Cantines scolaires : trop de viande dans les assiettes
Publié le 8 Décembre 2017
Dans les cantines scolaires, entre deux et six fois trop de protéines sont servies aux enfants par rapport aux recommandations de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (ANSES). Partant de ce constat accablant, Greenpeace France publie aujourd’hui un rapport qui démontre comment les représentants des filières viandes et produits laitiers influencent les recommandations officielles de l’État en matière d’achat pour la restauration scolaire.
Comparer cet article, les arguments et faits constatés par Greepeace avec celui en réaction de la coordination agricole du Grand Est à la fin.
Vous avez dit "lobbies"?
Un milliard de repas servis par an
La restauration scolaire, c’est plus d’un milliard de repas servis par an, de la maternelle au lycée. Près de sept millions d’élèves sont concernés. Plus de 80 000 tonnes de produits carnés et plus de 120 000 tonnes de produits laitiers sont distribués chaque année, pour un chiffre d’affaires de plus de 460 et 280 millions d’euros respectivement. Des chiffres qui semblent démesurés, et pour cause : à la cantine, on sert de la viande ou du poisson tous les jours ou presque. Or, cette surconsommation de protéines animales a des conséquences désastreuses sur la santé des enfants, mais aussi sur l’environnement.
Les impacts de cette surconsommation sur la santé des enfants
Une alimentation trop riche en graisses et en protéines animales peut entraîner une augmentation des maladies chroniques d’origine nutritionnelle, comme l’obésité, le diabète, les maladies cardio-vasculaires ou encore les cancers, d’après un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Les enfants ne sont pas épargnés par ce constat alarmant, puisqu’ils consomment au minimum deux fois trop de viande par rapport à leurs besoins nutritionnels. Pourquoi les menus des cantines scolaires sont-ils constitués presque uniquement de repas carnés, alors même que l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (ANSES) conseille de réduire la part des protéines animales au profit des protéines végétales ? En menant une enquête sur la restauration scolaire, Greenpeace France a découvert que les lobbies ont une réelle emprise sur les contenus des assiettes des cantines.
L’influence des lobbies sur les contenus des assiettes à l’école
Depuis plusieurs années, certains lobbies agro-alimentaires ont poussé les portes des écoles pour venir y « informer » les enfants sur les bienfaits de leurs produits, et les inciter ainsi, dès leur plus jeune âge, à les consommer. Il s’agit notamment des lobbies du lait, du sucre et plus récemment de la viande. Animations et ateliers sont proposés pour continuer à perpétuer ce mythe erroné que les protéines animales sont indispensables à tous les repas.
Au-delà de leur présence dans les écoles, les lobbies influent également sur les textes officiels qui définissent la constitution des menus dans les écoles. “Cinq fruits et légumes par jour”, ça vous dit quelque chose ? C’est l’un des slogans créés par le Programme National Nutrition Santé, ou PNNS, qui a été lancé en 2001 par le gouvernement dans le but d’améliorer l’état de santé des Français-es en agissant sur la nutrition.
En ce qui concerne la consommation de viande et de produits laitiers, ce programme de santé est important car c’est de lui que découlent les recommandations nutritionnelles établies par le le Groupe d’Etude des Marchés (GEM-RCN) qui guide les acheteurs de la restauration scolaire dans leurs achats. Il affecte donc les volumes de viande et de produits laitiers servis dans des milliers d’écoles. Or, Greenpeace a constaté que les défenseurs d’intérêts privés pèsent au sein des instances de gouvernance du PNNS et du GEM-RCN, et en influencent les orientations.
En savoir plus sur l’influence des lobbies
Pour des menus plus éco-responsables à la cantine
Au-delà des dangers pour la santé que représente la surconsommation de viande et de produits laitiers dans les écoles, l’impact sur l’environnement est tout aussi consternant. L’élevage représente plus de 14 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, d’après l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). La fermentation entérique des animaux produit du méthane et l’entretien des terres est l’une des causes des émissions de CO2 et de protoxyde d’azote. L’élevage contribue aussi à la déforestation car les terres boisées sont rasées pour en faire des zones de pâturage pour le bétail ou pour produire des cultures qui sont ensuite utilisées pour nourrir les animaux. Modifier la constitution des menus dans les cantines scolaires, c’est agir sur un milliard de repas distribués chaque année, et donc limiter de façon non négligeable les conséquences désastreuses de l’élevage industriel sur le climat.
Il est urgent de stopper la surconsommation de viande et de produits laitiers dans les cantines !
DNA
Repas végétarien à la cantine : la Coordination rurale du Grand Est s'insurge
article DNA D.B. 04/12/2017
La Coordination rurale du Grand Est ne digère pas la proposition de Nicolas Hulot d'instaurer un repas végétarien hebdomadaire dans les menus des cantines scolaires.
"C’est avec consternation que la Coordination Rurale a appris la volonté de Nicolas Hulot d’introduire un repas végétarien par semaine dans les cantines scolaires.", s'insurge la Coordination rurale du Grand Est dans un communiqué.
Le ministre de l'Ecologie a émis cette hypothèse dernièrement dans un entretien au magazine L'Obs. Pour le ministre de l’Ecologie, il s’agit « d’éduquer » les enfants au végétarisme, commente la CR Grand Est qui demande à Nicolat Hulot de tout simplement "retirer sa proposition".
Et de contrer le ministre par ces arguements : 'Les écoles doivent au contraire éduquer les enfants à une alimentation omnivore, variée et équilibrée, la plus saine et la plus en phase avec la richesse gastronomique française. Alors que la consommation de viande diminue d’elle-même année après année, l’éducation doit plutôt se focaliser sur les impacts positifs de l’élevage (stockage du carbone, entretien des paysages...) plutôt que de stigmatiser encore une fois une production essentielle à nos territoires et à notre patrimoine culturel."
Les écoles doivent au contraire éduquer les enfants à une alimentation omnivore, variée et équilibrée, la plus saine et la plus en phase avec la richesse gastronomique française.
Coordination rurale du Grand Est
Quant à l'objectif de faire baisser la consommation de viande qui est aussi en débat des derniers temps suite au rapport du Think Tank de gauche Terra Nova, la Coordination rurale du Grand Est se montre tout aussi critique : "Cette étude omet de dire que les Français consomment déjà moins de viande que les 500g/semaine préconisés par le fond mondial de recherche contre le cancer (WCRF). Quant au soja utilisé dans les repas végétariens, l’étiquetage sur sa provenance et son mode de production (OGM ou non) sera-t-il assuré ?"
Dernier argument développé par l'organisation syndicale, la position de la France dans le cadre des traités commerciaux mondiaux;, le CETA notamment (*)
(*) L'Accord économique et commercial global (AEGC) ou Comprehensive Economic and Trade Agreement (CETA) est un traité international de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada, signé le 30 octobre 2016. Premier accord commercial bilatéral de l'Union Européenne avec une grande puissance économique, il suscite cependant de nombreuses critiques.
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