Une forêt chinoise à Bonnefontaine Altwiller - Passion insolite

Publié le 27 Novembre 2016

Article paru le 27/10/2016 DNA-Marie Gerhardy



Jean Hoch a une passion très particulière : les conifères chinois. Il occupe le plus clair de son temps à élucider les mystères de ces arbres et s’est constitué un véritable arboretum sur son terrain de Bonnefontaine.

Une forêt chinoise à Bonnefontaine  Altwiller - Passion insolite

Quand il achète sa maison à Altwiller, il se demande comment arborer son terrain. « C’était en 1990, Internet n’existait pas. Le premier livre sur les conifères que j’ai acheté m’a coûté plus de 1 000 francs, c’était une fortune à l’époque. Je l’ai toujours. J’ai découvert près de 640 espèces différentes. En France, on en connaît peut-être 10 %… »

Compilation au fil des décennies, voire des siècles

Jean Hoch se met à commander des graines, fréquenter les jardins botaniques, pousser ses recherches toujours plus loin. En 1995, il rencontre un passionné de conifères qui enseigne à l’université de Freiburg. Il lui montre sa petite liste de conifères recherchés. « Moi aussi, j’ai commencé comme cela… », lui dit le professeur, avec un petit sourire aux lèvres.

Il avait vu juste. Les conifères deviennent une passion dévorante. Lors de la tempête de 1999, le naturaliste perd l’ensemble des données qu’il a amassées en dix ans. Écœuré, il s’éloigne un peu des arbres, pour mieux y revenir quelques années plus tard. Mais cette fois-ci, il se concentre sur les espèces rares de Chine, pays où la flore est nettement plus abondante qu’en France.

Ainsi, depuis une dizaine d’années, il procède à une compilation systématique de tous les herbiers constitués par les explorateurs et décrits par les botanistes, au fil des décennies, voire des siècles. « La France avait des missionnaires partout, ils ont fourni de très nombreux herbiers. J’ai dressé des aires géographiques, je peux suivre le trajet des explorateurs à la trace ! »

Chaque plante possède son herbier-type

Comme pour une véritable enquête, Jean Hoch remonte lentement le fil des écrits laissés par les missionnaires. « Le plus dur est de trouver le locus classicus des spécimens de conifères, c’est-à-dire leur localité-type. Souvent, les récoltes sont très anciennes. Les noms des localités où les plantes ont été prélevées sont parfois mal traduits ou mal écrits. »

Pour cela, le naturaliste a la chance d’être épaulé par son épouse chinoise, qui partage la même passion que lui. « Quand le lieu indiqué est introuvable sur une carte, je lui lis le nom en français, et elle arrive parfois à deviner le mot chinois que le missionnaire avait traduit phonétiquement. Souvent, le nom trouvé correspond à un lieu-dit ou un village du secteur géographique où se trouvait l’explorateur. »

Depuis 2007, Jean Hoch s’est déjà rendu quatre fois en Chine. « À chaque fois, il me faut une bonne année de préparation, car les lieux que nous visons sont très sauvages. Nous perdons énormément de temps avec la logistique, et la population locale nous regarde étrangement. Nous avons ainsi pu corriger un herbier daté de 1934. La localité n’était pas Muki, mais Mudji, un hameau de quatre maisons au Tibet. »

Ainsi, chaque plante possède son herbier-type, le premier spécimen décrit. « Il y a de multiples clés de détermination, la taille du cône ou des aiguilles par exemple. Cela permet de reconnaître précisément une espèce. » Elle sera classée dans une des sept familles de conifères existantes, puis sous-classée en genre, espèce, et éventuellement variété ou forme. Aujourd’hui, si des formes sont encore découvertes, il est rare de trouver de nouvelles espèces.

Aujourd’hui, pour écrire une description, il faut être référencé comme Jean Hoch sur la liste des auteurs botanistes. Les protocoles sont stricts et longs. « Je suis en train de décrire une nouvelle forme, la mastersii, de la famille des Pinacées, du genre Picea, espèce Wilsonii. Je l’ai d’abord comparé avec plus de 600 herbiers de son aire naturelle. L’article sera traduit en anglais, relu, vérifié, avant d’être publié. »

Connaître les espèces permet aussi de tenter de les préserver. « Chaque plante contient des substances chimiques qui lui sont propres. Elles sont prisées pour l’industrie pharmaceutique. Il faut donc les conserver, au-delà de l’amour de la flore. Mais les Chinois ont tellement besoin de bois pour se chauffer et pour construire. Partout dans le monde on détruit des forêts primaires. »

Comparaison entre deux espèces des montagnes de Taïwan. Les petites feuilles appartiennent à un Taiwania cryptomerioides, les grandes à un Cunninghamia Konishii. PHOTO DNA

Comparaison entre deux espèces des montagnes de Taïwan. Les petites feuilles appartiennent à un Taiwania cryptomerioides, les grandes à un Cunninghamia Konishii. PHOTO DNA

Un sapin méconnu, récolté à l’extrême Nord-Ouest de la province du Yunnan par une équipe de Harvard. Jean Hoch a pu l’identifier à leur demande, il s’agit d’un Abies forrestii var. smithii. PHOTO DNA - Marie GERHARDY

Un sapin méconnu, récolté à l’extrême Nord-Ouest de la province du Yunnan par une équipe de Harvard. Jean Hoch a pu l’identifier à leur demande, il s’agit d’un Abies forrestii var. smithii. PHOTO DNA - Marie GERHARDY

Classée « à risque critique »

Le « Picea asperata ponderosa » est également une espèce classée « à risque critique d’extinction », car il ne pousse que sur une seule montagne en Chine, dans le Sichuan. 50 pieds sont encore debout. « J’ai trouvé l’arbre-type, celui découvert par Wilson en 1903. J’ai apporté un cône en France, qui me permet de cultiver le fils direct de l’arbre initial. »

Dans son arboretum, Jean Hoch compte une centaine d’individus. Parmi eux, quatre sont classés « à risque critique », 32 sont en danger, et 32 vulnérables. Les autres sont des plantes qui ont à ses yeux un intérêt historique. En tout, il dispose d’environ 80 espèces et variétés différentes. Il partage volontiers ses graines et ses échantillons avec ses confrères européens.

Pourtant, des précautions doivent être prises avant de ramener des graines en France, pour éviter la propagation des maladies. « Les graines sont radiographiées, puis elles passent 24 heures dans une eau chlorée. Tout ce qui flotte à la surface est retiré et brûlé. En effet, les graines creuses sont potentiellement vérolées, habitées par un insecte. »

Avant de planter les espèces rares, Jean Hoch procède à des boutures pour multiplier ses chances de réussite. « J’ai un terrain de 20 ares, et mon père vient de me céder un hectare orienté plein Sud. Je vais tenter des plantations là-bas. Les conifères asiatiques ont du mal à s’acclimater ici. En tout cas, ils n’ont aucune chance de devenir invasifs ! »

Celui qui aujourd’hui est technicien des Voies navigables de France est aussi un spécialiste reconnu dans le milieu des chercheurs. Il participe avec l’université de Harvard au programme sino-américain « Biodiversity of the Hengshan », un secteur intéressant en termes de variétés. En expédition là-bas, les chercheurs viennent de lui envoyer une espèce pour qu’il l’identifie.

Rédigé par ANAB

Publié dans #découverte nature

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