La zad (zone à défendre) de Kolbsheim - Collectif GCO, non merci

Publié le 5 Septembre 2017

paru dans les DNA    Simone Wehrung (02/09/2017)

« Petits lutins » veilleurs d’arbres 

Dans le petit bois de Kolbsheim menacé par le projet de GCO, les opposants s’organisent pour contrer les travaux préparatoires au chantier. Depuis hier et jusqu’au 16 octobre, les engins de déboisement sont susceptibles d’intervenir n’importe quand.

Le feu de camp, de rigueur tous les soirs. PHOTO DNA

Le feu de camp, de rigueur tous les soirs. PHOTO DNA

« Oh, une étoile filante ! Faisons un vœu… » Pas besoin d’être grand clerc pour deviner le souhait unanime des « veilleurs d’arbres » rassemblés dans la clairière du moulin de Kolbsheim. Depuis le début de la soirée, ils ne font que dénoncer un projet « aussi inepte qu’inutile » et fustiger « l’arrogance de Vinci » qui, malgré l’avis défavorable du conseil national de protection de la nature (CNPN) sur le volet environnemental du dossier, persiste à vouloir engager les travaux préparatoires au chantier du grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg. Ce qui suppose le déboisement d’une partie de la forêt.

Quelque 150 personnes sont venues encourager les zadistes de la réserve des Bishnoïs (du nom d’une communauté hindoue à forte conscience écologiste et pacifiste) dont une dizaine se sont installés de façon permanente cet été.

L’un d’entre eux, Rémy, n’aime pas le mot zadiste, même s’il est entré dans le dictionnaire. « On partage et on défend tellement de valeurs que l’étiquette zone à défendre ne suffit pas à nous définir. » Il préfère les termes « petits lutins » dont les soutiens de la réserve ont affublé la troupe de permanents. Surtout parce que la solidarité en marche dans le collectif anti-GCO a quelque chose de magique. Ce sont sans nul doute les petits lutins de la forêt qui ont suspendu de nuit une nouvelle cabane dans les arbres. Et leurs pouvoirs sont tels que des légumes, des bouteilles, des conserves, du pain ou des gâteaux sont régulièrement déposés comme par enchantement sur le chemin en bordure du campement.

En ce jeudi soir, veille du 1er septembre, début de la période d’autorisation des travaux de sondages géotechnique et archéologique préalables au chantier proprement dit, la corne d’abondance gonfle encore de dizaines de dons en nature et en espèces.

La résistance s’organise

Sur les bancs et autour des tables prêtés par la commune, les veilleurs d’un soir venus des communes environnantes ou de Strasbourg discutent des dernières actualités du projet.

Face à eux, des arbres de près de vingt mètres de haut marquent l’emplacement du remblai du viaduc tel que voulu par Vinci, qui devrait être reculé selon le CNPN. « Mais il ne se fera pas, coupe Bruno Dalpra, porte-parole du collectif GCO, non merci. Il ne faut pas croire que le projet est plié. » En écho à cette affirmation, les participants à la veillée entonnent le Chant des partisans avant de passer à leur chanson GCO, on n’en veut pas.

Une forme de vie de groupe alternative

Au concert des Cracked Cookies qui ont bénévolement animé la soirée, succèdent le repas puis la veillée en musique au coin du feu. Tout se déroule de manière très fluide, et pourtant nul chef n’orchestre la soirée.

Le noyau de zadistes s’est certes formé autour de Yoam, premier à s’installer à demeure début juillet dans la clairière autour de la roulotte du collectif mais le camp s’est co-construit petit à petit au fur et à mesure des arrivées et des compétences. On installe des toilettes sèches, un évier à l’extérieur du moulin au niveau du point d’eau, une douche solaire, un poulailler avec trois pondeuses, un groupe électrogène pour quand la seule prise électrique disponible ne suffit pas, une cuisine, un foyer, bref un véritable campement. Les différentes tâches (cuisine, vaisselle, bois, accueil, nettoyage,…) sont équitablement réparties par roulement.

À la suite de Yoam qui se décrit comme artiste saltimbanque passé par la maison Mimir (lieu alternatif autogéré à Strasbourg) et la Nuit debout, Michael a planté sa tente sur le site. L’ingénieur en informatique et par ailleurs animateur local d’Europe Écologie Les Verts rejoint Strasbourg tous les jours pour y travailler. « L’engagement peut très bien se faire parallèlement à d’autres vies, professionnelles ou familiales. »

Tous, Lionel, Nadir ou Rafik sont dans la mouvance militante, écologiste et solidaire, heureux de partager « une forme de vie de groupe alternative » qu’ils cautionnent. Le retour à la nature, à une vie plus simple éloignée de la société de consommation sans oublier l’aspect aventureux de l’entreprise les motivent. « Le cœur de ce qui nous rassemble, rappellent-ils cependant, c’est l’opposition au GCO. »

Tout en détaillant les arguments contre le projet d’autoroute, ils font « de la pédagogie sur les ZAD. Nous ne sommes ni des marginaux, ni des violents mais plutôt des gens qui ont une conscience. » Aux gendarmes qui passent régulièrement, ils offrent du café. « Mais avec l’approche de la date fatidique du 1er septembre, on est récemment passé du stade cordial à vigilant », précise Yoam.          

  Le campement a été dressé dans la clairière à côté du moulin du château de Kolbsheim. PHOTO DNA

Le campement a été dressé dans la clairière à côté du moulin du château de Kolbsheim. PHOTO DNA

D’irréductibles Kolbsheimois

Aucune femme n’est présente de façon permanente sur le campement même si Éloïse est considérée comme un « petit lutin historique » au même titre que son frère Louis-Victor, sa mère Marielle et son père Jacky. Kolbsheimois, ils passent régulièrement plusieurs fois par semaine et y passent parfois la nuit. « Cette clairière, c’était mon terrain de jeu quand j’étais petite, se rappelle Éloïse qui a le privilège de l’ancienneté dans la lutte contre le GCO : en 2006 déjà elle faisait tourner une pétition dans sa classe alors qu’elle n’était qu’en CM1. Elle n’a aucune envie de voir le terrain disparaître sous un viaduc, noyé par un bassin de rétention qui plus est. « Surtout pas pour un projet inutile » qui de l’avis de tous « ne réglera en rien le problème des bouchons à Strasbourg ».

Autour du feu, on se prend à refaire le monde jusqu’à ce que des guitares fassent leur apparition. D’abord dans le ton de l’insoumission, on chante Brassens et Renaud. Le trio des Cracked Cookies et un saxophoniste se joignent au cercle et on glisse dans un répertoire plus musical. De quoi pousser jusqu’au bout de la nuit. Dans cette ambiance sympathique et chaleureuse, on se prend à espérer le passage d’une autre étoile filante et faire le vœu qu’aucune confrontation violente ne vienne tout gâcher dans les prochains jours.

Le bénévolat est le moteur de la ZAD. Le trio des Cracked Cookies a joué gratuitement jeudi soir. PHOTO DNA

Le bénévolat est le moteur de la ZAD. Le trio des Cracked Cookies a joué gratuitement jeudi soir. PHOTO DNA

Rédigé par ANAB

Publié dans #préserver les ressources

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