Centrale nuléaire de Fessenheim : l'après nucléaire??

Publié le 22 Janvier 2018

paru sur DNA artcile assez long mais qui décrit bien le processus compliqué pour 

Le secrétaire d’État auprès du ministère de la Transition écologique et solidaire, Sébastien Lecornu, a installé hier un « comité de pilotage » du « projet d’avenir pour le territoire autour de Fessenheim », dans lequel siège un large éventail d’acteurs politiques, économiques et sociaux, pour la plupart opposés, jusqu’ici, à la fermeture de la centrale nucléaire.Le secrétaire d’État auprès du ministère de la Transition écologique et solidaire, Sébastien

Sébastien Lecornu saluant Marc Simon-Jean, le directeur de la centrale nucléaire de Fessenheim, hier matin lors de l’installation du comité de pilotage

Sébastien Lecornu saluant Marc Simon-Jean, le directeur de la centrale nucléaire de Fessenheim, hier matin lors de l’installation du comité de pilotage

« La quasi-totalité de mes interlocuteurs de ce matin sont opposés à la fermeture de la centrale, mais je crois que les planètes étaient alignées pour aborder l’après », a résumé Sébastien Lecornu, hier midi, après avoir présidé, à la préfecture de Colmar, la première réunion du comité de pilotage du « projet d’avenir pour le territoire autour de Fessenheim », territoire qui s’étend jusqu’à Mulhouse et Colmar.

« Planètes alignées »

Visiblement satisfait – même s’il s’est gardé de l’admettre –, le secrétaire d’État auprès du ministère de la Transition écologique et solidaire s’est réjoui d’avoir pu réunir autour d’une même table des acteurs aussi variés – parfois opposés – que les services de l’État, le directeur de la centrale nucléaire, les syndicats, les parlementaires alsaciens, les collectivités territoriales, les associations écologistes, les autorités du Bade-Wurtemberg, la CCI, la chambre d’agriculture, l’Université de Haute Alsace… Sébastien Lecornu assure que tous ces acteurs vont unir leurs forces pour inventer ce nouvel avenir, en suivant un certain nombre de « pistes très opérationnelles ». Lui-même a d’ores et déjà pris plusieurs engagements.

Sur la fiscalité locale, entendant « les doutes et les craintes » des élus, il a annoncé la « neutralisation » des effets de la fermeture pour les quatre collectivités concernées : la commune de Fessenheim, la communauté de communes Rhin-Brisach, le département du Haut-Rhin et la région Grand Est. Un « lissage » des pertes fiscales est prévu, qui ira de trois à cinq ans. L’État cofinancera des investissements de la commune.

Surtout, le prochain projet de loi de finances exemptera Fessenheim de sa contribution au fonds national de garantie individuelle des ressources des collectivités (FNGIR). Ce dispositif de péréquation, mis en place lors de la réforme de la taxe professionnelle, aurait imposé à la commune de continuer à verser chaque année 2,8 millions €, même après l’arrêt de la centrale.

Faire du Haut-Rhin « un pionnier national de la transition énergétique »

Concernant la reconversion proprement dite, le secrétaire d’État s’est engagé à lancer un appel d’offres spécifique « sur le territoire élargi autour de Fessenheim, pour en faire un pionnier national de la transition énergétique » (éolien, photovoltaïque, méthanisation…). « Le gouvernement ira au-delà des pratiques habituelles et il est prêt à notifier un régime spécial à la Commission européenne », a-t-il souligné.

Le conseil départemental a proposé de faire de la transition énergétique l’axe principal de développement du territoire, avec des actions de développement des énergies renouvelables, de stockage d’énergie ou encore de rénovation thermique des bâtiments.

La France compte aussi sur l’aide de son voisin allemand, qui a répété son souhait de contribuer à la reconversion. Les terrains manquent, outre-Rhin, pour absorber le développement économique : le gouvernement français se dit prêt à envisager « une harmonisation des conditions fiscales et réglementaires » pour attirer les entreprises allemandes. « Tout reste à écrire sur ce plan », nuance Sébastien Lecornu.

