Découverte des coquillages du canal de la Sarre

Publié le 3 Mars 2019

Malacofaune  du Canal - le long de la Sarre- 
à Zetting

Le Canal de la Sarre (Canal des Houillères de la Sarre) qui traverse la bordure ouest de l'Alsace Bossue entre Altwiller et Siltzheim, abrite quelques espèces végétales et animales particulières. A l'occasion d'une mise à sec partielle (travaux), les rives permettent  l'observation d'une faune habituellement invisible. Ces observations ont été réalisées près de l'écluse de Zetting.

Blocs immergés- Canal à Zetting - Photo Etienne Feuchter

Blocs immergés- Canal à Zetting - Photo Etienne Feuchter

Sur la partie des blocs de pierres constamment immergés, ainsi que sur le fond partiellement exondé apparaissent des coquillages en grand nombre à l'occasion de la mise à sec partielle. La berge prend l'aspect d'un bord de mer à marée basse.

Coquilles et débris - Canal de Zetting - Photo Etienne Feuchter

Coquilles et débris - Canal de Zetting - Photo Etienne Feuchter

Au moment du cliché, ne subsistent que les coquilles vides. Les animaux sont morts et ont été consommés par divers prédateurs. On distingue des coquilles de grande taille aux valves encore jointives et une foule de coquillages plus petits.

Diversité réduite de la malacofaune -Canal à Zetting - Photo Etienne Feuchter

Diversité réduite de la malacofaune -Canal à Zetting - Photo Etienne Feuchter

Une  première analyse permet de constater que la diversité de cette malacofaune est réduite : 3 espèces sont présentes dont deux, « libres », fouisseuses et une fixée (moules agglutinées, à droite). Le fond du canal  est composé d'un matériel sableux et de vase. Des parties de végétaux aquatiques (rhizomes), des feuilles mortes complètent le tableau.

 

Observation des espèces rencontrées

Malacophone Canal : Corbicule- Dreissène et Anodonte Photo Etienne Feuchter

Malacophone Canal : Corbicule- Dreissène et Anodonte Photo Etienne Feuchter

Inventaire des espèces après tri

 

De gauche à droite :
- Corbicule (vue dorsale et ventrale des valves en connexion)
- Dreissène (vue dorsale et ventrale des valves séparées)
- Anodonte ( 1 valve)

 

Description
L'anodonte a déjà fait l'objet d'une description dans ce blog, par Gilles. (Article paru le 10 février 2019 cliquer ici)

 

La Corbicule asiatique ou Palourde asiatique

 

Nom scientifique Corbicula fluminea (O.F. Müller, 1774)Corbicule asiatique

Date lieu d'observation : Canal de la Sarre à Zetting  (3 février 2019)

Classification : Mollusques, Bivalves, Hétérodontes, Vénéroidae, Cyrenidae

Habitat : bivalve fouisseur des fonds, en eaux douces et saumâtres relativement bien oxygénées.
 

Corbicule asiatique ou Palourde asiatique (Corbicula fluminea) Photo Etienne Feuchter

Corbicule asiatique ou Palourde asiatique (Corbicula fluminea) Photo Etienne Feuchter

Description caractères anatomiques
La coquille présente une largeur supérieure (ou égale) à la hauteur des valves. Celles-ci sont couvertes extérieurement de stries prononcées et espacées. La face interne est blanche avec un liseré violacé sur le pourtour du manteau (corps). On distingue la charnière formée de « dents » étroites au sommet (dents cardinales) et de dents latérales en lame et sillon. Gràce aux muscles adducteurs antérieur et postérieur dont on voit l'empreinte partielle, l'animal peut refermer les deux valves de manière efficace pour échapper à la prédation. La taille atteint 3 à 4 cm.

 

Il existe une autre forme désignée sous le nom de Corbicula fluminis qui possède des valves plus hautes que larges avec des stries fines et serrées. Toutefois l'accord n'est pas unanime sur le statut à accorder à ces deux formes (lignées?) et leurs intermédiaires (voir Bibliographie)

 

 Biologie
La corbicule vit dans le sédiment et filtre l'eau grâce à un siphon (respiration + alimentation). Elle se nourrit de plancton. De ce fait, elle accumule un certain nombre de polluants.
La reproduction participe à la dissémination de l'espèce grâce à des larves mobiles. Celles-ci sont expulsées par l'individu parent pendant toute la belle saison. La longévité est de quelques années.



