Pesticides dans l’assiette : faut-il avoir peur ?

Publié le 27 Février 2018

Article paru dans les DNA le 21 février 2018

Près de trois quarts des fruits et 41 % des légumes non bio sont porteurs de traces de pesticides, selon Générations futures. Des traces qui ne présentent pas forcément un risque pour la santé.

Dossier complet sur le site de Générations Futures

 

Cinq fruits et légumes par jour, plus une compotée de pesticides : la grande majorité de ces aliments présentés comme sains recèlent des produits chimiques potentiellement néfastes. De la verdure et des molécules de synthèse, voilà le vrai menu des recommandations nutritionnelles aux Français.

Trop, c’est trop. On observe son assiette comme Sherlock Holmes la scène d’un forfait : le coupable est invisible mais on en guette les traces. Ici, il se nomme pesticide. Dans des épisodes précédents, il s’agissait de salmonelles, de fipronil, de dioxine ou de prions. Adieu la confiance dans le lait, les œufs, le bœuf, les lasagnes, le poulet et, maintenant, le raisin et le céleri.

Les pesticides sont d’autres invités encombrants à nos tables. Roués, en plus. Là, ce n’est pas seulement la dose qui fait le poison mais aussi la combinaison des composants chimiques. D’autant plus rageant. Il n’y a pas un fournisseur en particulier pour contaminer les sols et les organismes. La communauté des producteurs de végétaux, par la variété des phytosanitaires qu’elle répand, fait d’un bac à légumes de frigo une poudrière.

Après l’étude sur des plats mal cuisinés, cette affaire de phytosanitaires envahissants est un cadeau empoisonné de plus pour le salon de l’agriculture. Des paysans eux-mêmes en appellent à une trêve des polytoxiques. Facile à dire : même si toutes les exploitations ne pulvérisent pas leurs pommes à tout va, beaucoup ne survivraient pas sans le bonus de productivité procuré par l’industrie chimique. Il suffit de voir comment le glyphosate résiste aux pressions politiques.

Le monde rural n’est pas prêt à gober de nouvelles contraintes sans contrepartie. D’autant qu’à l’importation, la France oublie d’être regardante. Un plan national d’action serait dans les limbes ? Le consommateur, lui, est prié de digérer le fait que, hors du bio, des pesticides assaisonneront longtemps encore leurs abricots.

Editorial de Didier Rose

 

 

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Respecter les conseils d’une alimentation équilibrée va-t-il se transformer en risque pour le consommateur ? Près de trois fruits sur quatre et 41 % des légumes non bio présentent des traces de pesticides, selon un rapport de l’ONG Générations futures publié hier. Pas de panique cependant, tempèrent les scientifiques : l’exposition dans nos assiettes ne présente pas de risque sanitaire.

Raisin et céleri mauvais élèves

L’agriculture utilise des intrants… qui se retrouvent dans nos repas. Générations futures, association de défense de l’environnement qui milite contre l’usage des pesticides, les a pistés dans 19 fruits et 33 légumes en compilant les données très officielles de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) sur la période 2012- 2016.

Parmi les fruits, c’est dans le raisin que l’on trouve le pourcentage d’échantillons le plus élevé présentant des traces de pesticides. La pomme, le fruit le plus consommé en France, n’arrive qu’en 8ème position (79,7 %). Les très populaires pommes de terre arrivent à la septième place (57,9 %) dans la catégorie légumes et les tomates à la 13ème (48,9 %).

Ce que le rapport ne dit pas, c’est le détail des produits contenus dans les échantillons et leur taux. Il est donc difficile d’établir un niveau de risque.

En revanche, il donne l’alerte sur un autre facteur : certains fruits et légumes dépassent les limites maximales de résidus (LMR), seuil au-delà duquel la commercialisation d’un produit alimentaire n’est plus autorisée. Ces échantillons sont limités mais représentent tout de même 6,6 % des cerises, 4,8 % des mangues/papayes, 4,4 % des oranges, 1,7 % des pommes. Pour les légumes, les limites sont dépassées pour 29,4 % des échantillons d’herbes fraîches, 16 % de céleri branche, 2,9 % de tomates et 2 % de pommes de terre.

Non-conformité en baisse

Le fait de dépasser les LMR n’implique pas nécessairement un danger, note cependant la DGCCRF. Dans son dernier rapport de mars 2017, l’institution qui réalise les contrôles tempérait également l’ampleur des dépassements : « Le taux de non-conformité à la réglementation européenne est à son niveau le plus bas depuis 2010. Entre 2012 et 2015, grâce à la forte montée en puissance des contrôles renforcés à l’importation, le taux de non-conformité des produits soumis à ces contrôles a été divisé par deux. »

« Ces résultats sont plutôt rassurants. On focalise sur des traces de pesticides, alors qu’elles ont beaucoup baissé ces dernières années. On n’a jamais eu des légumes aussi sains », se défend Daniel Sauvaitre, porte-parole du collectif “Sauvons les fruits et légumes”.