Ce foncier serait recherché du côté du port de Colmar et sur les réserves d’EDF autour de la centrale de Fessenheim. Pour le rendre plus accessible, « la faisabilité du projet de liaison en transports en commun entre Colmar et Fribourg sera rapidement réétudiée ».

D’autres « pistes » ont été évoquées, qu’il faudra préciser. Si possible d’ici la prochaine réunion du comité de pilotage, les 12 et 13 avril, toujours présidé par le secrétaire d’État. Entre-temps, un nouveau délégué interministériel aura été nommé : il ne sera plus chargé de la fermeture de la centrale, mais de « l’avenir » du territoire de Fessenheim.

DNA/Olivier Brégeard 20/01/2018

 

L‘après-Fessenheim - Les réactions des élus locaux

« Il a pris de la hauteur »

Les élus de la bande rhénane ont apprécié la qualité du dialogue avec le secrétaire d’Etat.

Claude Brender, maire de Fessenheim, vice-président (VP) de la communauté de communes (CCPRB) en charge des questions économiques : « Je suis plutôt satisfait de la prise de conscience par le secrétaire d’Etat de la problématique de la fiscalité pour l’ensemble du bloc communal. Il semble prêt à nous accompagner. Il nous a mis devant nos responsabilités, en nous demandant de faire des propositions. Il s’est engagé sur un accompagnement financier. C’est rassurant, même si un lissage des pertes fiscales sur cinq ans est insuffisant : c’est la durée qui sera nécessaire à la première implantation d’entreprise dans la zone industrielle. On souhaite lier la durée du lissage avec son développement. Le secrétaire d’Etat a survolé la zone par hélicoptère. C’est une bonne chose de prendre de la hauteur. »

Gérard Hug, président de la CCPRB  : « J’ai été étonné de la bonne connaissance du dossier par le secrétaire d’Etat. Je sors un peu plus optimiste de cette rencontre, il y a un alignement des planètes, une réelle volonté de faire de Fessenheim un cas d’école. Les annonces sur la fiscalité vont dans le bon sens. Ce qui est encore plus important c’est le développement économique du territoire, pour recréer les 2 000 emplois. Si l’Etat est facilitateur sur les problèmes environnementaux, de réseaux, d’infrastructures, tant mieux. La présence de représentants allemands (l’équivalent du préfet et du conseiller départemental, ndlr) est aussi une bonne chose. »

François Beringer, 1er  VP de la CCPRB, maire de Blodelsheim  : « La première impression est très positive. Bien sûr, sur le fond, la fermeture de la centrale ne nous réjouit pas, mais elle est actée. Nous avons désormais un interlocuteur clairement identifié, ce qui n’a pas toujours été le cas. Des pistes ont été ouvertes : une zone transfrontalière, l’accès à l’autoroute côté français, qu’on attend depuis 40 ans. On a du pain sur la planche, mais le ministre ne s’interdit rien ! »

Betty Muller, conseillère départementale, maire de Geiswasser  : « Le secrétaire d’Etat a un parcours d’élu local et connaît la réalité du terrain. J’ai envie de lui faire confiance. Notre plus gros souci est de lever les interdictions pour développer la zone industrielle de Balgau/Nambsheim/Heiteren/Geiswasser. On est encore un peu dans le flou à ce niveau. Le ministre semble ne pas vouloir laisser traîner les choses. »

Christian Zimmermann, élu régional d’opposition (FN), conseiller municipal de Neuf-Brisach : « Malgré l’envoi d’un courrier recommandé au ministre, je n’ai pas été convié aux discussions. C’est dommage. Je suis intervenu à plusieurs reprises au conseil régional, conseil rhénan, conférence du Rhin supérieur, auprès de la chancelière allemande à qui j’avais remis en mains propres un dossier concernant le rétablissement de la ligne ferroviaire Colmar-Fribourg. Je réitère ma proposition d’être associé au travail entrepris, on n’a pas besoin de partager mes opinions pour m’écouter ».

