Le nœud gordien ou nématomorphe

Publié le 26 Juin 2021

Date et lieu de l’observation : à Zetting, dans une flaque d’eau, le 5 juin 2021

Le nœud gordien ou nématomorphe - photo Gilles Weiskircher (Anab)

Le nœud gordien ou nématomorphe - photo Gilles Weiskircher (Anab)

De loin, on dirait un spaghetti, emmêlé jusqu’à faire des nœuds compliqués. L’apparence est trompeuse mais c’est moins appétissant lorsqu’on sait qu’il s’agit en réalité d’un nématomorphe, une famille de vers rond.

 

Les nématomorphes se présentent  sous forme de long spaghetti, leur tête étant de même diamètre que leur corps, à savoir de 0,5 à 2,5 mm, pour une longueur totale qui peut varier entre 10 et 70 cm. La femelle est plus longue que le mâle et les accouplements de ces vers tournent rapidement à l’orgie, pouvant donner lieu à la formation d’un véritable plat de spaghettis grouillant et savamment emmêlé à la manière d’un nœud gordien, d’où le surnom de « ver gordien ».


Classification : Infra-Règne des Prototomia Famille des Nectonematidae

Nom scientifique :Nematomorpha s.

Le nœud gordien ou nématomorphe - photo Gilles Weiskircher (Anab)

Le nœud gordien ou nématomorphe - photo Gilles Weiskircher (Anab)

Le cycle de reproduction de ce ver est digne d’un film d’horreur. Leur larve vit en parasite d’un autre animal, souvent un insecte, principalement des grillons et des sauterelles. Elle pénètre dans le corps de son hôte à l’aide de sa trompe munie de crochets qui lui sert de bouche et se développe, se nourrissant de l’intérieur, dévorant peu à peu toute leur masse adipeuse tandis qu’elle se développe sous forme d’un long filament qui finit par quitter l’enveloppe passablement dépouillée mais encore vivante de son hôte, généralement en perforant de l’intérieur son apex abdominal jusqu’à se transformer en individu filiforme qui finit par sortir car son stade adulte vit plutôt en milieu aquatique.

 

Ce ver vit dans l’eau et pour se reproduire il doit changer de milieu. Se pose donc un double problème, celui de trouver un insecte hôte mais également retourner dans le milieu aquatique, surtout si on est hébergé par un insecte qui n’aime pas forcément l’eau. Les nématomorphes sont en réalité de dangereux manipulateurs. Il va manipuler son cerveau pour forcer l’insecte à sauter de lui-même dans la mare qui est pour le ver gordien la délivrance tant attendue qui lui permet de rejoindre le milieu aquatique désiré. En d’autres termes, il le force à se suicider par noyade. Ce ver est encore plus malin car si par malchance pour lui l’insecte est gobé par une grenouille ou un poisson, il est capable de s’extirper du cadavre de l’insecte malencontreusement gobé, en remontant par le tube digestif de son prédateur puis en ressortant par le premier orifice venu, bouche, narine ou branchie.

 

Une fois sorti de son hôte garde-manger, le ver gordien ne peut plus se nourrir et sa seule obsession est donc l’accouplement. Le mâle n’y survivra pas et meurt d’extase ou d’épuisement tandis que la femelle expire à son tour en se vidant de ses œufs.

 

Les jeunes larves à peine écloses sont généralement avalées par une phrygane, un petit insecte volant mais dont la larve vit en milieu aquatique, généralement protégée par un fourreau tissé sur lequel viennent se coller des petits débris formant une sorte de blindage. Devenues adultes, les phryganes ainsi parasitées servent à leur tour de proie à d’autres insectes gloutons dont les grillons ou les sauterelles qui se font ainsi parasiter à leur insu avant d’être poussés au suicide sous l’effet de leur hôte manipulateur. Le cycle est bouclé.

 

On connaissait les champignons manipulateurs de fourmis, certains vers parasites ne manquent pas de ressources non plus. En matière de manipulation mentale, l’homme ne détient pas le monopole.

 

Conseil de lecture : https://carnouxprogres.wordpress.com/2020/05/16/le-ver-spaghetti-manipulateur/

 

 

 

Texte, photos, et bibliographie : Gilles Weiskircher (Anab)

Rédigé par ANAB

Publié dans #Biodiversité de notre région

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J
Le terme Nematomorpha désigne un embranchement qui regroupe plusieurs sous-catégories. Il n'est pas le nom scientifique de l'animal en lui-même.
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G
Bonjour Jim<br /> Merci pour votre lecture vigilante. Le point va être corrigé
G
C'est décidé, j'arrête les spaghetti ! :D Cela dit, ce cycle rappelle celui de la douve du foie... <br /> Merci pour ce documentaire intéressant !
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K
Merci Gilles, instructif ... ceci me fait penser aux Virus dont les brins d'ARN ou ADN commandent nos cellules pour pouvoir se multiplier et qui au fil de l'évolution ont intégré notre ADN ( 8 % de notre ADN est d'origine virale) jusqu'au développement des mammifères avec la formation d'un placenta puis du mécanisme de non -rejet de l'embryon pour femelle gestante. L'Evolution est grandiose !
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G
Merci Karine.<br /> Effectivement le parasitisme évolue souvent vers un ultra parasitisme où les partenaires finissent par coexister ensemble.
L
Berk!
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G
Ce n'est évidemment pas comestible
J
Encore mieux que « alien » Les cycles parasitaires sont souvent dans ce genre assez horrible.
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G
Bonsoir JpL<br /> C'est effectivement un scénario assez gore. Alien n'a rien inventé
B
Stupéfiant !<br /> la nature n'a pas fini de nous étonner par tous ses aspects, même les plus cruels.<br /> Merci
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G
Bonsoir Bernard<br /> Merci de ton commentaire. Cruel ou amorale, le vivant ne manque pas d'imagination pour se perpétuer
R
Un peu dég... mais très instructif Merci Gilles
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G
Merci Roland
A
Très intéressant. Merci
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G
Merci Alain