Un projet de carrière calcaire fait débat

Publié le 10 Avril 2018

Paru dans les DNA le 8 avril 2018

Actuellement en phase d’enquête publique, un projet d’implantation d’une carrière calcaire entre Weyer et Hirschland a suscité une levée de boucliers de plusieurs associations. Le porteur de projet a réagi dès le lendemain.

Un projet de carrière calcaire fait débat

Une enquête publique à propos d’un projet d’implantation d’une carrière d’extraction de calcaire est en cours à Weyer jusqu’au 27 avril. Dès les premiers jours de cette enquête publique, l’association de sauvegarde de la vallée de l’Isch (ASVI) et l’association nature Alsace Bossue (ANAB) ont rapidement fait savoir leur hostilité à propos de ce projet et l’ont exprimé vendredi soir lors d’une réunion publique contre ce projet, en présence d’une cinquantaine de personnes. Gilbert Quirin et Roland Gissinger, présidents respectivement de l’ASVI et de l’ANAB, ont mis l’accent sur un certain nombre d’éléments issus du dossier de 400 pages lié à ce projet.

Le premier d’entre eux est environnemental. Roland Gissinger, a mis en avant « le réservoir de biodiversité » qu’est la vallée de l’Isch et « le risque d’atteinte à des zones proches riches », dont une zone Natura 2000. Il cite alors un certain nombre d’espèces animales et végétales présentes dans le secteur, dont l’orvet fragile et la couleuvre à collier qui sont deux espèces protégées, mais aussi la scabieuse des prés. Enfin, il dénonce l’installation des bâtiments de criblage sur le versant sud de la parcelle concernée, « secteur le plus intéressant d’un point de vue écologique », d’après lui.

Les chasseurs aussi

Puis Jean-Luc Hamann, qui chasse sur le lot concerné par ce projet, a pris la parole pour annoncer que la fédération de chasse et les chasseurs locaux s’opposent aussi à ce projet. Selon lui, « c’est la seule partie boisée entre Weyer et l’autoroute et il y a beaucoup de passage d’animaux ». Il cite notamment les écureuils, lièvres, sangliers, chevreuils, blaireaux et renards.

Gilbert Quirin reprendra ensuite la parole pour dénoncer « une intégration paysagère nulle. Ce sera visible depuis la départementale 40 et du hameau du moulin de l’Isch ». Puis, il abordera la question des poussières. « Dans le dossier, visiblement les poussières ne volent pas. Pourquoi ? On ne sait pas. Il est indiqué qu’ils arroseront en cas de sécheresse, mais ce n’est pas toujours suivi de faits ». Il met notamment en exergue l’usage d’un concasseur mobile pendant les premières années. « Ce sont des engins très générateurs de poussières ».

 

Roland Gissinger ajoute d’ailleurs sa surprise « de voir qu’il n’y a pas de chiffrage précis sur les quantités de poussière ». Puis Gilbert Quirin s’étendra sur le bruit. « D’après le dossier, il n’y aura aucun impact sonore au moulin de l’Isch à 200 m du site ». Il passera alors une petite vidéo d’un engin de chantier et indiquera : « le bip de recul, obligatoire sur ces engins, fait 97 dB et n’est jamais mesuré dans les études », avant d’indiquer que selon lui, « le bruit est sous-estimé dans ces études ».

Les deux présidents vont ensuite dénoncer ce qu’ils considèrent comme une sous-estimation du nombre de camions qui transiteront sur ce site. « Le dossier évoque une moyenne par jour sur la base de 220 jours. Mais on sait qu’ils ne pourront pas exploiter la carrière toute l’année. On a refait le calcul sur 8 mois. Nous serions à 15 camions par jours s’ils font l’aller-retour à plein. On monte à 30 si l’un des deux trajets se fait à vide ».

Enfin, les deux présidents affirment: «Il y a déjà quatre carrières calcaires dans un périmètre de 15 km et elles ne sont exploitées qu’à 70 %. Il n’y a pas besoin de détruire un site pour une nouvelle carrière ».

 Roland Gissinger de l’ANAB et Gilbert Quirin de l’ASVI ont développé des arguments contre ce projet.

Roland Gissinger de l’ANAB et Gilbert Quirin de l’ASVI ont développé des arguments contre ce projet.

Christian Dietrich défend son projet

Le porteur de projet, Christian Dietrich, a réagi dès le lendemain de cette réunion pour donner son point de vue.

