Balade au pays des champignons (sortie Anab du 3/9/2018)
Publié le 4 Septembre 2018
« L’identification d’un champignon est une démarche méthodologique, avec les bonnes questions à se poser dans le bon ordre. Cette méthodologie peut sauver la vie du cueilleur imprudent », explique Gilles Weiskircher, l’animateur de la sortie et mycologue à l’Association Alsace Nature Bossue (ANAB) .
29 personnes ont profité de cette animation dans la forêt de Sarre-Union , dont un jeune cueilleur très intéressé. Le public, panier en main, a montré beaucoup d’intérêt et posait des questions très pertinentes.
Le champignon, un organisme familier et pourtant méconnu L’animateur explique d’abord que «le terme "champignon" désigne pour le commun des mortels un organisme vivant charnu, constitué généralement d’un pied surmonté d’un chapeau. Ce n’est en fait que la partie émergée de l’organisme. Lui-même est invisible, souterrain, et vit dans le sol sous forme de filaments, les hyphes .
Dans les 10 premiers centimètres du sol, ces filaments peuvent représenter jusqu’à 10 tonnes de matières organiques par hectare. Les champignons que nous rencontrons lors de nos promenades mycologiques sont en réalité des sporophores, qui portent les spores, permettant sa propagation . Sous le chapeau se trouvent par exemple des lamelles, des tubes ou des aiguillons, qui abritent les cellules reproductrices. » « Pour identifier un champignon, il faut qu’il soit entier et en particulier l a base du pied qui recèle souvent d’importantes informations. Par exemple, la base du pied de l’amanite phalloïde, mortelle , est entouré e d’une volve. Sous son chapeau, on trouve aussi un anneau. L’endroit où pousse le champignon est également un élément de détermination. »
Le champignon n’est pas un animal ni un végétal ; il n’a pas de racines et ne fait pas de photosynthèse. Certains puisent les substances nutritives sur des matières végétales ou animales en décomposition : de l’humus, une souche d’arbre, un lit de feuilles mortes… On les appelle saprophytes. Ils participent ainsi activement à la formation du sol et au nettoyage de la forêt. D’autres champignons s’attaquent aux tissus vivants et y puisent ce dont ils ont besoin. Il suffit d’une blessure à un arbre pour qu’ils s’installent. Enfin, d’autres vivent en association étroite avec les arbres. Les filaments du mycélium s’enroulent autour des racines de la plante, formant un manchon, la mycorhize. Ce manchon retient l’eau du sol autour des racines, protège les racines et facilite la croissance de la plante en lui apportant également des minéraux du sol. En échange, l’arbre nourrit le champignon en lui fournissant une partie de ses sucres. On appelle ce type d’association une symbiose. 80% des plantes terrestres font des associations avec les champignons. Sans les champignons, les arbres ne seraient pas aussi grands et majestueux.
Rassemblment de la récolte et explication de Gilles, mycologue patenté de l'Anab (Photos Alain Wollenschneider)
Après la théorie, un peu de pratique Par petits groupes, les cueilleurs sont allés en forêt. À leur retour, les discussions étaient animées autour de leurs trouvailles. Malgré la sécheresse, les participants ont collectés tout de même 28 espèces différentes de champignons dont la russule charbonnière ( Russula cyanoxantha ) et russule verdoyante ( Russula virescens ), divers bolets comme le bolet des charmes ( Leccinum pseudoscabrum ) et le bolet radicant ( Caloboletus radicans ), des plutées, des psathyrelles, etc.
Il faut s’attendre, avec le réchauffement climatique, à la tendance d’un recul des saisons. Malgré de récentes conditions météorologiques favorables, la sécheresse est encore bien visible en forêt. Cette collecte a été aussi l’occasion de rappeler les bonnes pratiques et critères de détermination d’un champignon, à savoir l’endroit où il pousse, comment les lames s’insèrent sur le pied, la couleur de la sporée, les éléments présents sur le chapeau et le pied, etc., des questions essentielles à se poser quand on cherche à identifier un champignon.
C’est pour cela qu’on ne coupe jamais un champignon qu’on veut identifier, au risque de perdre de perdre les informations essentielles de la base du pied. On réservera la coupe pour des champignons dont on est certain de l’identification. De toute façon, qu’on coupe ou qu’on arrache, ça ne change absolument rien pour la vie du champignon. On n’utilisera pas non plus de sacs plastiques mais un panier large et fond plat et on fera vérifier sa récolte par un spécialiste, pharmacien ou mycologue.
L’animateur insiste également qu’il ne faut surtout pas comparer sa récolte avec des photos dans des guides illustrées. C’est prendre le risque de s’intoxiquer, tant les différences sont parfois minimes entre le bon comestible et son sosie toxique. Sur 1,5 million d’espèces de champignons sur Terre, on en compte près de 30 000 en France. C’est dire l’incroyable biodiversité que représentent ces organismes. De bons comestibles, il y en a à peu près une trentaine.
Vu l’importance des champignons pour l’écosystème forestier, c’est en fait le champignon qui fait la forêt et pas le contraire. Et même si la cueillette n’est pas bonne, le champignon d’une part travaille sous vos pieds à préserver la forêt, et d’autre part on ne rentre jamais bredouille d’une balade en forêt.
espèces collectées :
Russula virescens Russula cyanoxantha Russula graveolens Russula vesca Polyporus tuberaster Fomitopsis pinicola Abortiporis biennis Leccinum crocipodium Leccinum pseudoscabrum Psathyrella candolleana Agaricus campestris Pluteus cervinus Hymenopelis radicata Megacollybia platiphylla Caloboletus radicans Crepidotus mollis Gymnopus fusipes Chlorociboria aeruginascens Scleroderma citrinum Suillelus luridus Daedala quercina Inonotus radiatus Clitocybe gibba Calocera viscosa Trametes versicolor Lycoperdon perlatum Kuehneromyces mutabilis Lycogala epidendron (myxomycète) Liste communiquée par Gilles
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