Ces araignées près de chez vous

Publié le 3 Novembre 2017

Oui oui, cette sparassidae sp Flores d’Indonésie est en vie. André Leetz aussi

Oui oui, cette sparassidae sp Flores d’Indonésie est en vie. André Leetz aussi

paru dans les DNA du 29/10/2017

Effrayés par les photos, les arachnophobes ont déjà tourné la page. Pour les courageux, visite dans l’élevage d’araignées d’André Leetz, à Walheim, près d’Altkirch. Au programme : tarentules, mygales, et autres spécimens cauchemardesques à huit pattes. Avec en fond sonore les stridulations des grillons qui leur seront servis à manger.

« C’est une comme ça qui m’a mordu », dit André Leetz en montrant une mygale poecilotheria vitata qu’il a naturalisée. Car c’est là leur destinée...

« C’est une comme ça qui m’a mordu », dit André Leetz en montrant une mygale poecilotheria vitata qu’il a naturalisée. Car c’est là leur destinée...

  Une viridasius sylvestris de Madagascar.

Une viridasius sylvestris de Madagascar.

Le voisinage est au courant et n’a pas l’air d’être dérangé. « Une fois il m’a mis une mygale sur la main. En fait ça fait rien ! » se marre une voisine âgée en passant à côté de la grange dans laquelle André Leetz élève ses araignées. Derrière une double porte et des panneaux dignes d’une fête d’halloween bien préparée, certaines sont en liberté. Un mâle sparassidae d’Indonésie se balade entre les bacs en plastique dans lesquels vivent et se reproduisent viridasius , mygales de toutes sortes et autres tarentules.

« C’est un peu comme des plantes carnivores : y’a pas de relation affective »

« J’organise des communautés pour ne pas qu’elles s’entre-dévorent », explique André Leetz très sérieusement en faisant visiter les lieux. Sur une étagère, une araignée toute plate du Burkina d’au moins 10 cm de large (au moins 2 mètres de plus dans les cauchemars qui nous hantent depuis) couve tranquillement ses œufs. André Leetz ouvre une boîte avec une grosse mygale dedans, mais invite à la distance : « Il ne faut pas la déranger, sinon elle va balancer ses poils urticants, ce serait un peu gênant. » Pour le moins, en effet. Et, poils urticants ou pas, la boîte pleine de tarentules de tous âges et de bébés grillons prêts à être dévorés, on ne s’en est pas non plus approchés.

Il faut une sacrée dose de flegme pour passer ses journées entouré d’aussi peu chaleureuses créatures. « Les araignées c’est un peu comme des plantes carnivores : y’a pas de relation affective. Mais c’est fascinant de les observer », sourit André Leetz en sortant de son élevage, accueilli par l’un des deux chihuahuas de la maison avec lesquels il a, de son aveu même, un autre type de relation. Moins d’intérêt, plus d’affection.

La frénésie collectionneuse du passionné haut-rhinois a pourtant commencé avec des animaux dont on apprécie souvent la beauté. D’abord des oiseaux, puis des papillons. « Le premier livre que j’ai acheté, gamin, c’était sur les oiseaux, Le Guide des oiseaux d’Europe. Je l’avais acheté à la librairie Huffel à Colmar, avec les 50 francs que je venais d’avoir en récompense pour avoir ramené un chien perdu à son maître », se souvient-il.

L’araignée, ça lui est tombé dessus, presque littéralement, lors d’une foire entomologique à Bâle où il allait échanger des cocons de papillons. « Il y avait un type qui manipulait une mygale, à l’époque c’était rare. J’ai été fasciné et je l’ai achetée. Ça coûtait une fortune… » Quelques mois plus tard, les araignées avaient totalement remplacé les papillons

« Pendant une trentaine d’années, j’ai élevé exclusivement des mygales. J’en ai eu jusqu’à 3 000. » Mi-comptable mi-officier d’état-civil, il tenait un inventaire précis « de toutes les naissances, tous les décès, tous les achats, les dons, les ventes… » Or l’animal pond plusieurs centaines d’œufs à la fois…

Jusqu’à 3000 mygales, et seulement une morsure

Sur les milliers de bestioles qui ont défilé dans sa vie et ses divers logements, une seule lui a laissé un souvenir douloureux. Les risques du métier. Un jour de 2007, alors qu’on lui demande de montrer une mygale poecilotheria vitata , il attrape par le mauvais côté le morceau d’écorce sous lequel elle est planquée. « Elle m’a mordu au pouce. D’abord ça a fait une brûlure intense. On a mis de la glace dessus, et puis j’ai bu deux Goudale (une bière du Nord dont, aussi fin biérologue qu’arachnophile, André Leetz est friand, ndlr) pour me détendre, parce que même si j’étais préparé à ce que ça arrive un jour j’ai eu 5 minutes de panique. Et puis les crampes musculaires ont commencé. » Mordu au pouce, il est d’abord paralysé des pieds, puis la tétanie est montée. « Je suis resté 48 heures sans pouvoir bouger. Mais j’étais impressionné de voir que l’effet du venin se concentrait sur les facultés ambulatoires. C’est super bien foutu. J’ai eu aucune séquelle, mais j’ai été très fatigué pendant 15 jours. Et depuis j’ai des réflexes de défense avec les araignées que je n’avais pas avant. »

