L'Orchis moustique

Publié le 20 Juin 2021

Orchis moustique, Gymnadène à long éperon, Gymnadénie moucheron, Orchis moucheron, (Gymnadenia conopsea)
Orchis moustique, Gymnadène à long éperon, Gymnadénie moucheron, Orchis moucheron, (Gymnadenia conopsea)

Orchis moustique, Gymnadène à long éperon, Gymnadénie moucheron, Orchis moucheron, (Gymnadenia conopsea)

Les orchidées sont des plantes emblématiques qui illuminent le printemps. Elles vont presque toutes disparaitre pendant l’été sauf en montagne.
Voici l’une des dernières à fleurir chez nous. Elle est fréquente en Meuse, Meurthe et Moselle mais peu présente dans notre région.
Roland


Nom scientifique : Gymnadenia conopsea (L.) R.Br., 1813

Origine du nom: du grec  « gymnos », qui  signifie, nu et « aden » «glande» allusion à l’absence de bosses au niveau des nectaires de la fleur et de « konops », moustique sans doute parce que son éperon ressemble au « bec suceur » du moustique.

Autres noms communs : Gymnadène à long éperon, Gymnadénie moucheron, Orchis moucheron,


Nom commun allemand/ dialecte : Mûcken-Hândelwurz, Landspornige Handwurz

Nom anglais : Fragrant orchid

Date de l’observation: 14 mai à Thal Drulingen (67)

Famille de plantes : celle du phalaenopsis, l’orchidée des grandes surfaces et jardineries, de la vanille exotique et du très rare sabot de Vénus. C’est la famille des Orchidées. Les orchidées sont d’après les scientifiques des plantes très évoluées. Elles investissent tous  les milieux en particulier les milieux secs et les milieux très humides. Il en existe près de 30 000 espèces. Elles sont menacées car  peu résistantes à la pollution et sont quelquefois pillées.

Une des particularités des orchidées est leur vie en symbiose avec un champignon.
Elles ont besoin de trouver dans le sol ce champignon avec lequel elle vont s’associer. Il leur est indispensable pour faire germer  leurs  graines. Celles-ci sont microscopiques, presque dépourvues des réserves contrairement à la plupart des graines des autres plantes. C’est sans doute au fur et à mesure du développement de leur symbiose avec les champignons qu’elles ont perdu la faculté de développer des graines avec réserves. De ce fait, elles ont un  besoin impératif du mycélium émis par ce champignon « compagnon ». Ce fin filament, puise des nutriments minéraux dans le sol pour sa croissance et  les partage avec l’orchidée, cela s’appelle une mycorhize mais beaucoup d’entre vous connaisse déjà ce terme.
Notre orchidée est de type « conciliante ». Elle accepte plusieurs types de champignons
s dans les familles des  Tulasnellaceae, Ceratobasidiaceae and Pezizales  (informations destinées à  nos lecteurs mycologues !).

Grâce à ses apports, la graine va pouvoir germer et développer ses  premières racines et feuilles.  Le champignon mycorhizien est très sensible aux changements d’acidité des sols provoqués par des apports de lisier et d’engrais chimiques ainsi qu’aux pesticides.
C’est pour cette raison que les orchidées sont si sensibles à la pollution par les  fongicides, herbicides  et les  engrais même à faible dose pour certaines.


Les orchidées de notre région sont en voie de disparition. Leurs milieux, coteaux secs et zones humides disparaissent. De plus, les pratiques d’agriculture intensive avec engrais et fumures détruisent ce champignon microscopique.
Les fauchages de prairies et zones herbeuses trop précoces (avant juillet et août) interdisent leur production de graines  et sont une autre cause de leur disparition.


Description: plante vivace de taille élevée  avec des fleurs en épis

Hauteur: 20 à 60 cm

Tiges et racines: tige unique, ronde, feuillée. Sa racine est formée de deux bulbes de 1 à 3.5 cm. Le bulbe actif  va grossir durant la belle saison en accumulant des réserves. Au début de l’année suivante ce bulbe  va servir à faire croitre les feuilles et la tige et un nouveau bulbe adjacent va apparaitre.

Feuilles: de  forme lancéolées et étroites, dressées, de couleur vert tendre à bleuâtre (glauque). Leur  longueur atteint 10 cm pour une largeur de 1 à 2 cm. Les feuilles inférieures entourent les tiges (engainantes).


 

Orchis moustique, Gymnadène à long éperon, Gymnadénie moucheron, Orchis moucheron, (Gymnadenia conopsea)
Orchis moustique, Gymnadène à long éperon, Gymnadénie moucheron, Orchis moucheron, (Gymnadenia conopsea)
Orchis moustique, Gymnadène à long éperon, Gymnadénie moucheron, Orchis moucheron, (Gymnadenia conopsea)
Orchis moustique, Gymnadène à long éperon, Gymnadénie moucheron, Orchis moucheron, (Gymnadenia conopsea)
Orchis moustique, Gymnadène à long éperon, Gymnadénie moucheron, Orchis moucheron, (Gymnadenia conopsea)
Orchis moustique, Gymnadène à long éperon, Gymnadénie moucheron, Orchis moucheron, (Gymnadenia conopsea)

Orchis moustique, Gymnadène à long éperon, Gymnadénie moucheron, Orchis moucheron, (Gymnadenia conopsea)

Floraison: mars à juillet.

Couleur des fleurs: les fleurs dressées forment  une inflorescence serrée  de nombreuses fleurs (20 à 60) sans pétiole.  Elles sont de couleur rose-violacé et parfumées. La substance aromatique est l’eugénol. Pour mieux vous en faire une idée, il suffit de savoir que l’eugénol est la substance aromatique principale du clou de girofle. Comme la concentration est ici bien moins importante, l’odeur est très agréable.

