Et coule la Sarre. Partie 2

Publié le 6 Mars 2021

On s’est laissé bercer dans la partie 1 par la Sarre et ses rives abritant une riche biodiversité. Milieu tumultueux, en perpétuelle modification, on a cité un de ses arbres emblématique, le saule. C’est plus particulièrement de ces magnifiques arbres dont va traiter l’article aujourd’hui.

On compte près de 500 espèces de saules. Les plus communs au bord de la Sarre sont le Saule marsault (Salix caprea) et le Saule blanc (Salix alba). On sait que les ancêtres des saules poussaient déjà il y a des millions d’années au bord des rivières. Entre la rivière et le saule, c’est déjà une très longue histoire d’amour.

Photo  Gilles Weiskircher (Anab)

Photo Gilles Weiskircher (Anab)

Les saules sont, avec les peupliers, les arbres dominants des ripisylves, c’est-à-dire des forêts bordant les rivières et ce n’est pas un hasard si le saule est adapté à ces milieux turbulents. Ces arbres sont parmi les premiers à fleurir au printemps, les fleurs se présentant sous forme de chaton, comme les noisetiers. Les très nombreux fruits ensuite sont dispersés comme une pluie de neige par le vent et l’eau et ont la particularité de germer immédiatement, sans capacité de dormance comme les graines des autres arbres. Cette particularité leur permet de coloniser immédiatement toute surface de sédiment. C’est un arbre de croissance très rapide, avec un bois très souple, ce qui lui permet d’être flexible à la violence de l’eau sans pour autant se rompre. Ainsi le saule est un conquérant, parfaitement adapté à ce milieu tumultueux qu’est la rivière. La flexibilité de son bois et sa croissance rapide ont trouvés des applications chez l’homme qui demeurent encore prégnants dans nos paysages.

Photo  Gilles Weiskircher (Anab)

Photo Gilles Weiskircher (Anab)

Tout d’abord la vannerie avec l’osier, qui sont de jeunes pousses de saules taillées en hiver, pour confectionner des paniers par exemple. Un panier rond de trente centimètres de diamètre par exemple nécessite plus d'une centaine de brins de différentes longueurs. Les saules, appelés aussi osiers, étaient cultivés dans des oseraies à cet effet.

Photo  Gilles Weiskircher (Anab)

Photo Gilles Weiskircher (Anab)

Évoquons aussi les saules à trognes. La trogne, appelée aussi arbre têtard, témoigne d’un mode d’exploitation ancestral, remontant au Moyen Âge sinon avant, consistant en des tailles périodiques spécifiques, afin de fournir principalement du bois et du fourrage. À cette époque les paysans n’étaient pas propriétaires des sols qu’ils cultivaient et donc ne pouvaient abattre les arbres. Pour se procurer du bois, ils taillaient donc ces arbres en permanence pour exploiter les branches issues de la repousse. Les trognes ont été pendant des siècles une composante familière des haies présentes en paysage bocager. Si le trognage a presque disparu du fait de son inadaptation aux techniques agricoles actuelles, il constitue aujourd’hui un élément de patrimoine naturel paysager et culturel à préserver, perpétuant le savoir-faire de générations de paysans et servant maintenant de refuge a une incroyable biodiversité, des oiseaux et des insectes. Taillés de façon répétitive, la repousse des branches a donné naissance à des troncs boursouflés, évoquant des créatures fantastiques, témoins silencieux du temps qui passe.

Photo  Gilles Weiskircher (Anab)

Photo Gilles Weiskircher (Anab)

Les feuilles et l'écorce de saule sont connues depuis l'Antiquité pour ses vertus curatives. Les Sumériens utilisent les feuilles de saule en décoction comme antidouleur. En 1829, un pharmacien français, Pierre-Joseph Leroux, après avoir fait bouillir de la poudre d'écorce de saule blanc dans de l'eau, obtient des cristaux solubles qu’il baptise salicyline (du latin Salix). En 1853, un chimiste alsacien nommé Charles Frédéric Gerhardt réussit, à partir de la salicyline, à synthétiser l'acide acétylsalicylique qui est commercialisé en 1899 sous le nom d'aspirine.

 

Alors qu’en Orient le saule est associé à l’immortalité, il est plutôt associé à la mort, à de sombres présages. D’ailleurs chez nos voisins allemands, des sorcières habiteraient dans la cime des saules. Dans un conte de Grimm, on faisait des flûtes en bois de saule pour chasser le diable. Symbole féminin, lunaire, aquatique chez les celtes, la légende veut que c’est avec un brin d’osier que les sorcières nouaient les ramilles de Bouleau de leur balai au manche de frêne.

 

Il y aurait tant encore à dire sur cet arbre emblématique de la vallée de la Sarre et témoin du labeur des hommes. Puisant sa symbolique dans les mythes fondateurs de notre identité, il constitue un patrimoine naturel et intemporel à respecter et à protéger.

 

Texte, photos, et bibliographie : Gilles Weiskircher (Anab)



Lire le précédent article:

Et coule la Sarre. Partie 1 

Rédigé par ANAB

Publié dans #Paysages, géologie de notre région

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