Eloge du martinet, l’oiseau qui ne dort (presque) pas…

Publié le 12 Juin 2021

 Envol d'un oiseau, martinet

Envol d'un oiseau, martinet

Paru sur Lavie le 4/5/2021

Ce matin du début du mois de mai, je les ai vus pour la première fois. D’abord des cris stridents, perçants (srriiir !) dans le ciel, puis des flèches noires qui passent à toute vitesse largement au-dessus des toits en zincs et cheminées. Un vol qui fait des sortes de grand huit en boucle, répétés à l’infini. Oui, dans ce quartier populaire du 14e arrondissement de Paris, où les vieux immeubles sont encore nombreux, offrant des aspérités pour établir des nids, les martinets sont de retour, venus d’Afrique où ils ont hiberné pendant huit mois.

Une intense émotion

Quand est-ce que je les ai découverts pour la première fois ? Peut-être il y a une vingtaine d’années, au début des années 2000, quand, un soir de printemps, je me trouvais sur la terrasse, au 6e étage de mon nouvel appartement en train d’observer le ciel. Avant, je logeais au 1er étage d’un immeuble où il fallait se tordre le coup pour apercevoir un bout de ciel. Là tout d’un coup, je profitais de la vue, des nuages, des couchers et des levers de soleil.

Je voyais aussi les traces des avions qui se posaient au loin vers le Sud de la région parisienne à Orly. Mais c’est la vision des martinets, leur ballet tournoyant chaque soir à la tombée de la nuit, qui a changé véritablement ma perception de l’espace et du temps. Difficile de dire pourquoi exactement, mais leur façon de voler provoque en moi une intense émotion. Je les guette désormais chaque année, lorsqu’ils arrivent fin avril /début mai et repartent, invariablement, début août.

Trois espèces principales de martinets

Pour mieux les comprendre, je me suis procuré tout d’abord « Le guide ornitho » des Editions Delachaux et Niestlé (32 euros) – la bible des ornithologues qui depuis sa parution en 1999 a été traduit en 14 langues et vendu à plus de 700 000 exemplaires.

C’est là que j’ai appris qu’il y avait trois espèces principales de martinets : le martinet noir (apus apus), celui qu’on voit dans les villes et les villages ; le martinet à ventre blanc (apus melba) un peu plus grand et qui niche dans les parois rocheuses au climat chaud ; le martinet pâle (apus pallidus) qui niche dans les falaises maritimes.

Surtout, le guide ornitho indiquait que ces petits oiseaux aérodynamiques - ils pèsent à peine 40 grammes - aux longues ailes pointues en lame de faux ont des pattes atrophiées ne leur permettant pas de se percher, contrairement aux hirondelles qui appartiennent à une autre espèce. Et donc qu’en dehors de la période de nidification, les martinets sont presque toujours en train de voler !

Une altitude de 2000 à 3000 mètres

Ainsi, c’est un ornithologue suisse, Emil Weitnauer, qui de 1948 à 1955, consacra une large partie de son activité à l’étude du martinet noir. Féru d’aviation et de radars, il effectua plusieurs vols de nuit pour prouver que les martinets passaient leur nuit dans les airs.

Puis, en 2016, Anders Hedenström, biologiste de l’université de Lund en Suède publia une étude dans la revue « Current Biology », utilisant les données transmises par de petits récepteurs attachés à 13 martinets, prouva, de façon définitive, que ces oiseaux se posaient seulement pendant deux mois de l’année au moment de la reproduction.

« Chaque jour, au crépuscule et à l’aube, les martinets noirs montent jusqu’à une altitude de 2000 à 3000 mètres à la limite de la stratosphère et donc de l’oxygène, note Anders Hedenström. Ils dorment peut-être quand ils planent pour descendre, mais nous n’en sommes pas sûr ».

Entre 800 et 1000 kilomètres chaque jour

En fait, de plus en plus de scientifiques pensent désormais que chez cet oiseau hors du commun, en vol une moitié de leur cerveau reste en veille pendant que l’autre se repose ! Ainsi, le bimestriel La Salamandre, revient, dans un numéro spécial qui lui est consacré à « cet oiseau qui ne s’arrête jamais ! ».

Un dossier captivant illustré par de nombreuses photos prises par des ornithologues amateurs, notamment en Suisse. Où l’on apprend qu’un martinet peut voler jusqu’à 110 km/h pendant ses rondes sonores territoriales et capturer, avec son gosier grand ouvert, jusqu’à 10000 petites bêtes par jour, soit un véritable plancton d’insectes.

Car, de l’énergie (et du courage), il en a besoin cet oiseau, qui peut vivre jusqu’à 21 ans, pour parcourir entre 800 et 1000 kilomètres chaque jour ! Dont une infirme partie dans le ciel du 14e arrondissement. Pour mon plus grand bonheur.

Pour en savoir plus :  Le numéro 263 (avril/mai 2021) de l’excellente revue bimestrielle naturaliste « La Salamandre » consacre un dossier de 25 pages au martinet. Uniquement sur abonnement (www.salamandre.org). À noter aussi que « La Hulotte » avait consacré aussi son numéro 78 au martinet noir. 
La Ligue de protection des oiseaux (LPO) vient également de lancer une campagne pour préserver l’habitat urbain des martinets : https://www.lpo.fr/faites-un- don/les-voltigeurs-de-l-ete- sont-en-danger

Rédigé par ANAB

Publié dans #Oiseaux

Commenter cet article
C
Bonjour Roland,<br /> <br /> Merci pour ce bel article,.<br /> Oui ,si je devais renaître un jour sous forme d'animal ( métempsycose ) et si j'avais le choix de l'animal , je choisirai sans hésitation de renaître en Martinet,et ce malgré la pollution de l'air et les ondes délétères.Il fait rêver ce beau martinet.
Répondre
A
Bonjour Christian, merci de ce commentaire très affectueux envers le martinet. Cet oiseau fait rêver. Je comprends que tu veilles renaître en martinet !!!