Les maraîchers « se sont engagés à réduire les intrants, ce que nous faisons. Mais les choses ne sont pas si simple, car maintenant se pose un problème d’équilibre pour les exploitations. Si on réduit trop certains traitements, se pose un problème de protection des cultures et, donc de risque majeur de perte de toute une culture », poursuit l’exploitant agricole.

DNA/E. B. 21/02/2018

 

La réponse aux pesticides ne passe pas uniquement par le bio mais aussi par l’innovation […]. Il ne faut pas opposer les techniques conventionnelles au bio. Emmanuel Macron en février 2017 dans une interview au journal Sud Ouest , alors qu’il était candidat à la présidence de la République.

 

Une alerte mais pas de risque majeur pour la santé

Questions à…

Jean-Pierre Cravedi  Toxicologue, département alimentation humaine à l’Inra

Quels sont les enseignements du rapport de Générations futures ?

«Il n’y a aucune surprise dans le rapport. Il présente de manière pédagogique des données connues sur la présence de pesticides dans les fruits et légumes.

Il reflète une réalité logique : à partir du moment où l’on utilise des insecticides, des fongicides et des herbicides pour traiter les récoltes, il est logique que l’on retrouve des pesticides dans l’assiette des consommateurs. Nous savions également que 2 à 3 % des analyses dépassaient les limites maximales de résidus.»

Quel est le risque de ce dépassement pour la santé des consommateurs ?

«Le dépassement de la limite maximale de résidus est un signe d’alerte, mais ne présente pas un risque majeur pour la santé des consommateurs. Ce seuil indique un risque si on y est exposé quotidiennement, tout au long de la vie. Or, nos assiettes sont variées, et le dépassement du seuil de limite maximale de résidus n’est pas forcément constant.»

Qu’en est-il des effets de mélange entre plusieurs molécules ?

«En revanche, il existe encore des incertitudes sur les mélanges entre les substances, ce qu’on appelle les « effets cocktails ». Nous en sommes au début des recherches sur les effets combinés des molécules de pesticides. Cela prendra des années avant que nous ayons des données précises sur les impacts. La recherche toxicologique et épidémiologique est complexe. Il est difficile d’établir des liens de cause à effet de manière précise, car nous sommes exposés à de nombreuses substances différentes dans notre environnement quotidien.»

DNA/propos recueillis par Élodie Bécu

Les conseils pour manger sain


 





Mieux vaut manger des fruits et légumes contenant des résidus de pesticides que de ne pas en manger du tout ! Photo Julio PELAEZ

FAUT-IL vraiment manger cinq fruits et légumes par jour s’ils contiennent des pesticides ?

« Oui », répond l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) : « Nous en sommes même à encourager à en consommer davantage », insiste Jean-Luc Volatier, adjoint au directeur de l’évaluation des risques de l’agence.

Laver ses aliments

Les dernières recommandations alimentaires publiées par l’Anses, début 2017, prenaient d’ailleurs en compte la présence des résidus de pesticides, et la balance bénéfices-risques penchait largement pour le fait de continuer à manger des fruits et légumes en bonne quantité : « Les études épidémiologiques montrent que, globalement, leur consommation permet de se prémunir de pathologies comme certains cancers du tube digestif, et peut aider à prévenir surpoids et obésité », ajoute Jean-Luc Volatier.

Faut-il, alors, être attentif au fait de bien laver ses fruits et légumes, ou de les éplucher ? «Le nettoyage est très important», confirme l’Anses, aussi bien pour éliminer les résidus de pesticides que pour prévenir le risque microbiologique (salmonelles, listeria…). En revanche, l’épluchage n’est pas obligatoire : « Si on veut manger la peau des pommes ou des poires, il n’y a pas de problème particulier. D’ailleurs, il y a beaucoup de vitamines dedans », commente Jean-Luc Volatier.

Au fond, ce qui importe, selon l’Anses, c’est de veiller à bien diversifier son alimentation et ses sources d’approvisionnement, pour prévenir tout risque éventuel de surexposition à un quelconque élément nocif.

DNA/F. T. 21/02/2018

Repères

Les limites maximales de résidus

Les limites maximales de résidus

Ce sont les niveaux supérieurs de concentration de résidus de pesticides autorisés légalement dans ou sur les denrées alimentaires et les aliments pour animaux, explique le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation. Elles visent à déterminer un équilibre entre bonnes pratiques en agriculture et exposition minimum du consommateur. Le ministère précise qu’une LMR est définie pour chaque couple « denrée (qui peut être un fruit, un légume ou une céréale) - substance active de pesticide ». La LMR est fixée pour des fruits ou légumes ni lavés ni épluchés.

L’ agriculture biologique

Elle autorise l’usage de certains produits pesticides à condition qu’ils ne soient pas issus de la chimie de synthèse et ne soient pas à usage herbicide. En 2016, les surfaces certifiées bio ont augmenté de 16 % par rapport à l’année précédente, pour atteindre 1,5 million d’hectares, soit 5,7 % de la surface agricole utile française.

 

 

3,5 % c’est la part des échantillons de légumes testés qui dépassent la limite maximale de résidus de pesticides, selon le rapport de Générations futures. Concernant les fruits, la part est de 2,7 %.

Rédigé par ANAB

Publié dans #Pollution-pesticides

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