De toutes façons, c’est mortes qu’il les préfère. Après avoir mis des années à perfectionner sa technique de naturalisation, le Sundgauvien est devenu un spécialiste reconnu. Le but de l’élevage, c’est de les punaiser, explique-t-il en nous emmenant dans son atelier, au premier étage de sa maison. « Elle, si je l’ai morte c’est que je l’ai eue vivante », poursuit-il en sortant d’une grande armoire à casiers une veuve noire tirée à quatre épingles. Il en faut beaucoup plus de quatre, en fait, pour la naturalisation elle-même : sans ça, l’araignée morte se recroquevillerait. Le travail, extrêmement minutieux, s’accompagne parfois de travaux de peinture : les araignées perdent leurs motifs en mourant, ce qui oblige André Leetz à leur rendre leurs couleurs d’origine.

Une fois prêtes à l’exposition, étiquetées et mises sous verre, André Leetz les vend à des musées ou à d’autres collectionneurs. Avec les années, les mygales sont devenues plus abordables, perdant la valeur démesurée qu’elles avaient quand la mouche des araignées a piqué André. L’une d’elles, qu’il a découverte en Uruguay, porte son nom pour l’éternité : grammostola andreleetzi.

Parmi ses clients figurent aussi des laboratoires. « J’en fournis un dans la Drôme et un en Belgique, qui font des extractions de venin. C’est étudié en pharmacologie. J’ai aussi déjà élevé des veuves noires pour les vendre à un chercheur qui cherche comment les éloigner dans les pays où elles pullulent », explique doctement André.

Une telle passion ne s’épanouit pas sans un minimum de contrôles et d’autorisations, délivrées par les préfectures. Celle du Bas-Rhin en dénombre par moins de 200. Qui sait, il y a peut-être un élevage d’araignées près de chez vous.

Pour les plus téméraires, plus de photos de ce reportage sur dna.fr

Papattes d’Alsace

Parfois impressionnantes, mais jamais dangereuses : les araignées alsaciennes expliquées par André Leetz, qui ne collectionne pas que les spécimens exotique et aime aller “chasser” sur les chemins du Haut-Rhin.

Une araignée Cheiracanthium punctorium avec ses oeufs dans un cocon sur une herbe haute trouvée par André Leetz sur un talus dans le Haut-Rhin.
Une araignée Cheiracanthium punctorium avec ses oeufs dans un cocon sur une herbe haute trouvée par André Leetz sur un talus dans le Haut-Rhin.

Une araignée Cheiracanthium punctorium avec ses oeufs dans un cocon sur une herbe haute trouvée par André Leetz sur un talus dans le Haut-Rhin.

Dans la grange d’André Leetz, une tégénaire sur sa toile en entonnoir.

Dans la grange d’André Leetz, une tégénaire sur sa toile en entonnoir.

On en trouve en ce moment beaucoup dans nos maisons et appartements. Le début d’automne est propice aux déplacements : c’est la saison des amours des araignées, un peu comme le brame du cerf mais en beaucoup plus discret. Chez les araignées, les rôles sont très partagés : madame tisse sa toile, la parfume («Les femelles mettent des phéromones sur leur toile pour que le mâle sache que c’est une femelle de son espèce», explique André Leetz»), et attend. Monsieur, lui, se met en quête d’une femelle à féconder, parcourant champs, jardins et salles à manger (en cette saison il commence à faire un peu frais). Et quand il sent l’odeur d’une dame à son goût «il monte sur la toile en la faisant vibrer d’une façon particulière. C’est une espèce de code. S’il ne le fait pas il se fait bouffer direct. »

Si vous apercevez huit très longues papattes en goguette dans votre salon, c’est sans doute une tégénaire , explique André Leetz. « C’est la plus grande, mais elle a un petit corps », résume-t-il. Elles peuvent faire de 6 à 11 centimètres. L’arachnophile n’a pas besoin d’en élever dans son atelier : elles squattent la grange voisine, installées sur leurs toiles en forme d’entonnoir. Effrayées par les bien plus grandes bestioles que nous sommes, elle fuient plutôt que de mordre.

Rédigé par ANAB

Publié dans #Biodiversité hors région

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B
Bonjour, tés belle collection, mais je n'apprécie pas trop les grosses Araignées;, j'en ai capturée une, que je n'avais vue, ses petits sont sur son abdomen pour ne pas se faire manger par leur maman, je ne veux pas la garder, si cela intéresse quelqu'un , je suis sur Châtellerault, merci
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R
Tout le monde n'aime pas las araignées. Leur aspect va l'encontre de notre environnement habituel et de notre imaginaire;<br /> Elles sont utiles dans les écosystèmes.<br /> Je vous recommanderai, Andrée, de relâcher ces araignées dans le milieu naturel. Elles n'ont pas vocation à être collectionnées.