La mineuse s’attaque aux marronniers

Publié le 7 Août 2017

À Strasbourg, les dégâts causés par la mineuse sont déjà bien visibles. À Mulhouse la chute des feuilles a déjà commencé. PHOTO DNA - Christian LUTZ-SORG

À Strasbourg, les dégâts causés par la mineuse sont déjà bien visibles. À Mulhouse la chute des feuilles a déjà commencé. PHOTO DNA - Christian LUTZ-SORG

Paru sur DNA / Anne-Camille Beckelynck (03/08/2017)

 




Dans certaines zones urbaines, on croirait presque que c’est déjà l’automne. Les marronniers se sont déjà mis à brunir. Ils sont attaqués par une chenille appelée mineuse, et elle semble virulente cette année.

Dans le jargon des journalistes , un marronnier est un sujet qui revient chaque année avec régularité : le bac, les soldes, le marché de Noël… En Alsace, depuis la fin des années 90, un autre s’est ajouté. Et lui, il a vraiment une dégaine d’arbre à bogues. Les marronniers, les arbres, se sont mis à prendre chaque été les couleurs d’automne dont ils se parent normalement en octobre. Le phénomène n’est pas aussi prévisible que l’arrivée du grand sapin sur la place Kléber : l’an dernier il avait été discret, et cette année à Strasbourg il a semblé en avance. Non non, à l’heure, nous répond-on au service des espaces verts de la Ville : « Chaque année c’est vers la fin juillet, c’est assez constant », explique le chef du service, Romuald Sutter.

L’année dernière, la mineuse du marronnier, une chenille minuscule qui creuse des galeries dans les feuilles jusqu’à les évider, avait aussi attaqué en juillet, mais plus discrètement : « On voit beaucoup moins les dégâts qu’elle fait quand les arbres ont eu beaucoup d’eau », ce qui avait été le cas avec les pluies diluviennes du printemps, poursuit son collègue Sylvain Leroux, responsable du département arbres de la Ville de Strasbourg. « L’an dernier les marronniers étaient très chargés en feuillage suite aux pluies », confirme Christian Forster, en charge du patrimoine arboré et des espaces naturels à la Ville de Mulhouse, qui constate que la mineuse et son papillon « se disséminent moins facilement avec des pluies comme celles de l’an dernier ». En résumé, « ce qui est favorable à l’arbre est défavorable au papillon », résume Christian Forster. Or, cette année, scénario inverse : l’hiver a été extrêmement sec, le printemps n’a clairement pas apporté les trombes d’eau de 2016, et l’été a commencé sous le signe de la sécheresse. Du coup, les arbres « sont en stress hydrique et ont plus de mal à se défendre contre les agressions », poursuit le spécialiste mulhousien.

Surtout un problème esthétique

À Mulhouse, il a d’ailleurs constaté l’arrivée de la chenille beaucoup plus tôt que la normale : « On a eu des dégâts dès la mi-juin, mais discrets. Et la chute des feuilles commence déjà maintenant », là aussi précocement. Autre signe d’un été difficile : les frênes et les platanes ont eux aussi été attaqués plus tôt et plus durement par leurs micro-prédateurs respectifs.

À Mulhouse, Colmar ou Strasbourg, une méthode de lutte anti-mineuse a été testée au début des années 2000, peu après l’apparition de la dévorante bestiole, avec l’utilisation de pièges à phéromones. « On n’a pas poursuivi parce que ce n’était pas concluant », dit Romuald Sutter à Strasbourg, à l’unisson de ses homologues.

Pour cette année, il est déjà trop tard pour agir, mais l’année prochaine Christian Forster pense réinstaller des pièges. Pas partout, ce serait impossible (Mulhouse compte un millier de marronniers), mais dans des endroits ciblés, à proximité de terrasses et de lieux de restauration où la présence massive et gênante des minuscules papillons lui a été signalée, et dans les zones où ses services font un effort esthétique particulier, avec tontes régulières et fleurissement attentif : « dans ces endroits-là il faut que les arbres soient verts ». Car la mineuse pose surtout « un problème esthétique », celui de cette teinte d’automne en plein été, et ne met pas en danger l’arbre, explique Romuald Sutter à Strasbourg, beaucoup plus inquiet pour les frênes.

Mais le massacre de feuilles en bande organisée que subissent chaque année les marronniers peut les fragiliser sur la durée : « Les arbres vont perdre plus de deux mois d’activité photosynthétique, remarque Christian Forster. Il ne faudrait pas que ça se répète tous les ans avec cette intensité. »

Rédigé par ANAB

Publié dans #découverte nature

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