DNA/Propos recueillis Cyril Tromson 20/01/2018

Profondément « déçus », les salariés de la centrale nucléaire ont vainement attendu la visite du secrétaire d’État,le 19janvier

Profondément « déçus », les salariés de la centrale nucléaire ont vainement attendu la visite du secrétaire d’État,le 19janvier

Gérer l’avenir des salariés

L’État n’a pas « vocation à s’immiscer » dans la gestion du personnel d’EDF, a souligné Sébastien Lecornu : le sort des 750 agents de la centrale devra être géré conjointement par les organisations syndicales et la direction. « Nous assurerons un emploi à chacun de nos salariés », rappelle le directeur du site, Marc Simon-Jean. Il a confirmé que le personnel était déjà invité à indiquer ses souhaits pour la suite. Rappelant que la fermeture découle d’une décision « politique », les syndicats attendent des compensations financières pour ceux qui choisiront de quitter EDF pour rester dans la région. « Aujourd’hui, on pense qu’environ 200 agents vont vouloir rester », indique Alain Besserer, délégué FO. Une soixantaine d’agents seraient susceptibles de prendre leur retraite. « Le gros des départs est derrière nous, la moyenne d’âge tourne autour de 35 ans », ajoute FO. Reclasser plusieurs centaines d’agents dans d’autres centrales nucléaires se traduira par un arrêt des embauches, éventuellement par des tensions internes, lorsque les « Fessenheimois » débarqueront sur des postes convoités. Pour les 330 salariés des quelque 30 prestataires permanents de la centrale, Sébastien Lecornu a annoncé la mise en place, « dès lundi », d’une cellule pour apporter des réponses au cas par cas, en liaison avec Pôle Emploi, les collectivités territoriales, et les entreprises badoises, qui « peinent à recruter ». Marc Simon-Jean précise qu’un cabinet a déjà été désigné par le Gimest (groupement des industriels de maintenance des centrales nucléaires). O.B.

Pour les habitants de la région de Fessenheim : « À chacun ses problèmes »

Le Super U de Fessenheim draine des chalands de toutes les communes des environs. Et il semble que leurs habitants, quand ils ne sont pas directement touchés par la fermeture de la centrale, y restent indifférents.

« J’ai mes propres problèmes », réagit ainsi Sylvain, de Blodelsheim, 44 ans, dont 28 chez PSA, où il voit planer la menace d’une rupture conventionnelle collective.

Stéphane, lui aussi de Blodelsheim, se sent davantage concerné par la limitation de vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires. « Je suis dans le transport, financièrement je suis à flux tendu, et les minutes que je vais perdre quotidiennement sur la route, à la fin de l’année, ce sera aussi de l’argent perdu ! » Il estime cependant que la fermeture de la centrale nucléaire va « forcément » dégrader le cadre de vie local. « Et on ne chargera pas les voitures électriques avec des éoliennes », ajoute-t-il.

Patrice, 60 ans, de Balgau, se dit lui aussi « indifférent ». « Je connais des retraités d’EDF, ils s’en foutent autant que moi », affirme-t-il. Demandeur d’emploi après avoir longtemps travaillé en Allemagne, ce motard débonnaire a une idée pour la reconversion du site : ressusciter la discothèque Le Nucléaire, qui existait autrefois à Nambsheim !

Justice : EDF gagne du temps

Le 8 mars 2017, le tribunal de police de Guebwiller a condamné EDF à deux amendes, pour sa gestion des ruptures de tuyauterie survenues les 28 février et 5 mars 2015 à la centrale nucléaire de Fessenheim : le tribunal a estimé que l’exploitant avait agi « en violation des règles techniques générales » du Code de l’environnement. L’exploitant a fait appel, mais l’audience devant la cour de Colmar, prévue initialement le 13 décembre dernier puis reportée au 24 janvier, a été une nouvelle repoussée à une date ultérieure, « à la demande de l’avocat d’EDF », indiquent les associations antinucléaires alsaciennes dans un communiqué. « Au moment où l’arrêt de la centrale est plus que jamais d’actualité, on peut raisonnablement se demander si EDF repousse, autant que faire se peut, le moment où la mauvaise gestion de cette trop vieille centrale sera évidente aux yeux de tous, dénoncent-elles. À moins qu’il ne s’agisse que d’une manœuvre de diversion, histoire de passer le cap de la fermeture : le corps du délit s’éteignant, les responsabilités peuvent s’oublier… »

 

Lecornu repart « reconnaissant »

 

Le secrétaire d’État a achevé hier son premier déplacement dédié à la préparation de l’après-nucléaire par une visite à la centrale de Fessenheim, où il n’a rencontré qu’une trentaine d’agents, mais où il promet de revenir en avril.

