Enquête mycologique, épisode 7.2, A la découverte des ascomycètes

Publié le 10 Janvier 2021

J : Comment étudier un ascomycète ?

CM : il y a plusieurs questions à se poser, dans un bon ordre, pour arriver à identifier un ascomycète. La première question est d’observer son biotope de croissance : sur un morceau de bois, sur un excrément, au sol, etc. La deuxième question est d’observer attentivement sa forme. L’architecture de l’ascome est importante et on en distingue principalement 3.

L’apothécie est un ascome en forme de coupe ou de disque. Les asques sont ainsi disposés à la surface de cette coupe et sont exposés directement à l’air libre. C’est typiquement le cas des pézizes.

Le périthèce est un ascome microscopique, sphérique, ovale ou en forme de bouteille, constitué d’une paroi et s’ouvrant vers l’extérieur par un ostiole ou une fente.

Périthèce en coupe longitudinale. Loupe binoculaire x40- - Photo : Gilles Weiskircher (Anab)

Périthèce en coupe longitudinale. Loupe binoculaire x40- - Photo : Gilles Weiskircher (Anab)

L’apothécie et le  périthèce sont ainsi des ascomes dit ouverts, où les asques s ont exposées à l’air libre.

Le cléistothèce est un ascome microscopique complètement clos, dans lequel les asques sont arrangés irrégulièrement et ne formant pas d’hyménium.  Le cléistothèce n’a pas d’orifice et doit se déchirer ou se désintégrer pour relâcher les ascospores.

 

Rappelons que certains ascomycètes ne forment pas d’ascome. Dans ce cas les asques sont justes disposées sur le support de croissance.

Lachnum brevipilosum, loupe binoculaire x40- Photo : Gilles Weiskircher (Anab)

Lachnum brevipilosum, loupe binoculaire x40- Photo : Gilles Weiskircher (Anab)

D’autres forment des excroissances qui transpercent l’écorce.

Diatrypella quercina- Photo : Gilles Weiskircher (Anab)

Diatrypella quercina- Photo : Gilles Weiskircher (Anab)

J : comment étudier un ascomycète au microscope ?

CM : Pour schématiser, il faut observer attentivement 5 points : les ornements type soies, les asques, les spores, les paraphyses et la texture du sporophore.

 

Point 1 Certains ascomycètes présentent des poils au niveau de leur sporophore. Leur étude microscopique est un élément d’identification.

Soies de Lachnum brevipilosum, microscopie x1000- Photo : Gilles Weiskircher (Anab)

Soies de Lachnum brevipilosum, microscopie x1000- Photo : Gilles Weiskircher (Anab)

Au préalable, pour les asques et les ascospores, on fait traditionnellement un montage dans un colorant spécifique, le Melzer. Ce colorant, à base d’iode, permet de révéler l’amyloidie (coloration bleu noir), la dextrinoïdie (coloration brun rouge) ou aucune coloration du tout. Le principe à retenir est que la présence d’une coloration est un élément d’identification.

Extrémité des asques amyloïde (bleu) chez Peziza repanda. Microscopie x1000 au Melzer- Photo : Gilles Weiskircher (Anab)

Extrémité des asques amyloïde (bleu) chez Peziza repanda. Microscopie x1000 au Melzer- Photo : Gilles Weiskircher (Anab)

Point 2 Les asques peuvent se disposer de deux façons dans un ascome : soit en formant un hyménium (les asques sont juxtaposées en palissade et forme un tissu), soit en ne formant pas d’hyménium. L’étude des asques passe par l’observation de 4 éléments.

D’abord le nombre de tuniques. L’asque est entouré de deux membranes ou tuniques. Il est dit bituniqué lorsque les membranes internes et externes sont bien définies,  unituniqué lorsque les deux membranes sont difficilement distinguables ou prototuniqué lorsque les membranes sont fugaces.

Ensuite, le type d’ouverture. Certaines asques présentent au sommet un opercule : c’est une languette dont l’ouverture permet la libération des spores. En cas d’absence on parle d’asque inoperculé. Dans d’autres cas,  les spores sont rejetées dans l’environnement suite à l’éclatement et même la désintégration de l’asque.

