rangé à l’avis du comité scientifique. Mais « par rapport aux premiers plans, le principe de priorité donné à la naturalité avait déjà été assoupli pour la période 2012-2016, précise Emmanuelle Hans, conservatrice de la réserve. Nous avons procédé à des coupes d’arbres dans le secteur du Falimont ainsi que dans les couloir et terrasse Dagobert. Et depuis la création de la réserve, nous n’avons pas constaté de perte de biodiversité. »

Le Club Vosgien a été associé à certains de ces travaux mais sans satisfaire les randonneurs qui n’y voient qu’un toilettage très insuffisant pour préserver l’aspect pittoresque des sites glaciaires. Le Club Vosgien a d’ailleurs rappelé par la voix du président de sa section de la vallée de Munster, Gérard Heinrich, l’importance de son association dans un secteur traversé par les sentiers entretenus et balisés par ses membres dont le sentier des Roches, son itinéraire vedette (35 000 marcheurs en moyenne du 1er mai au 11 novembre ; 30 000 sur le GR 5). Manière de rappeler que les randonneurs sont légitimes à faire entendre leur voix dans l’avenir d’une réserve dont les enjeux touristiques ne peuvent être ignorés : chaque année, 200 000 visiteurs foulent son sol.

Rédigé par ANAB

Publié dans #Pollution-pesticides

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S
Bonjour, je me réjouis à l'idée de la réouverture de certains paysages uniques et rares qui font le charme de ces randonnées à flanc de montagne côté alsacien et le Falimont représente un bel exemple.
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R
Bonjour Stéphane,<br /> <br /> merci de votre commentaire.<br /> <br /> Oui le Falimont sans les arbres c'était extraordinaire. En hiver, on se croyait dans les Alpes.