Le gyromitre fausse morille

Publié le 10 Avril 2021

Le gyromitre fausse morille (Gyromitra esculenta) Photo : Gilles Weiskircher (Anab)

Le gyromitre fausse morille (Gyromitra esculenta) Photo : Gilles Weiskircher (Anab)

 

Nom scientifique :  Gyromitra esculenta (Persoon) Fries (1849)

Origine du nom : du grec ancien gyros (anneau, cercle) et mitra (bandeau)

Noms vernaculaires ou étrangers : fausse morille

 

Date et lieu de l’observation:  5 avril 2021 à Sturtzelbronn


Classification et famille: Division des Ascomycota, Famille des Discinaceae


 

Le gyromitre fausse morille (Gyromitra esculenta) Photo : Gilles Weiskircher (Anab)

Le gyromitre fausse morille (Gyromitra esculenta) Photo : Gilles Weiskircher (Anab)

Pied : court, sillonné, blanc

 

Odeur : épicée et agréable

Spores fusiformes, lisses avec deux guttules (gouttes)
 

Habitat: plutôt collinéen à montagnard, acidophile, à proximité des conifères, généralement dans les forêts de pins, de février à mai

 



Statut et protection : il classé Znieff en Lorraine. Les ZNIEFF , Zones Naturelles d’Intérêt Écologique Faunistique et Floristique ont  pour objectif d’identifier et de décrire des secteurs présentant de fortes capacités biologiques et un bon état de conservation

Spores dans une asque et spores biguttulées ((en microscopie x1000))  Le gyromitre fausse morille (Gyromitra esculenta) Photo : Gilles Weiskircher (Anab)
Spores dans une asque et spores biguttulées ((en microscopie x1000))  Le gyromitre fausse morille (Gyromitra esculenta) Photo : Gilles Weiskircher (Anab)

Spores dans une asque et spores biguttulées ((en microscopie x1000)) Le gyromitre fausse morille (Gyromitra esculenta) Photo : Gilles Weiskircher (Anab)

Consommation:  mortel

 

Le gyromitre (le ou la, ça n’a pas d’importance puisque les deux genres sont autorisés) est un champignon qui chaque année au printemps fait couler de l’encre. N’a-t-il pas la mauvaise idée de pousser au printemps quand poussent les morilles, très prisées des mycophages. Et chaque année il y a des confusions entre gyromitre et morille. A y regarder de près les différences sont évidentes. Déjà le biotope, un sol calcaire perturbé pour les morilles, un sol acide pour le gyromitre. Et ensuite la forme du chapeau, avec des circonvolutions pour le gyromitre et des alvéoles pour la morille. Ainsi un simple examen minutieux permet sans trop de difficultés de le distinguer. Le gyromitre, pour schématiser, est une cervelle sur pied.

Mais c’est sur un autre sujet que ce champignon fait polémique. Autrefois (dans les années 1970) considéré comme comestible, il a provoqué des accidents mortels ces dernières années sans qu’on sache l’expliquer. Jusqu’à ce qu’on découvre une toxine contenue dans le champignon, la gyromitrine, qui lèse le foie et les reins, également les globules rouges, se traduisant par des vomissements, nausées, des délires, convulsions, et même la mort. Bref, un charmant tableau clinique qui n’ouvre pas l’appétit. Cette fameuse toxine est transformée dans le corps de celui qui mange le champignon en méthylhydrazine. Derrière ce nom barbare se trouve une toxine cancérigène, qui est même utilisée comme carburant de propulsion spatiale. En bref, le gyromitre a tout pour vous entraîner dans les hautes sphères sans forcément avec le ticket retour.

Certes, certes, cette toxine serait détruite partiellement par la chaleur, la dessiccation mais en combien de temps, à quelle température ? Et encore, ce point n’est pas très clair si vraiment ces traitements rendent le champignon sûr. Pour moi, personnellement, ça fait beaucoup de conditionnel avec lequel jouer son futur. Comme toute la communauté mycologique, j’en déconseille très fortement la consommation.
 

Mais évidemment, ce n’est pas sans compter sur les fossiles de la mycophagie qui en sont toujours restées dans les années 1970 et qui vous serviront leur phrase fétiche « ça fait 50 ans que j’en mange et je suis toujours là ! » Vous pouvez toujours tenter de leur expliquer qu’il existe des intoxications lentes, une sensibilité individuelle, que la mycologie est une science en évolution. Si vous échouez, fuyez et faites confiance à Darwin qui reconnaîtra les siens, à moins que la cervelle sur pied passe de ce dernier à leur tête.

Blague à part, c’est l’occasion de rappeler de bonnes pratiques en mycologie :

- la mycologie est une science. Comme chaque science, son corpus de connaissance évolue, se remet en question. Donc, il faut se tenir au courant de ces évolutions. On ne va pas demander au néophyte d’être à jour dans la phylogénie du groupe des telamonia parmi les cortinaires ; une bonne pratique est au minimum d’avoir un guide d’identification récent, à jour. Dans l’exemple du gyromitre, vous le trouverez en comestible dans d’anciens guides alors que ce n’est plus le cas. Je peux comprendre que vous ayez la nostalgie de votre vieux guide transmis depuis la nuit des temps au sein de votre famille, dans ce cas conservez-le pour les images et oubliez la partie cuisine.

- le point précédent appelle à la modestie et l’humilité (des qualités que possèdent tous les bons mycologues), devant des connaissances en perpétuelles évolutions. J’aurais un bon conseil de survie à vous donner. Si vous croisez des gens avec des phrases toutes faites, des litanies du genre « je les ramasse depuis 50 ans, etc. », vous avez devant vous un morceau de l’histoire. Pour la progression, il faudra voir ailleurs. Je ne dis pas que l’expérience multi-séculaire de l’aïeul du hameau qui connaît le bois comme sa poche et tous les champignons possibles n’est pas sans intérêt, néanmoins il ne faut pas oublier d’y rajouter un peu d’esprit critique, de remise en question. C’est une clé de survie.

 

Texte, photos, et bibliographie : Gilles Weiskircher (Anab)

Source : Les champignons d’Europe tempérée, volume 2 (Laessoe et Petersen, Biotope Éditions, 2020)


 

Rédigé par ANAB

Publié dans #champignons

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B
Je rajoute on peut manger tous les champignons, mais certains qu'une fois!
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G
Prudence aussi avec les morilles, toxiques crues
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