Pollinisation par soi même= autopollinisation (épisode 6)

Publié le 18 Mars 2018

Violette des bois, Violette de Reichenbach (Viola reichenbachia)

Violette des bois, Violette de Reichenbach (Viola reichenbachia)

La rare Pensée du Mont Cenis - Viola cenisia

La rare Pensée du Mont Cenis - Viola cenisia

La pollinisation des plantes par les insectes :  les coléoptères  épisode 1

Pollinisation des plantes par les insectes : les hyménoptères épisode2

Pollinisation des plantes par les insectes : les diptères  épisode 3

La pollinisation des plantes par les insectes :  les papillons épisode 4

La pollinisation des plantes par les animaux vertébrés ou zoogamie- épisode 5

Pollinisation par soi même= autopollinisation- épisode 6



L' autopollinisation est un processus assez rare au cours duquel le pollen d' une fleur est déposé sur organe femelle de la même fleur. Elle est souvent interdite par une autoincompatibilité, mais est présente dans le cas de fleurs dont les pièces périanthaires, pétales, sépales,   ne s'écartent pas suffisamment pour laisser pénétrer le pollen étranger.

Exemples : certaines fabacées dont le pois chez qui l' autofécondation a permis les résultats spectaculaires obtenus par Mendel dans l' étude de l' hérédité.
C'est aussi le cas des fleurs " cléistogames" (en grec kleistos = fermé et gamos, le mariage ) comme les fleurs inapparentes d' été chez les violettes et l'oxalis . Les violettes forment deux types de fleurs :
- les premières bien connues au printemps pollinisées par les insectes
- les secondes fleurs, en été,   à la base de la plante, pourvues de 5 sépales qui ne s'écartent pas de 2 étamines dont les anthères ne s'ouvrent pas. Le pollen germe directement dans les sacs polliniques. Les tubes qu'ils développent alors croissent jusqu' à atteindre les ovules.  ( résumé cours botanique Leroy ).

Certains biologistes remarquent que la cléistogamie se manifeste en réponse à un stress écologique. Les éléments de la fleur, pièces florales, pétales, sépales,  sont plus riches en éléments nutritifs, en colorants attractifs,  que les autres organes de la plante, tiges, feuilles, racines. Elles exigent donc de la plante de trouver les ressources nécessaires à leur construction.
En cas de stress écologique, pour diminuer ses besoins en ressources, la plante produit  moins de pièces florales pour attirer les insectes et beaucoup moins de pollen
Exemples :
- le Lamier à feuilles embrassantes, Lamium amplexicaule, suite à un printemps exceptionnellement sec
- les dernières fleurs de l'Impatiente noli-tangere, Impatiens noli-tangere, à l'automne quand le soleil diminuant, l’énergie est moins disponible pour la photosynthèse.

 

Comparaison des deux types de fleurs, à pétales et cléistogames (Frère Marie-Victorin (1885-1944)

Comparaison des deux types de fleurs, à pétales et cléistogames (Frère Marie-Victorin (1885-1944)

Viola bicolor (Alpes bernoises)

Viola bicolor (Alpes bernoises)

Impatiente noli-tangere, Impatiens noli-tangere

Impatiente noli-tangere, Impatiens noli-tangere

Des interrogations:

L’autopollinisation, une stratégie toujours gagnante face aux changements globaux ?
(Nathalie Escaravage & André Pornon)

Parmi les scénarios évolutifs de réponse des plantes au déclin des pollinisateurs et à la fragmentation des populations, il y a l’évolution vers l’autopollinisation spontanée agissant comme une « assurance reproductive » (AR). Cependant, le bénéfice de l’AR dépend fortement de l’intensité de la dépression de consanguinité (DC) diminuant la valeur sélective des individus issus d’autogamie. La relation entre AR et DC est peu connue chez les espèces longévives en raison de la difficulté d’évaluer l’effet de la DC sur la durée de vie des individus. Des chercheurs du laboratoire Evolution et Diversité Biologique - EDB (CNRS/Université Toulouse III Paul Sabatier/ENFA) ont montré chez la plante alpine Rhododendron ferrugineum que l’AR compense le manque de partenaires sexuels dans les petites populations isolées mais que la DC élimine la quasi-totalité des individus issus d’autopollinisation. Ces résultats intriguant, publiés dans la revue BMC Evolutionary Biology, interrogent sur les capacités de telles espèces très dépendantes des pollinisateurs à répondre aux changements globaux, sur les coûts/bénéfices du système mixte de reproduction sexuée et sur le rôle de la DC dans les processus évolutifs des espèces longévives.

 (extrait Wikipédia)
Pour du colza génétiquement modifié, des chercheurs, espérant minimiser le mélange de cultures OGM et non-OGM, tentent d'utiliser la cléistogamie pour empêcher le flux de gènes. Toutefois des résultats préliminaires du projet de recherche européen Co-Extra montrent que bien que la cléistogamie réduise le flux de gènes, ce n'est pas pour le moment un outil suffisamment fiable pour assurer le confinement biologique. En effet le caractère cléistogame est marqué d'une certaine instabilité, certaines fleurs pouvant s'ouvrir et relâcher du pollen génétiquement modifié.

 

Pollinisation : conclusion à la Francis Hallé

Les plantes qui appartiennent à des groupes anciens ( algues , mousses , fougères, gymnospermes ) peuvent en général se passer des animaux ; pour être plus précis : elles n' ont pas besoin de la mobilité animale.
Avec l'apparition des angiospermes on voit se développer des relations d' étroite coopération entre les plantes et les animaux, les premières apportant les ressources de leur biochimie et les seconds leur mobilité . La plante offre à l'animal un parfum qui le séduit, des couleurs et des formes qui l'attirent, des aliments sucrés dont il se nourrit. L'animal transporte le pollen et disperse les graines, ce qui correspond, pour la plante à une extension de son territoire.
La suprématie actuelle des angiospermes démontre le succès de cette mise en commun des
compétences
Pour autant, des relations conflictuelles de prédation et d' herbivorie ne cessent pas :
des chenilles broutent des feuilles, des abeilles pollinisent des fleurs  et des oiseaux disséminent les fruits.
A vrai dire, prédation et entraide ne sont pas des mécanismes aussi distincts qu'on pourrait le croire. Il faut le regard extérieur du biologiste pour les différencier car , pour l' animal concerné, tout est prédation. Il rend à la plante des services, mais il le fait à son INSU.


Texte et recherches Francis Didiot (Anab)

http://www.coextra.eu/projects/project191.html
http://www.coextra.eu/pdf/report1444.pdf


 

Rédigé par ANAB

Publié dans #découverte nature

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