Ecologie
Originaire de l'Est asiatique, la corbicule a envahi les eaux douces de l'hémisphère nord. Elle est présente en France depuis les années 1980. Assez tolérante, elle est souvent utilisée pour estimer le taux de pollution (sentinelle biologique) en composés organiques (PCB, dioxines...)
Cette espèce envahissante* entre en concurrence avec les espèces locales, elle contribue à modifier le milieu aquatique et peut poser des problèmes techniques au niveau des installations.
*Une espèce invasive est une espèce non autochtone (non indigène), introduite volontairement ou accidentellement. En l'absence de (ses) prédateurs naturels, elle peut proliférer, devenir envahissante et perturber l'équilibre écologique du milieu.
 

Statut de protection : aucun
Les prédateurs cités sont les poissons (carpe, silure), le rat musqué.


Consommation et usage : consommé dans ses pays d'origine (Chine, Corée), ce mollusque peut s'avérer dangereux à cause des bactéries et polluants qu'il peut renfermer.

 

bibliographie / sources
Encyclopédie Wikipedia
Corbicula fluminea 1461 sur DORIS
Les macro-bivalves du Haut- et du Bas-Rhin Malacofaune d'Alsace Cahier technique -
Volume 3 Jean-Michel Bichain disponible sur le net
- Corbicula fluminea en tant que sentinelle biologique de la contamination des cours d’eau par les polluants organiques persistants : exemple du Rhône.Jean-François Fruget1 et AL
Introduction, spread and establishment of the invasive clam Corbicula spp. in Switzerland Stephanie Schmidlin Université Basel 2011
- Etude génétique et cytologique de populations de palourdes asiatiques invasives(Corbicula spp.) Etoundi, Emilie.2011.Université de Namur

 

La Moule zébrée ou Dreissène

Moule zébrée ou Dreissène -Photo Etienne Feuchter

Moule zébrée ou Dreissène -Photo Etienne Feuchter

Les dreissènes sont de petits coquillages (25 à 40 mm) qui vivent accrochés à un support dur. La partie non colonisée par le banc de moules est occupé par des mousses aquatiques (Fontinalis).

Découverte des coquillages du canal de la Sarre

Ensemble de coquilles encore fixées par leur byssus (marqué >) sur un rhizome de plante aquatique ou sur un autre individu. Des restes de byssus sont visibles sur le substrat après chute des moules..

 

Nom scientifique : Dreissena polymorpha polymorpha (Pallas, 1771) Moule zébrée.

Date lieu d'observation : Canal de la Sarre à Zetting  (3 février 2019)

 

Classification : Mollusques, Bivalves,  Veneroidae, Dresseinidae.
Habitat : canaux et lacs. Espèce introduite en France depuis le 19ème siècle à partir de son berceau, la Caspienne.

 

Description, caractères anatomiques :

 

 Coquille ressemblant à celle de la moule marine avec carène marquée, bord ventral droit, byssus filamenteux permettant la fixation. Taille réduite en général (25 à 40 mm). La face extérieure présente des zébrures brunes, l'intérieur n'est pas nacré. Dent réduite.

 

Biologie

 

C'est un organisme filtreur de plancton et particules organiques. La reproduction assure la libération de milliers de larves qui sont susceptibles de coloniser de nouveaux milieux.

 

Ecologie
Espèce envahissante originaire de la région de la mer Caspienne. Elle résiste aux toxines des cyanobactéries ("algues bleues") contrairement à d'autres bivalves. Elle pose problème par sa pullulation au niveau des installations , sa concurrence avec les espèces autochtones. C'est un bioindicateur de pollution aux métaux lourds (zinc).

 

Utilisation de la Moule zébrée Dreissena polymorpha en tant qu’indicateur biologique de la contamination des écosystèmes d’eau douce par les métaux lourds : comparaison avec un autre type d’organismes sentinelles, les mousses aquatiques étude dans le bassin de la Moselle. Jacques Mersch . Ecosystèmes. Université Paul Verlaine - Metz, 1993

 

Bibliographie
Sites DORIS et Malacofaune d'Alsace (voir Corbicula)

 






Textes, bibliographie et  photos Etienne Feuchter / Anab

 

Rédigé par ANAB

Publié dans #Biodiversité de notre région

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R
Merci Etienne de nous éclairer ou faire découvrir ce sujet trop méconnu des coquillages de nos eaux tranquilles. Article qui complète très bien celui de Gilles. Merci aux deux malacologues (?) distingués que vous êtes.
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G
Merci Étienne pour ce superbe article. Des roches du mesozoïque à la vase du canal de la Sarre, Étienne traverse l'espace et le temps pour nous régaler.
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