Entreprise de BTP- Le contrat qui veut bâillonner -exemple avec le "Contournement autoroutier" de Strasbourg
Publié le 3 Février 2018
paru dans DNA /Olivier Claudon 02/02/2018
Un projet de protocole préparé par Vinci promet à la commune de Vendenheim des protections acoustiques en échange de mesures destinées à faire taire les opposants à l’autoroute.
Vendenheim est probablement la commune la plus impactée par le tracé du futur contournement autoroutier de Strasbourg. Les premières maisons sont à 60 mètres du tracé de la future A355.
En décembre dernier, le maire de Vendenheim, Philippe Pfrimmer a été destinataire d’un document, un projet de protocole préparé par Vinci (concessionnaire de l’autoroute via sa filiale Arcos) qui prévoit plus de trois millions d’euros de protections acoustiques supplémentaires, ainsi que divers autres travaux.
Visiblement, les représentants de Vinci ont imaginé que cet accord avec une commune puisse rester confidentiel puisqu’il comporte une clause en ce sens.
Plus grave. En échange des aménagements réalisés par le concessionnaire de la future autoroute, la commune devrait s’engager à « interdire tout affichage/slogans défavorables au projet sur son ban communal ; interdire toute communication défavorable au projet, que ce soit dans les supports de communication de la commune, le site internet, la presse ou tout autre support ; démonter la cabane anti-GCO, contribuer à une communication positive (...) pour parvenir à une adhésion optimale au projet sur le ban de la commune ».
« C’est scandaleux, s’emporte Philippe Ployé, le président des opposants Les Fédinois contre le GCO. Une société qui se targue d’avoir un comportement vertueux vient en posant trois millions d’euros sur la table et dit “en échange vous vous écrasez pendant vingt ans.”».
Le maire est opposé à l’autoroute mais se dit convaincu de la nécessité de négocier dans la perspective d’un chantier qui lui paraît inéluctable. Il a fait connaître l’existence de ce protocole d’accord dont le contenu a ensuite fuité sur les réseaux sociaux. Il ne sait pas encore s’il le soumettra tel quel au conseil municipal ou s’il va demander des modifications préalables. Quant à la clause qui vise à empêcher toute forme d’opposition au projet autoroutier, pour lui, elle « serait une atteinte grave à la liberté d’expression ».
Reste que le protocole précise aussi que ces dispositions sont l’aboutissement de « discussions amiables ». « Pas avec moi!» rétorque Philippe Pfrimmer qui renvoie la balle dans le camp de l’Eurométropole de Strasbourg, qui a facilité des discussions entre plusieurs communes et Vinci. « Pas sur les détails », se défend le président de l’Eurométropole Robert Herrmann. « J’ai poussé effectivement à ce qu’il y ait des discussions entre Vinci et le maire de Vendenheim. Mais concernant ces clauses, c’est une grande maladresse de la part de celui qui a rédigé cela. »
Vinci aujourd’hui reconnaît une rédaction « malheureuse » mais précise que « sont évoquées des actions de communication dont seraient responsables la mairie ou toute action sur le domaine public du ban communal ». Pas sûr que cela satisfasse les opposants qui veulent désormais s’inviter au prochain conseil municipal.
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