Que faisons-nous au quotidien pour protéger la biodiversité ? exemple des chemins ruraux
Publié le 2 Juin 2018
Exemple dans notre région de la petite commune de Durstel :
Ces photos vous montrent une gestion faite de plus en plus fréquemment, par cette commune et d’autres de notre région.
Ce qui est fort curieux pour cette petite commune, c’est que le préposé a fauché les bords des chemins bien avant certains agriculteurs qui ont des prairies . Il a fauché quand il était en présence de cultures mais pas quand le chemin était en bordure de prairies.
Pourquoi les herbes gênent-elles devant les cultures ? De toute façon les cultures sont traitées mécaniquement pour éviter les mauvaises herbes (agriculture bio) ou arrosées d’herbicides chimiques toxiques.
Ici, la largeur de tonte fait deux mètres, ce qui est énorme. Sur des kilomètres de chemins cela représente des hectares de « béton vert ».
J'avais déjà fait remarquer au maire de Durstel que s’il voulait faire propre en coupant l’herbe le long des chemins il fallait déjà qu’il fasse ramasser auparavant les déchets qui y ont été jetés (bouteilles plastiques, canettes en aluminium, cartons, emballages divers). Ceci n’est pas fait. Cherchez la logique.
Au Danemark, pays très agricole et très petit, 65 % de la biodiversité se trouve le long des chemins.
Durtel ma i2018. Photo1 Bords fauchés pas de prairies, P2 un seul bord fauché, P3 aucun des bords fauchés (prairies) cliquer pour agrandir
Les bords de chemins sont coupés déjà au mois d’avril ou mai.
Ceci empêche le développement de nombreuses plantes à fleurs. Elles ne peuvent plus terminer leur cycle en produisant fleurs et graines. Cette coupe détruit de nombreux insectes, chenilles, sauterelles etc…et l’habitat. Les rares qui survivent n’ont plus la plante hôte pour se développer et assurer leur survie.
Pourquoi couper l’herbe sur deux mètres alors qu’en même temps les bordures de la route départementale ( -autrefois classée route nationale-), où le trafic routier est intense, ne sont toujours pas fauchées au 1er juin ?
Economies importantes :
L’an passé les bordures de cette route départementale D1061 ont été fauchées en juin sur seulement 50 cm.
En coupant seulement une ou deux fois l'an et sur des surfaces minimes, le département réalise de belles économie. Le matériel subit moins de casse. Il faut nettement moins de main d’œuvre mais surtout cela permet à la flore et à la microfaune de se développer, de se mouvoir.
Une coupe faite tous les deux ans ou trois ans empêche les ligneux, les arbres de se développer.
Applaudissons le Département pour sa gestion écologique des bords de route. Il est bien plus économe que les petites communes.
Effets des coupes précoces :
La coupe à ras des bandes herbeuses le long des chemins détruit en les broyant la majorité des insectes, des micro-mammifères, des reptiles comme l’orvet.
Une coupe par broyage et roulage sur la bande herbeuse détruit la quasi-totalité de cette microfaune.
Seuls vont subsister quelques insectes très petits comme les fourmis ou très courants.
Les fleurs coupées ne peuvent pas terminer leur cycle de reproduction vont disparaitre par épuisement. Ce sont les fleurs à cycle court, les fleurs banales qui sont partout comme les orties, certaines petites brassicacées, des graminées qui vont s’installer ou même des espèces invasives.
L’herbe broyée est laissée sur place dans la quasi-totalité des cas. Les végétaux vont se transformer en compost et devenir un engrais vert propice à la flore banale.
A noter qu’en Allemagne et en Suisse ont été développées de petites machines pour ramasser l’herbe des bordures de route et l’apporter dans les centrales à biogaz en faire de l’énergie verte.
Chez nous, le gestionnaire de ces espaces verts ainsi enrichis par le compost provenant de l’herbe coupée devra faire passer plus souvent ses équipes ou son prestataire avec ses machines. La conséquence est que la pollution sera bien plus importante, les tondeuses étant des machines très polluantes en rejets de CO2 et en bruit.
Il devra payer un supplément d’heures de main d’œuvre et casse matériel, argent qui aurait été plus utile à utiliser par la commune sur d’autres budgets.
Cette mauvaise gestion est difficile à comprendre alors que l’on entend partout que les communes, administrations et entreprises doivent faire des économies.
Dans ce cas, le fait de moins polluer et moins dépenser d’argent améliore beaucoup la biodiversité !! Pourquoi s’en priver ?
Pourquoi vous-demandez-vous, les communes fauchent-elles aussi souvent les bords des chemins et deviennent de vrais maniaques de la tonte.
En interrogeant les élus il en ressort que :
- la pression des électeurs est importante : des herbes hautes sont des herbes sales pour de nombreux électeurs sans doute peu connaisseurs de biodiversité. Il faut à tout prix éliminer ces herbes.
Réponse : oui, il faudrait aussi prendre un peu de temps et faire de la pédagogie. La commune peut expliquer pourquoi elle fait une seule fauche par an ou une tous les deux ans et comment cette action préserve ainsi la biodiversité. Des panneaux sont par ailleurs mis en place dans certains département qui pratique une fauche douce, avec les mentions « fauche tardive, biodiversité préservée »
- les herbes hautes ne donnent pas une belle image
Réponse : une mode est apparue qu’il fallait tondre ras. Ce standard de propreté très en vogue chez nos concitoyens et sur leurs jardins personnels, est une habitude visuelle. Elle peut changer. Nos ancêtres, qui n’avaient pas de machines motorisées, ne tondaient pas leurs pelouses ni le bord des chemins tous les deux mois.
Allez-voir en Allemagne les voies ferrées. Elles sont envahies d’herbes folles, (mais de pas de ligneux ou petits arbres). Elles ne sont pas détruites aux herbicides comme en France. Elles sont fauchées. Tout le monde trouve cela normal.
- les élus aiment bien montrer qu’ils entretiennent leurs voiries.
Réponse : oui c’est bien d’entretenir les chemins ruraux mais cela reste nuisible à la biodiversité quand c’est fait avec brutalité et trop fréquemment. Et puis, les électeurs aimeraient voir utiliser cet argent à nettoyer mieux leurs trottoirs à l’intérieur des villes et villages ou faire avancer d’autres réalisations comme une halte garderie par exemple.
- le personnel d’entretien préfère tondre avec une machine en étant assis plutôt que de circuler en ville en ramassant à la main des papiers et déchets. C’est plus valorisant, plus visible et sans doute moins fatiguant.
(ce sont les maires qui m’ont dit cela, cela ne vient pas de moi)
En conclusion :
Il faut contre balancer les maniaques de la propreté et ceux qui ont la phobie des herbes prétendues « sales ».
Pour préserver et améliorer la biodiversité faites, vous aussi,
pression sur les maires en leur écrivant, pour qu’ils tondent MOINS souvent les bords des chemins !
Texte et photos Roland Gissinger (Anab)
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