Opercule au sommet d’un asque. Microscopie x1000- Photo : Gilles Weiskircher (Anab)

Opercule au sommet d’un asque. Microscopie x1000- Photo : Gilles Weiskircher (Anab)

Ensuite si les asques sont bisériées (deux spores par rang) et/ou unisériées (une spore par rang)

Asques bisériées en haut, unisériées en haut chez Leotia lubrica. Microscopie x1000- Photo : Gilles Weiskircher (Anab)

Asques bisériées en haut, unisériées en haut chez Leotia lubrica. Microscopie x1000- Photo : Gilles Weiskircher (Anab)

Enfin, la base de l’asque et la présence ou l’absence d’un crochet (appelé aussi crozier)

Asque à crozier chez Leotia lubrica. Microscopie x1000 - Photo : Gilles Weiskircher (Anab)

Asque à crozier chez Leotia lubrica. Microscopie x1000 - Photo : Gilles Weiskircher (Anab)

Point 3 : la dimension, la forme des spores, leur ornementation sont des éléments dans l’identification. Ces spores peuvent présenter un réseau comme chez les truffes, être épineuses, avec des gouttes à l’intérieur (on parle dans ce cas de spores guttulées) par exemple.

Spores réticulées de Tuber uncinatum. Microscopie x1000 et spores guttulées de Leotia lubrica. Microscopie x1000- Photos : Gilles Weiskircher (Anab)
Spores réticulées de Tuber uncinatum. Microscopie x1000 et spores guttulées de Leotia lubrica. Microscopie x1000- Photos : Gilles Weiskircher (Anab)

Spores réticulées de Tuber uncinatum. Microscopie x1000 et spores guttulées de Leotia lubrica. Microscopie x1000- Photos : Gilles Weiskircher (Anab)

Point 4 Les paraphyses sont des hyphes stériles qu’on peut trouver dans l’hyménium. Leur fonction est d’exercer une pression sur les asques et favoriser l’éjection des spores. Leur morphologie est un élément d’identification.

Paraphyses septées chez Peziza micropus. Microscopie x1000 - Photo : Gilles Weiskircher (Anab)

Paraphyses septées chez Peziza micropus. Microscopie x1000 - Photo : Gilles Weiskircher (Anab)

Point 5 : la texture du sporophore. L’ascome est constitué d’un tissu fertile, l’hyménium, mais aussi d’un tissu de constitution, l’excipulum. Sa structure est un élément de détermination chez certains ascomycètes

Structure d’une apothécie. Microscopie x1000- lachnum virgineum - Photo : Gilles Weiskircher (Anab)

Structure d’une apothécie. Microscopie x1000- lachnum virgineum - Photo : Gilles Weiskircher (Anab)

J : que voulez-vous rajouter sur les Pezizomycotina ?

CM : outre que c’est l’une des 3 subdivisions des ascomycètes et qu’il regroupe la très grande majorité des ascomycètes, ils sont divisés en 11 classes, selon différents critères qu’on a vu précédemment.

 

CM : pour conclure sur les ascomycètes, c’est un groupe fascinant, très riche en diversité, avec une grande importance écologique, en phytopathologie, en alimentation, en biotechnologie, dans les domaines pharmaceutiques et médicaux. C’est un groupe contenant aussi bien des espèces très connues et populaires comme la morille que des espèces très discrètes. Mais qui s’intéresse à ce groupe découvre une grande richesse en biodiversité et des organismes très divers.

 

Texte, photos, et bibliographie : Gilles Weiskircher (Anab)



 FIN EPISODE  7(7.1et 7.2)

Rédigé par ANAB

Publié dans #champignons

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M
Effectivement, les photos sont d'une qualité remarquable, bravo !<br /> Pour avancer dans la détermination,il faut sans doute se référer à des clés de détermination basées sur les caractères microscopiques, sont elles accessibles ?
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N
Les photos microscopie x 1000 superbes.<br /> Des descriptions très pointues.<br /> Tu devrais donner des cours dans une faculté .<br /> Merciiii et bravo !!!
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G
Bonjour Martine,<br /> Effectivement les clés incluent des caractères microscopiques. On trouve les clés dans des monographies. C'est certes peu accessible au débutant mais neanmoins ils circulent dans la communauté mycologique. Suffit de demander
G
Merci Nicole. C'est très gentil d'apprécier