Un grand cerf écrasé sous un hêtre -Tempête Eleanor
Publié le 14 Janvier 2018
Un cerf a été tué par la tempête Eleanor dans la forêt de Bust (DNA d’hier). Le gérant de cette forêt privée, Jean Braud, revient sur cet accident « rarissime ».
« Je suis tout de suite allé voir ma forêt après le passage d’Eleanor. Déjà en novembre, après le passage de la tempête Ana, une centaine d’épicéas étaient par terre. Je parle de sapins de 50 centimètres de diamètre, cassés à mi-hauteur, donc ce n’était pas un petit vent. Mais les hêtres n’avaient à l’époque pas subi de dégâts », explique Jean Braud, forestier dans le privé à la retraite.
L’homme est également président de l’association des propriétaires forestiers privés des Vosges du Nord et gérant d’une forêt privée à Bust depuis 1975. C’est dire s’il connaît bien le territoire. Alors quand il est arrivé lundi sur place, il a tout de suite vu qu’Eleanor avait cette fois abattu deux vieux hêtres de 150 ans.
« C’est en m’approchant que j’ai trouvé un cerf écrasé sous l’un d’eux. Et pas n’importe quelle bête ! Un grand cerf d’une quinzaine d’années, aux bois qui comptent 16 andouillers [ramification en forme de corne qui pousse sur le bois, NDLR]. Il avait deux andouillers cassés, le museau écrasé, et le bassin coincé sous le tronc de l’arbre. Les renards l’avaient déjà en partie mangé. »
La présence à Bust d’un cerf adulte pose question à Jean Braud. « Le noyau de population de cervidés se trouve entre Saverne et La Petite-Pierre, en zone gréseuse. Les jeunes explorent, visitent les alentours. Je trouve régulièrement des mues de bois de cerfs dans ma forêt. Mais là, il s’agit d’un cerf adulte, qu’on imagine plutôt rester sur son territoire. Un tel cerf n’avait jamais été vu à Bust. »
« Les tempêtes ne provoquent que peu de mortalité dans la grande faune sauvage »
De plus, Jean Braud s’étonne que l’animal n’ait pas fui à temps. « En 1999, avant le passage de la tempête Lothar, des déplacements importants de gibier ont été observés vers de jeunes peuplements d’arbres ou dans les prés. Les animaux sentent le vent venir et se mettent à l’abri. C’est pourquoi les tempêtes ne provoquent que peu de mortalité dans la grande faune sauvage. »
Du côté de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), à La Petite-Pierre, le chef de service ne voit rien d’extraordinaire à cet accident, « qui aurait pu arriver n’importe où ». En revanche, Pascal Holveck, agent de l’office national des forêts (ONF) sur le secteur, partage l’opinion de Jean Braud et trouve l’anecdote pour le moins étrange.
L’agent avance une hypothèse : « Si le cerf était vieux ou malade, son instinct était peut-être altéré. Ou encore il était blessé. Cela expliquerait la position bizarre dans laquelle il a été trouvé. » Jean Braud, qui a récupéré la tête de la bête, compte donner une dent à un spécialiste pour déterminer son âge exact.
Le forestier regrette la malchance de ce cerf, tué par l’un des deux seuls hêtres cassés par la tempête, et ce à 50 mètres à peine de la lisière de la forêt. « Il était tout près d’être en sécurité, il était d’ailleurs peut-être en train de s’y rendre. Le chasseur qui loue ce lot de forêt était content de savoir que des cervidés s’y rendent, mais il était triste pour ce cerf, tout comme moi. »
paru dans les DNA - Marie Gerhardy 11/01/2018
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