Clavaire à pyxides et questions sur les règles de classement scientifique
Publié le 23 Septembre 2017
Nom scientifique : Artomyces pyxidatus (Pers.) Jülich, Bibliotheca Mycologica 85: 399 (1982) [MB#110490]
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Date de l’observation: 25 juillet 2017 à Diemeringen
Division des Basidiomycota, Famille des auriscalpiacea
Habitat: sur bois pourrissant de feuillus, plus rarement de conifères.
Consommation: non comestible
Un champignon dit de forme clavaroïde, en forme de buisson de 6 à 10 cm de hauteur, constitué de ramifications plus ou moins symétriques se prolongeant en entonnoirs aux extrémités formées de couronnes à aiguillons. Ces petites coupes aux "doigts" multiples caractérisent en effet la Clavaire à pyxides ou Clavaire en chandelier.
Etymologie La pyxide (du latin pyxis, -idis, coffret) est un vase sacré en forme de boîte utilisé pour conserver les hosties.
Plusieurs champignons ont cette morphologie particulière en forme de buisson ramifié. On peut citer par exemple :
- le genre Ramaria (les ramaires), ordre des gomphales, dont les membres sont de tailles moyennes à grande
- le genre Clavulina, ordre des cantharellales
- les genres Clavaria, Ramariopsis et Clavulinopsis, ordre des clavariales, généralement de couleur jaunâtre
Leur identification macroscopique n’est pas chose aisée et passe souvent par l’usage du microscope.
Le clavaire à pyxide fait lui partie de l’ordre des...russulales, même ordre auquel appartient par exemple la russule charbonnière (Russula cyanoxanthea) qu’on a déjà traité dans un autre article. Mais comment est ce possible ? Comme les russules auxquelles nous sommes habitués, le clavaire à pyxides possède des hyphes laticifères (qui contient du latex) dont le contenu noircit dans un réactif sulfo-aldéhyde. D’un point de vue biochimique et phylogénétique, la filiation est prouvée et valide.
C’est de prime abord déroutant pour un néophyte mais il faut garder à l’esprit qu’une convergence de morphologie ne signe pas nécessairement une proximité évolutive. Par exemple, un papillon, un oiseau, une chauve-souris ont tous les 3 des ailes, pour autant ils appartiennent à des classes différentes d’animaux. C’est ce qu’on appelle une convergence morphologique.
Pendant très longtemps, les mycologues ont classé les champignons selon leur morphologie, distinguant les champignons à lamelles, sans lamelles etc. mais les progrès de la génétique moléculaire ont bousculé notre vision de la classification et continuent encore à le faire.
Explications et intérêt
Le nom scientifique doit suivre les règles rigoureuses d’un code, qui est le même pour les mycologues et botanistes, le code de nomenclature, régi par l’ICN (International Code of Nomenclature for algae, fungi, and plants). La dernière version de ce code date 2011, nommée code de Melbourne. Le nom d’un champignon qui ne respecte pas les règles de ce code est par définition invalide.
Le code exige entre autres (liste partielle)
- une diagnose - ou description très détaillée du champignon doit être rédigée en latin ou en anglais,
- un spécimen type doit être déposé dans un herbier reconnu
- le champignon est enregistré avec un numéro dans la base internationale de données mycologiques, Mycobank.
Dans notre exemple, [MB#110490] signifie que le clavaire à pyxide est enregistré dans Mycobank sous le numéro 110490. Artomyces pyxidatus (Pers.) Jülich signifie que le nom de genre est Artomyces, suivi de l’épithète pyxidatus. Les deux termes désignent l’espèce correspondant au clavaire à pyxides. La dénomination scientifique est bien utile aux mycologues de tous les pays pour communiquer et surtout désigner le même champignon. Il ne faut pas oublier que d’un endroit à l’autre, le nom commun = nom vernaculaire, peut changer.
Le record est détenu par la coulemelle (Macrolepiota procera) dont il est recensé plus d’une centaine de noms !! Le cueilleur lambda devrait également se familiariser avec cette nomenclature scientifique, ce qui permettrait d’éviter toute confusion. (Pers.) signifie que le premier a avoir décrit ce champignon est le mycologue Persoon (1761-1836). Jülich indique le nom du mycologue qui lui a donné un nom valide.
Un nom peut être valide s’il respecte les règles du code mais il peut survenir que ce nom a déjà été validé précédemment. Dans ce cas le nom devient illégitime.
Prenons l’exemple du rosé des prés. Son nom scientifique est Agaricus campestris L.:Fr. 1753. Agaricus désigne le genre et l’épithète campestris, désigne l’espèce.
Ici, « campestris » signifie, « champêtre ».
Le « L:Fr » signifie que le premier scientifique a avoir décrit ce champignon est le botaniste Linné en 1753. Avant de poursuivre, il faut dire quelques mots sur la notion de starting point (point de départ). Le starting point est la date de départ de la nomenclature. Pour la mycologie, cette date est de 1753 avec la parution de l’ouvrage majeur de Linné, Species plantarum. Pendant longtemps, le point de départ pour les champignons basidiomycètes était 1821 avec la parution de l’ouvrage de l’illustre mycologue Fries Systema mycologicum.
Quand le starting point a été reculé de 1821 à 1753 se posait la question de la validité de nombreux noms. Pour éviter cet écueil et protéger certains noms, le code prévoit la notion de sanctionnement (dans le sens de ratification). :Fr signifie donc que le nom est sanctionné par la dénomination de Fries.
Prenons l’exemple de l’amanite tue-mouches dont le nom scientifique est Amanita muscaria (L. : Fr.) Lamarck 1783. Linné, le premier, rapporta son existence dans le sud de la Suède où il avait passé son enfance. Il en fit la description officielle dans le second volume de son Species Plantarum en 1753 et le baptisa Agaricus muscarius. Le champignon fut classé dans le genre amanite par Jean-Baptiste de Lamarck en 1783, et reçut sa dénomination actuelle par Elias Magnus Fries en 1821. Le nom est sanctionné par Fries comme l’indique le « :Fr »
Les noms scientifiques peuvent changer. Les amateurs de champignons ou de botanique pesteront que c’est pénible ces noms qui changent.
Les anciens noms deviennent invalides et des nouveaux les remplacent. Il faut apprendre ces nouveaux noms, abandonner les anciens mêmes si les bases de données conservent les équivalences et les historiques des noms pour chaque espèce.
Il faut garder à l’esprit que la systématique, science du classement des espèces, est le reflet de nos connaissances actuelles. Elle doit proposer une vision aussi réaliste que possible de la chronologie évolutive. La mycologie est une science exacte. Elle intègre les derniers progrès de l’approche phylogénétique. Le séquençage de l’ADN a modifié en profondeur certaines classifications des familles et des genres (par exemple la famille des entolomatales se retrouve à présent dans la famille des tricholomatales).
Elle nous permet de constater avec stupéfaction la grande diversité et en même temps la grande cohérence du vivant.
Source : http://mycorance.free.fr/valchamp/champi605.htm
Texte, photos, et bibliographie : Gilles Weiskircher
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