Sébastien Lecornu à la sortie de la centrale nucléaire de Fessenheim samedi.

Sébastien Lecornu à la sortie de la centrale nucléaire de Fessenheim samedi.

Vainement attendu, jeudi soir puis vendredi après-midi, par les agents EDF, le secrétaire d’État auprès du ministère de la Transition écologique et solidaire, Sébastien Lecornu, est arrivé vers 8 h, hier matin, à la centrale nucléaire de Fessenheim, pour une « visite privée ». Rejoint par le maire, Claude Brender, la présidente du conseil départemental du Haut-Rhin, Brigitte Klinkert, et le député de la circonscription, Raphaël Schellenberger, il a passé près de cinq heures sur place, afin de découvrir une partie des installations et d’échanger longuement avec le directeur du parc nucléaire d’EDF, Philippe Sasseigne, sur la politique énergétique du pays.

 

L’état de l’outil industriel, vanté par EDF et les syndicats – malgré l’arrêt d’un des deux réacteurs depuis bientôt deux ans – lui a-t-il fait regretter la décision de fermer la centrale ? « Ce n’est pas en circulant dans les couloirs qu’on a une expertise sur le sujet, répond le secrétaire d’État. La centrale ferme parce que nous voulons diminuer la part du nucléaire dans la production d’électricité française. Ce gouvernement et ce président de la République n’ont jamais dit que cette centrale devait fermer parce qu’elle était mal entretenue, ou parce qu’il y avait un problème de sûreté.»

 

«Le temps d’EDF»

 

Une trentaine de salariés, contre environ 200 qui l’attendaient la veille : l’effectif en poste durant le week-end a considérablement réduit les « chances » de dialogue avec ceux qui vont devoir quitter Fessenheim, ou EDF, à partir de 2019. Sébastien Lecornu se défend toutefois de toute stratégie d’évitement. « La visite de la centrale a toujours été prévue ce samedi matin, même si elle ne figurait pas au programme rendu public. Jeudi, c’était le temps des salariés et de la démocratie sociale, avec la rencontre des organisations syndicales. Vendredi, c’était le temps du territoire, avec la rencontre des acteurs économiques et des élus locaux. Ce samedi, c’était le temps d’EDF. »

 

Pour hier matin, il affirme que les organisations syndicales, comme les élus locaux, ont été prévenues de sa visite, par un mail du directeur de cabinet du préfet, envoyé à 8 h (reçu à 8 h 45 selon FO). « Je reviendrai à la centrale en avril. Les salariés auront l’occasion de me rencontrer », ajoute Sébastien Lecornu.

 

D’ici la prochaine réunion du comité de pilotage installé vendredi matin ( DNA d’hier), le secrétaire d’État souhaite un recensement précis des 330 prestataires permanents impactés par la fermeture, un consensus des collectivités territoriales sur la manière d’envisager la « neutralisation fiscale » qu’il a promise, une précision du rôle de chacun – État, région, département… – dans la « revitalisation économique », et un « affinage » des termes de la relation franco-allemande. « J’ai aussi quelques devoirs à faire à Paris : sur la fiscalité, sur la relation avec les Allemands, avec EDF… »

 

En attendant, Sébastien Lecornu est reparti d’Alsace « reconnaissant », pour « le sérieux et la fiabilité » de ses interlocuteurs. « Malgré leur opposition unanime, j’ai pu constater l’extraordinaire opérationnalité de tous les acteurs. Les élus locaux ont été républicains, mais aussi très constructifs, et très techniques. Je pense qu’un certain nombre de projets sont déjà prêts dans les têtes. On n’a pas besoin de fermer la centrale pour que les gens découvrent que le foncier disponible au bord du Rhin peut avoir une utilité économique. Mais la fermeture oblige désormais tout le monde à se mettre d’accord pour arriver à un résultat. »

 

DNA Olivier Brégeard 21/01/2018

Rédigé par ANAB

Publié dans #Energies

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