Enquête mycologique, épisode 27, Hypholoma lateritium - Hypholome couleur de brique

Publié le 16 Octobre 2021

Identifier un champignon n’est pas chose aisée au premier abord et c’est pourtant une démarche essentielle pour éviter toute fâcheuse méprise qui peut devenir fatale si on consomme un champignon toxique ou mortel. L’enquêteur de la brigade d’identification des champignons apprécie tout particulièrement d’arpenter les forêts pour recenser tous les gangs fongiques qui s’y trouvent.

 

Scène du crime

 

Nous sommes le 8 octobre 2021, dans la forêt de Siltzheim. L’automne est sec et les matinées bien fraîches. Des conditions peu propices à la sortie des gangs fongiques. Néanmoins, l’enquêteur ne connaît jamais le repos puisque rapidement un suspect est pris en flagrant délit de gloutonnerie

Hypholome couleur de brique (Hypholoma lateritium) Gilles Weiskircher (Anab)

Hypholome couleur de brique (Hypholoma lateritium) Gilles Weiskircher (Anab)

Arme du crime

 

Le champignon pousse sur une souche de hêtre. Aucun doute possible qu’il s’agisse d’un champignon saprophyte. Un autre élément important est qu’il pousse en touffe. On dit qu’il est grégaire. Un autre point est que cette touffe est compacte, formant comme un épais bouquet. Ce point est désigné par le mot cespiteux.

 

Profil du suspect

 

La morphologie du champignon est classique, avec un pied et un chapeau. Il est de taille moyenne. Le chapeau est de couleur rouge brique, avec des lames grisâtres lilas. Pas d’ornements remarquables sur le dessus du chapeau (flocon, écaille) ni sur le pied (anneau, volve). Les lames touchent le pied et sont adnées. La saveur est légèrement amère, pas d’odeur caractéristique. Un point important également est le bord du chapeau qui présente de petits flocons de couleur brun violet. Cette couleur oriente déjà vers la future couleur de sporée. A ce stade, avec des lames adnées et une sporée à teintes violacées, notre enquêteur soupçonne déjà fortement un membre du gang des strophaires.

Lambeaux de voile sur le bord du chapeau-  Hypholome couleur de brique (Hypholoma lateritium) Gilles Weiskircher (Anab)

Lambeaux de voile sur le bord du chapeau- Hypholome couleur de brique (Hypholoma lateritium) Gilles Weiskircher (Anab)

 

Couleur de sporée

 

La sporée est brun violet, typique de ce gang.

Sporée d' Hypholome couleur de brique (Hypholoma lateritium) Gilles Weiskircher (Anab)

Sporée d' Hypholome couleur de brique (Hypholoma lateritium) Gilles Weiskircher (Anab)

Sans même passer par la microscopie, l’enquêteur a identifié le suspect qui est l’hypholome à couleur de brique. Visible chaque année mais moyennement présent, il apparaît dès l’automne et décompose les souches d’arbre.

 

L’examen par la police scientifique

 

Les spores sont petites, avec un pore germinatif à peine visible. Le pore germinatif est une petite zone de la spore qui apparaît au microscope comme une discontinuité, un « trou ». C’est une zone de la spore où la paroi est amincie et d’où sortira le filament de champignon si la spore germe. Cette zone est généralement à l’opposé d’une autre zone dite apicule qui est l’endroit où la spore était fixée à la baside avant son détachement.

 

Le schéma suivant permet de visualiser ces notions. Il est tiré du site : https://smd38.fr/documents/formations/Microscopie12_11_2016.pdf

schéma d’une spore

schéma d’une spore

Spore et pore germinatif. Microscopie x1000 -  Hypholome couleur de brique (Hypholoma lateritium) Gilles Weiskircher (Anab)

Spore et pore germinatif. Microscopie x1000 - Hypholome couleur de brique (Hypholoma lateritium) Gilles Weiskircher (Anab)

Les cystides (extrémité stérile de certains filaments) de l’arête des lames (qu’on appelle les cheilocystides) sont nombreuses, en forme de bouteille. On dit qu’elles sont lecythiformes.

Cheilocystides lecythiformes. Microscopie x1000 -  Hypholome couleur de brique (Hypholoma lateritium) Gilles Weiskircher (Anab)

Cheilocystides lecythiformes. Microscopie x1000 - Hypholome couleur de brique (Hypholoma lateritium) Gilles Weiskircher (Anab)

Les cystides des faces latérales des lames (qu’on appelle les pleurocystides) sont ventrues, avec une pointe à l’extrémité (on dit qu’elles sont mucronées) et surtout présente un contenu dans une vacuole qui devient jaunâtre en présence d’un réactif à base d’ammoniaque. Pour ce type particulier de cystide, on parle de chrysocystide. C’est relativement fréquent dans le gang des strophariacées.

Chrysocystide. Microscopie x1000 - Hypholome couleur de brique (Hypholoma lateritium) Gilles Weiskircher (Anab)

Chrysocystide. Microscopie x1000 - Hypholome couleur de brique (Hypholoma lateritium) Gilles Weiskircher (Anab)

Un schéma valant mieux qu’un long discours, la photo suivante permet de se faire une idée de la localisation de ces cystides sur une lame. Elle est extraite de l’excellent site https://www.microscopies.com/DOSSIERS/Magazine/Articles/J%20Maffert/Les%20cystides.html

schématisation d’une arête de champignon

schématisation d’une arête de champignon

La conclusion de l’enquêteur

 

Les hypholomes sont un groupe de champignon assez typés et facilement identifiables. Formant de belles touffes sur les souches, la couleur de leurs lames tape à l’œil. Excellents décomposeurs du bois, leur rôle est essentiel dans la vie de la forêt. Chaque année ils sont présents et c’est toujours un plaisir pour l’enquêteur de les croiser.

 

Texte, photos, et bibliographie : Gilles Weiskircher (Anab)
 

Rédigé par ANAB

Publié dans #champignons

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B
Bonjour, je l'ai appris sous le nom de "Hypholoma sublateritium"
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W
Bonjour Bernard
Ça change tellement vite ces noms latins qu'on le perd presque