Chenille processionnaire, tigre du platane : pourquoi ces insectes envahissent-ils nos régions ?

Publié le 5 Juillet 2021

Chenille processionnaire, tigre du platane : pourquoi ces insectes envahissent-ils nos régions ?
paru sur OuestFrance le 22/6/2021

En Île-de-France, dans le Grand Est, la présence de nombreux insectes envahissants, notamment les chenilles processionnaires, n’est pas passée inaperçue. Mais comment expliquer leur prolifération ? Deux entomologistes nous donnent quelques explications.

Depuis le printemps, synonyme du retour des beaux jours, les chenilles processionnaires font elles aussi progressivement leur come-back dans les jardins et les forêts. Mais comme annoncé par Le Parisien début avril, ces dernières sont de plus en plus nombreuses depuis les années 1990.

Selon BFMTV, un autre insecte serait également largement présent en Ile-de-France en ce début d’été : le tigre du platane. Une espèce de punaise qui, comme son nom l’indique, vit sur les platanes.

Mais comment expliquer la présence accrue de ces espèces à cette période de l’année, et leur prolifération ? Éléments de réponse avec Étienne Herrbach, chercheur entomologiste de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) et de Nicolas Moulin, entomologiste indépendant.

Un retour en nombre des insectes envahissants

Vous en avez peut-être récemment aperçu dans votre jardin ou lors d’une balade en forêt : des chenilles qui forment une chaîne et qui se baladent, sur le sol ou le long d’un arbre. Dans le Grand Est, le retour des chenilles processionnaires a été remarqué, et a même valu à certaines municipalités de prendre des mesures d’urgence.

Comme le rapporte la chaîne LCI, la ville de Faulquemont a notamment dû faire fermer temporairement une école, vendredi 18 juin, à cause de la présence trop importante de ces chenilles aux poils urticants.

Les poils des chenilles processionnaires peuvent causer des crises d’urticaire

Les poils des chenilles processionnaires peuvent causer des crises d’urticaire

Les beaux jours favorisent leur retour

Pour les spécialistes, si ces insectes sont aujourd’hui plus nombreux qu’ils ne l’ont été, cela s’explique par diverses raisons. Le premier facteur : le climat. Le tigre du platane, passe notamment toute la période hivernale caché.

« Il y a une question de saisons, explique Étienne Herrbach, entomologiste à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, à Colmar. Le tigre du platane est un insecte piqueur-suceur, comme ceux qu’on peut trouver dans les vignes, sur les betteraves… Il passe l’hiver sous l’écorce des platanes. » Vers le mois d’avril, il migre vers les feuilles. Les femelles y pondent, et l’insecte se nourrit dans les feuilles de l’arbre, qu’il détériore, y laissant de nombreux trous. Les chenilles processionnaires, sortent également de leurs nids lors du retour des beaux jours.

Un manque de prédateurs

Pour Nicolas Moulin, entomologiste indépendant depuis plus de 15 ans et attaché honoraire au Muséum national d​’Histoire naturelle de Paris, la prolifération de ces insectes est une cause directe de l’influence de l’être humain sur Terre. Leur présence accrue refléterait un manque de prédateurs naturel pour ces insectes. « L’être humain a un impact sur la chaîne des prédateurs, détaille-t-il. L’être humain limite la présence des prédateurs par l’usage de produits phytosanitaires, par nos moyens de locomotion, notre urbanisation. »

Le spécialiste prend l’exemple des oiseaux, qui, pour certains, se nourrissent de chenilles. « Aujourd’hui, on a un impact sur le déclin des oiseaux, en Ile-de-France notamment. Or les mésanges se nourrissent énormément de chenilles. » Une cause directe de la prolifération des processionnaires en Ile-de-France ? Possible.

Pour le tigre du platane, l’espèce a directement manqué de prédateurs, comme le rappelle Étienne Herrbach : « C’est une punaise invasive arrivée d’Amérique du Nord dans les années 70. C’est un insecte introduit, qui n’avait donc pas d’ennemi naturel à son arrivée. »

Une larve de chrysope (à droite) attaque un tigre du platane (à gauche).

Une larve de chrysope (à droite) attaque un tigre du platane (à gauche).

Un danger pour l’homme ?

Les insectes sont plus nombreux, certes, mais représentent-ils un danger pour l’être humain. Aucunement, selon les deux spécialistes interrogés. Le tigre du platane « n’a pas d’effet sur l’homme », assure Étienne Herrbach, qui recommande simplement d’éviter de garer sa voiture sous les platanes. « Les gouttelettes de miellat rejetées par ces insectes peuvent attaquer la peinture des véhicules. » En Ile-de-France, quelques personnes ont tout de même rapporté avoir souffert de démangeaisons à son contact.

C’est bien connu, mais les chenilles processionnaires peuvent, elles, causer davantage de tort aux humains. « Elles ont de bons moyens de défense, fait remarquer Nicolas Moulin. Leurs poils urticants peuvent engendrer des réactions allergiques chez nous. » Démangeaisons, maux de gorge, conjonctivite… Des effets multiples que l’Agence Régionale de Santé du Grand Est a tenu à rappeler dans une fiche de prévention sanitaire à destination des particuliers.

Alors attention à bien éviter le contact avec ces insectes, qu’on peut trouver partout en France : « Il y a différents types de chenilles, mais les processionnaires se trouvent sur des arbres communs en France, le chêne, ou le pin », conclut Nicolas Moulin.

Rédigé par ANAB

Publié dans #Insectes de chez nous, #Pollution-pesticides

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