Le cerf des Vosges a des origines espagnoles

Publié le 23 Février 2018

 Le cerf serait revenu des zones refuges méridionales il y a 16000 ans environ, coexistant alors avec le renne et le cheval dans de grands troupeaux

Le cerf serait revenu des zones refuges méridionales il y a 16000 ans environ, coexistant alors avec le renne et le cheval dans de grands troupeaux

paru dans les DNA le 22/2/2018

Les recherches ADN ont de multiples vertus, dont celle de retrouver un assassin ou un géniteur. Pour ce qui est du cerf élaphe, une petite précision s’impose : la mère fournit davantage de matériel génétique à ses descendants que le père. Ce détail a son importance pour les travaux de recherches comme pour cette étude génétique du cerf du massif des Vosges (*) dont le Magazine des chasseurs du Bas-Rhin dévoile les résultats ce mois-ci.

Les analyses paléo-génétiques des os ont permis d’identifier deux habitats différents

Menée par des chercheurs français, suisses et allemands, cette étude visait à « examiner la dynamique des populations » de cerfs du massif des Vosges à partir de 140 échantillons d’ADN ancien et contemporain. Les échantillons archéologiques provenaient de Rosheim, de Marlenheim, d’Erstein, d’Entzheim-Geispolsheim et d’Ostheim ; les modernes étaient issus des Vosges (Rambervillers et Cornimont-La Bresse), de Meurthe-et-Moselle (massifs du Donon et de Parroy) et de la réserve nationale de chasse de La Petite-Pierre.

Les analyses indiquent que les cerfs anciens et les cerfs actuels du massif sont plus proches de la lignée ibérique que des lignées italienne et méditerranéenne. Ce qui fait dire aux chercheurs qu’ils sont originaires du refuge ibérique et qu’ils sont remontés vers le nord après le point culminant de la dernière période glaciaire, il y a 20 000 ans environ. Les cerfs des pays de l’Est proviennent principalement d’Italie.

À l’époque, le niveau de la mer était tellement bas que les chasseurs-cueilleurs pouvaient passer d’un continent à l’autre sans se mouiller ; relier directement Brest à Plymouth, Ancône à Zadar, Rotterdam à Cambridge. Pratique pour la libre circulation des marchandises, des bêtes et des hommes, cette régression marine a aussi provoqué la dernière glaciation qui s’est achevée il y a 10 000 ans environ et au cours de laquelle différentes espèces ont survécu dans les péninsules ibérique, italienne et balkanique.

Les analyses paléo-génétiques des os ont par ailleurs permis d’identifier deux habitats différents au cours des 7 000 dernières années. Le premier type de cerf, qui a existé du néolithique au Moyen-Âge, « broutait dans des espaces montagneux à forêts denses ».

Le second type, toujours présent, « se nourrit dans des espaces de basses terres composées d’un mélange de prairie, de rivières et de forêts riches en herbes », indique Gérard Lang, président de la fédération des chasseurs du Bas-Rhin et généticien ayant participé à l’étude. Reste à déterminer si son brame a des pointes d’accent andalou, galicien ou aragonais.

(*) Genetic diversity, genetic structure and diet of ancient and contemporary red deer (Cervus elaphus L.) from north-eastern France. http://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0189278

DNA/Franck Buchy 22/02/2018

Rédigé par ANAB

Publié dans #Biodiversité de notre région

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