 

« Nous sommes une entreprise artisanale de terrassement et de démolition, avec actuellement trois salariés. Nous réalisons notamment du terrassement pour des pavillons individuels, des hangars industriels mais aussi des routes forestières et quelques travaux connexes. Notre objectif à travers ce projet de carrière est de fabriquer nous-même la matière première pour ces terrassements afin de ne pas dépendre de quelqu’un d’autre et des aléas du marché. C’est vital pour la pérennité de notre entreprise. Si vous ne maîtrisez pas le coût de votre matière première, il est plus difficile d’être concurrentiel sur les chantiers ».

Mais au-delà de l’aspect économique, le chef d’entreprise explique que ce site a été choisi car étant déjà identifié comme carriérable dans le PLU de la commune. « C’est un site où il y a du calcaire à entroque. C’est ce que nous recherchons pour faire des cailloux de qualité, stables pour les chemins ».

Un investissement de 2 millions d’euros

Au total, la société compte investir près de 2 millions d’euros dans ce projet, acquisition des terrains compris, et prévoit trois embauches à temps plein. « Le gros de l’activité sur le site se fera sur 4-5 mois, en automne et en hiver. C’est à ce moment-là qu’on préparera les cailloux dont nous aurons besoin sur les chantiers de l’année suivante. L’objectif est d’assortir 35 000 tonnes en moyenne par an, 40 000 au maximum ». Une extraction qui se fera « à l’aide d’une pelleteuse et pas à l’explosif ». La période de concassage en automne et en hiver, quand il pleut beaucoup, « devrait permettre de restreindre les problèmes de poussière », avant d’indiquer qu’en période sèche, un arrosage des pistes est prévu.

Sur le plan environnemental, il indique que « la forêt qui se trouve sur l’ancienne carrière à environ 250 m d’ici, sera totalement préservée durant toute la durée de l’exploitation. Ce n’est pas rien comme mesure compensatoire pour les quelques arbres que nous allons déboiser ici. C’est notamment là-bas que nous devrions réimplanter les végétaux protégés présents sur le site que nous comptons exploiter ».

Quant aux problèmes de trafic routier, il considère que les calculs des opposants ne tiennent pas. « 30 ? Avec trois camions, c’est impossible. Alors, oui, il y aura un peu plus de trafic au printemps et en été qu’en hiver. Mais ce sera plutôt de l’ordre de 10 trajets répartis sur trois routes. Ce ne sera pas plus perceptible qu’un car de ramassage scolaire et une tournée de lait ».

Concernant l’aspect visuel, sonore et les poussières, il indique qu’il est prévu « un merlon de 4 mètres sur lequel il y aura des arbres de 4 m, autour du secteur exploité. Cela fera une sorte de mur de 8 m de haut qui viendra atténuer les bruits et la dispersion des poussières ».

Concernant le site d’implantation des bâtiments pour le concassage, il explique que le versant sud, est « le seul possible compte tenu des contraintes d’accès et de la configuration du terrain. Faire l’installation plus haut poserait des problèmes techniques et créerait une cuvette qui nous empêcherait d’exploiter en hiver ».

Enfin, toujours sur le front environnemental, il défend l’idée d’un site de proximité. « On parle beaucoup de circuits courts. Dans le caillou, c’est exactement pareil. Dans le secteur, sur certains chantiers, on utilise des cailloux qui viennent des Vosges. Ça coûte plus cher en raison du transport, sans compter les émissions de CO2 pour les amener ici ». D’après lui, enfin, une telle carrière devrait permettre d’amoindrir les coûts de terrassement pour un certain nombre de chantiers locaux.

Christian Dietrich, qui porte le projet de carrière, met en avant les dispositifs mis en place

Christian Dietrich, qui porte le projet de carrière, met en avant les dispositifs mis en place

Rédigé par ANAB

Publié dans #préserver les ressources

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G
Détruire irrémédiablement un espace naturel de plus pour, paraît il, diminuer vaguement les coûts de certains terrassements et créer 3 (?) emplois !? Cela en vaut il vraiment la peine? Ces arguments, toujours les mêmes pour justifier tout et n'importe quoi, sont éculés maintenant; Il faut changer de raisonnement et de façon de voir les choses.
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R
Merci Guy de ton point de vue. D'autant plus que ce ne sera jamais 3 emplois créés. La consommation de cailloux ne va pas augmenter dans le secteur, par miracle avec la création de cette carrière. Donc, ce sont trois emplois de moins chez les concurrents. Au final, cela rend encore plus inutile la destruction de ce site.