Les risques pour la forêt : La forêt agressée (rapport INRA chap 1/3)
Publié le 21 Juillet 2018
Comme tous les organismes vivants, les arbres ont de dangereux ennemis. Une forêt bien verte, prometteuse, peut soudain virer du fait de minuscules et tenaces agresseurs. Les plus redoutés parmi les insectes sont les scolytes et les chenilles processionnaires.
Parmi les champignons, la maladie des bandes, rouges touche le Pin laricio, le chancre coloré attaque le Platane et la chalariose les frênes.
Le changement climatique, allié des bioagresseurs
Avec le changement climatique, les aires d’influence des bioagresseurs se modifient. Prenons par exemple, la maladie des bandes rouges. Causée par une famille de champignons appelée Dothistroma, elle empêche les pins de grandir.
Présente depuis les années 1960 en France, elle n’a émergé véritablement que dans les années 1990 à la faveur d’un climat plus favorable. Aujourd’hui, elle remet en cause la viabilité du pin laricio en France que les sylviculteurs ont d’ailleurs cessé de planter.
Autre exemple : le champignon Diplodia pinea, responsable du dépérissement des pousses du pin. Les chercheurs ont observé que ce sont les arbres ayant subi une forte sécheresse qui sont les plus sensibles. Avec l’augmentation de la fréquence des sécheresses, l’impact de cette maladie devrait augmenter sérieusement.
Combattre les champignons pathogènes
La meilleure arme contre les bioagresseurs des forêts reste la prévention. Parmi les règles de bon sens à respecter : ne pas planter les arbres cibles des maladies ou des insectes dans des zones propices à ces agresseurs. Les chercheurs ont montré qu’augmenter le nombre d’espèces dans une forêt peut, dans bien des cas, constituer un frein efficace aux insectes et champignons.
Autre méthode de prévention : mettre à profit la variabilité génétique au sein des arbres. Déjà, les chercheurs de l’Inra ont mis au point un clone de platane, appelé Platanor, qui résiste au chancre coloré. Ils tentent de créer à présent une variété de frênes résistante à la chalarose.
Mais que faire une fois l’agresseur présent dans une forêt ? Les moyens de lutte sont réduits puisque les traitements chimiques sont généralement interdits en forêt. Néanmoins, les scientifiques tentent d’ouvrir de nouvelles voies dans le domaine du biocontrôle. Par exemple, utiliser les virus qui s’attaquent aux champignons. L’Inra a obtenu d’excellents résultats pour le chancre du châtaignier. Reste à voir si ce succès peut être reproduit chez d’autres essences.
Les Landes et les champignons
Armillaria ostoyae, champignon qui parasite les racines et le collet des résineux, cause d’importantes pertes économiques notamment dans le sud-ouest de la France sur les pins maritimes. Une équipe de l’Inra a montré que cette espèce d’armillaire a commencé son expansion dans les Landes à partir des plus anciennes zones boisées, celles qui pré-existaient avant les grandes plantations de pins maritimes du XIX e siècle. Aujourd’hui, le champignon progresse encore dans le massif à partir de ces endroits et des nouveaux foyers de maladie, profitant de la continuité des plantations de pins sur près d’un million d’hectares. Ces résultats illustrent les risques phytosanitaires accrus liés aux forêts plantées d’une seule espèce d’arbre sur de vastes superficies.
L’inexorable invasion de la chenille de la processionnaire du pin
La chenille processionnaire du pin est un réel sujet d’inquiétude sanitaire : ses soies urticantes en forme de harpon peuvent entraîner des problèmes respiratoires, oculaires ou cutanés chez les humains. Elles peuvent aussi affecter, voire tuer, les animaux domestiques et le bétail. Enfin, sa présence peut faire chuter de moitié la productivité des forêts de résineux. Autrefois cantonné à la moitié sud de la France, le réchauffement climatique a permis à cet insecte d’étendre ses domaines en raison d’une meilleure survie hivernale. Telle une armée d’envahisseurs, elle progresse vers le Nord de 5 kilomètres par an. Le front naturel se trouve actuellement à la hauteur de Paris, mais le transport accidentel par l’homme a permis à des colonies de s’établir dans le Nord et l’Est de la France.
Pour lutter contre la processionnaire, les chercheurs adaptent et améliorent des méthodes classiques comme l’épandage de Bacillus thuringiensis, le bacille tueur de chenilles. Mais ils testent aussi plusieurs alternatives originales : • Tirs de paintball contre la chenille A quoi jouent ces chercheurs qui tirent au fusil à paintball sur les troncs des pins ? Ils testent une technique innovante de confusion sexuelle. Leurs balles, développées par une société privée, ne contiennent pas de l’encre mais des phéromones femelles du papillon de la processionnaire du pin. En saturant une forêt de ces odeurs attractives, ils espèrent dérouter les mâles et limiter ainsi la fécondation. Cette invention, souple et pratique, a reçu le prix de l’innovation du ministère de l’écologie et pourrait être commercialisée dès 2017.
• Faire ripaille de la processionnaire Et si l’un des moyens de réguler les populations de cet insecte était, tout simplement, la prédation ? Deux expériences menées par les chercheurs de l’Inra voudraient mettre à profit les services écologiques apportés par nos amis ailés. La première consiste à poser des nichoirs à mésanges en ville ou en forêt. Ces oiseaux peuvent dévorer en une seule journée jusqu’à 40 chenilles en moyenne, et jusqu’à 900 en période de nidification. De leur côté, les chauves-souris sont de redoutables prédateurs pour le papillon de la processionnaire. C’est ce qu’a montré une autre équipe de l’Inra dans la forêt des Landes. La présence des chauves-souris se traduit par une diminution des infestations au cours de l’année suivante. Une conclusion commune de ces deux travaux : la biodiversité est une valeur sûre à utiliser contre les espèces invasives.
Comment la cochenille a découvert la Corse
Depuis 1994, la cochenille du pin maritime fait des ravages en Corse. Cinquante mille hectares de forêt y sont menacés. Les larves de cet insecte se nourrissent de la sève des pins, et peuvent finir par tuer leur arbre hôte. Une équipe de l’Inra s’est demandé comment la cochenille avait réussi à atteindre et coloniser l’Ile de Beauté. Grâce aux outils de la génétique des populations, les chercheurs ont identifié les trois étapes de l’invasion. Peu après la Seconde Guerre mondiale, le ravageur est arrivé dans le sud-est de la France, probablement dans des grumes en provenance des Landes. Puis, l’insecte s’est naturellement étendu vers l’Italie. Enfin, c’est probablement le mistral qui a permis à la cochenille de faire le grand saut vers la Corse.
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