Renaissance d’une tourbière vosgienne

Publié le 25 Septembre 2017

Paru dans les DNA Françoise Marissal (23/09/2017)

Parce que les épicéas menaçaient de la faire disparaître, la tourbière du Surcenord, près du col du Calvaire, fait l’objet d’un chantier de remise en état par les jeunes de l’Esat l’Âtre de la vallée. Au printemps, elle pourra de nouveau jouer son rôle de régulateur du cycle de l’eau et de piège à carbone.

Peu à peu, la tourbière du Surcenord retrouve son allure normale. Photos L’Alsace-Hervé Kielhwasser

Peu à peu, la tourbière du Surcenord retrouve son allure normale. Photos L’Alsace-Hervé Kielhwasser

Les épicéas la grignotaient peu à peu. Si rien n’avait été fait, la forêt l’aurait envahie et elle aurait totalement disparu d’ici une vingtaine d’années alors qu’elle est un véritable réservoir de biodiversité (lire en pages Région). Depuis le 7 septembre, la tourbière du Surcenord, au pied du col du Calvaire à Orbey, fait l’objet d’une remise en état par l’Esat l’Âtre de la vallée, sous la conduite de l’Office national des forêts (ONF).

« Ce n’est pas brutal pour le paysage, cela permet un apport progressif de lumière »

« C’est l’aboutissement d’un travail de quinze ans », se réjouit Fabien Dupont, chargé de mission Natura 2000 au Parc naturel régional des ballons des Vosges (PNRBV). Quinze ans car, même si les intervenants étaient convaincus de l’intérêt de la tourbière, il a fallu étayer cette conviction par des études scientifiques sur les espèces à enjeu, le fonctionnement du site, déterminer ensuite quoi prélever et comment, puis trouver les financements.

Le travail consiste principalement à enlever plusieurs centaines d’épicéas, qui envahissent et assombrissent les abords de la tourbière. Un travail que mène une dizaine de jeunes de l’Âtre de la vallée, menée par le moniteur d’atelier Jules Petermann.

Les plus petits sont arrachés, les moyens sont écorcés et coupés ; quant aux grands épicéas, ils sont écorcés afin de mourir lentement, en un ou deux ans. Pourquoi cela ? « Ce n’est pas brutal pour le paysage, cela permet un apport progressif de lumière et une fois morts, les arbres seront un abri pour la faune, les champignons », expliquent Romain Galmiche, technicien ONF, et André Frommelt, éducateur à l’Âtre de la vallée.

Les feuillus - trembles, bouleaux, saules - sont préservés, ainsi que les pins, car ceux-ci, à la différence des épicéas, laissent passer la lumière. Une dizaine d’îlots d’arbres sont également préservés, pour une diversité et pour servir d’abri à des plantes rares.

Le chantier devrait se terminer d’ici quelques jours ; l’automne et l’hiver permettront ensuite à la flore de se reposer et au printemps, la tourbière retrouvera son allure normale… À condition, bien sûr, que personne ne marche sur ce milieu très fragile.

Pour connaître l’intérêt des zones humides, consultez sur Internet la vidéo YouTube « Zones humides, zones utiles, agissons » (www.youtube.com

Une dizaine de jeunes de l’Âtre de la vallée a participé au chantier. / Ecorçage pour une mort lenteUne dizaine de jeunes de l’Âtre de la vallée a participé au chantier. / Ecorçage pour une mort lente

Une dizaine de jeunes de l’Âtre de la vallée a participé au chantier. / Ecorçage pour une mort lente

André Frommelt, éducateur à l’Âtre de la valléAndré Frommelt, éducateur à l’Âtre de la vallé

André Frommelt, éducateur à l’Âtre de la vallé

Que deviennent les arbres ?

Les promeneurs pourraient s’interroger en voyant que la plupart des arbres enlevés resteront au bord de la tourbière. Explication de Romain Galmiche et André Frommelt : « La majorité des arbres enlevés sont trop petits pour une quelconque valorisation, même en broyage. Avec quelques centimètres de diamètre, leur manipulation prendrait trop de temps. Une dizaine d’arbres seulement sont assez gros pour leur broyage en plaquettes bois-énergie. Par ailleurs, la forêt a besoin de nécromasse pour faire de l’humus. C’est ce que feront ces arbres en pourrissant, d’autant plus qu’ils sont constitués surtout d’écorce et d’aiguilles, riches en éléments minéraux. » Enfin, ces amas protégeront la tourbière et la forêt en gênant la circulation des marcheurs et du gibier, qui sera moins tenté de grignoter des pousses juteuses nichées au milieu.

Pourquoi intervenir ?

On pourrait se demander pourquoi l’homme doit intervenir pour préserver un lieu naturel de la nature elle-même. Parce que, dans la nature, la tourbière se régénérerait effectivement - les arbres, poussant sur un substrat meuble, seraient un jour déracinés par un coup de vent - mais à l’échelle de centaines d’années.

Or, c’est maintenant que le rôle des tourbières nous est précieux. « Et la naturalité n’est pas toujours l’endroit où la biodiversité est la plus riche, reprend André Frommelt. Les espèces plus fortes prennent le pas. Les activités agricoles ou forestières peuvent donc être utiles pour la biodiversité, à condition d’y aller par petites touches, avec doigté. »

8 000

Le coût du projet est de 8 000 €, dont 6 600 pour le chantier. Il est financé à 80 % par l’Agence de l’eau Rhin-Meuse (régulation du cycle de l’eau et stockage de carbone) et à 20 % par la commune d’Orbey.

 

Rédigé par ANAB

Publié dans #préserver les ressources

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