Le labelle, la partie basse de la fleur est divisé en 3  lobes presque égaux avec le lobe central incolore. La partie haute est formée par les pétales soudés en casque au-dessus des organes de reproduction. Les étamines sont soudées en deux petites boules jaunes, les pollinies, visibles sous le casque. Elles vont être mûres avant l’ouverture de la fleur. Le pollen  ne pourra pas féconder les parties femelles de sa propre fleur. Transporté par les insectes, il va féconder les parties femelles d’autres plantes visitées déjà mûres pour la fécondation.
Ce système  est largement répandu chez les plantes pour mieux croiser les gènes et éviter la dégénérescence des espèces.

L’arrière de la fleur se prolonge  par un long éperon très fin caractéristique. L’ouverture très petite de moins d’un 1 mm de diamètre est réservée aux seuls papillons de jour et de nuit.
De petites feuilles linéaires ou bractées sont présentes à la base des fleurs.


Pollinisation : elle est réalisée par des papillons de nuit comme le Petit sphinx de la vigne (Deilephila porcellus), le Sphinx du colibri (Macroglossum stellatarum), le Y argenté (Autographa gamma), le Laiton bruni (Diachrysia chrysitis) et de jour comme la Belle-Dame (Vanessa cardui),
 

Attractivité et odeur de l’Orchis moustique
Des chercheurs (Franz Huberand and all) ont étudié la composition des odeurs de cette orchidée et de sa cousine, Gymnadenia odoratissima, la Gymnadenie odorante. Une analyse complexe par chromatographie gazeuse et spectrométrie de masse a révélé 45 composants chez l’orchis moucheron  (44 chez G. odoratissima) . Pour déterminer lesquels sont attractifs des essais ont été faits en plein champ. Les substances ont été testées seules ou en mélange.
Seules trois substances sont attractives chez l’Orchis moucheron : le benzyl- acétate, l’eugénol, le benzoate d’éthyle  mais 7 chez sa cousine.
Les chercheurs ont ainsi attiré dans leurs filets, 8 pollinisateurs de 5 familles de papillons pour l’Orchis moucheron mais 37 pour la G. odoratissima.
Points remarquables, les odeurs émises sont différentes et présentent des variations selon le jour et la nuit. Au final, aucun  pollinisateur n’est commun aux deux orchidées pourtant proches parentes.
On peut en conclure que les plantes ont évolué parallèlement en sélectionnant chacune d’autres pollinisateurs.
 


Confusion : l’Orchis moucheron, Gymnadenia conopsea,  ressemble à d’autres orchidées de couleur rouge  mais celle-ci est très gracile.
Il existe d’autres espèces très voisines, Gymnadenia odoratissima, à odeur de vanille plus présente dans les zones humides,  Gymnadenia densiflora  à feuilles en rosette et épis très denses, et Gymnadenia pyrenaica, à long éperon.
Ces espèces sont presque identiques au niveau génétique. Elles peuvent s’hybrider mais cela reste rare et localisé car les milieux et les périodes de floraison diffèrent aussi.
La séparation en espèces différentes reste donc d’actualité.

Fruits : la gousse après fécondation va se remplir de nombreuses et minuscules graines de moins de 0.3 mm. Chaque gousse peut contenir plusieurs dizaines de milliers de graines. Au final, entre trouver le bon filament  de champignon, le bon sol, et la bonne exposition, seule une graine sur un million germera et pourra développer une plante viable.


Habitat : sols surtout calcaires, prairies et pâturages maigres, lisières et zones detrempées.

Protection : ne pas ramasser, car elle reste rare. Elle est classée « vulnérable » VU ou protégée dans plusieurs  régions (Bretagne, Corse, Ile de France, Limousin, Poitou-Charentes, Pays-de-Loire) et «  préoccupation mineure »  ou LC,  ailleurs, mais ses habitats régressent rapidement.
Plante déterminante Znieff dans de nombreuses régions.
Les ZNIEFF , Zones Naturelles d’Intérêt Écologique Faunistique et Floristique ont  pour objectif d’identifier et de décrire des secteurs présentant de fortes capacités biologiques et un bon état de conservation.


Ravageurs : les cervidés et limaces sont les principaux ravageurs de cette orchidée, mais aussi les promeneurs ignorant la rareté de cette orchidée.

Utilisation médicinale : Utilité alimentaire:
Aucune des croyances anciennes leur attribuant des vertus aphrodisiaques n'est avérée. Ces croyances ont contribué à une cueillette excessive et provoqué leur raréfaction.

 


Photos, texte Roland Gissinger (Anab)  Relecture Bernard Weinzaepflen


Sources bibliographiques voir index biodiversité

https://link.springer.com/article/10.1007/s00442-004-1750-9


https://www.researchgate.net/publication/320988825_The_Pollination_of_European_Orchids_Part_6_Nectar_As_Attractant_Gymnadenia_conopsea_and_Neottia_ovata
 

 la Gymnadenie odorante (Gymnadenia odoratissima,)- Griesalp (Suisse)
 la Gymnadenie odorante (Gymnadenia odoratissima,)- Griesalp (Suisse)

la Gymnadenie odorante (Gymnadenia odoratissima,)- Griesalp (Suisse)

Rédigé par ANAB

Publié dans #Biodiversité de notre région, #Fleurs roses

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B
Comme quoi, une odeur n'en vaut pas une autre...comme chez les humains.<br /> Magnifique photos !
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A
Merci Bernard