Après dix lavages, les masques chirurgicaux restent efficaces

Publié le 29 Novembre 2021

Après dix lavages, les masques chirurgicaux restent efficaces

paru sur 60 millions le 8/11/2021
transmis par Bernard
voir aussi l'article du Monde sur le même sujet.

Passez votre masque à la machine ! C’est bon pour le portefeuille, c’est bon pour l’environnement, et ça protège tout aussi bien du covid.

Le masque chirurgical est considéré comme un dispositif médical à usage unique ; il est pourtant parfaitement réutilisable… après lavage. C’est ce que conclut un consortium de chercheurs grenoblois dans une étude publiée en octobre dans la revue scientifique Chemosphere.

Cette étude d’envergure, lancée par le CNRS et le CEA, a duré plus d’un an et associé une centaine de scientifiques issus d’une cinquantaine de laboratoires. Elle confirme les premiers résultats observés il y a plus d’un an : le masque en polypropylène « peut être lavé jusqu’à dix fois […] sans aucune dégradation de ses propriétés de filtration et de respirabilité ».

Même lavé, il est plus efficace qu’un masque en tissu

Le masque chirurgical reste plus efficace après lavage que les masques grand public en tissu les plus filtrants (appelés aussi « masques à usage non sanitaire de type 1 » ou UNS1).

« De notre point de vue, estime le co-directeur du Centre d’investigation clinique du CHU de Grenoble, il faudrait donc recommander, sans tarder, de préférer le port de masques chirurgicaux lavés aux masques UNS1 dans les situations de contact prolongé (type présence dans un amphithéâtre à l’université pendant quatre heures, ou voyage de plus d’une heure, etc.). »

Philippe Cinquin prend l’exemple d’une personne contaminée par le covid : sans masque, elle émet en six minutes autant de particules de 3 microns qu’en une heure avec un masque grand public… ou qu’en cinq heures avec un masque chirurgical.

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Laver un masque chirurgical reste (officiellement) interdit

Reste qu’officiellement, pour les pouvoirs publics, le masque chirurgical est un dispositif médical à usage unique : le code de la santé publique en interdit toute réutilisation. Il n’est donc pas possible pour l’heure de recommander son lavage en milieu hospitalier, par exemple.

Les scientifiques plaident pour un changement de statut de cet équipement. « Nous avons tenu au courant [les autorités de santé] depuis nos tout premiers résultats, obtenus en mai 2020. Nous leur avions déjà demandé à cette époque de revoir l’avis du 29 avril 2020 du Haut Conseil de la santé publique, qui recommandait de ne pas laver les masques chirurgicaux. Nous n’avions pas eu de réponse », regrette Philippe Cinquin.

Pour le ministère, l’étude ne justifie pas une évolution

Les chercheurs ont adressé leur dernière publication aux pouvoirs publics en leur suggérant de faire évoluer leur position. Mais ils n’ont pas obtenu de réponse.

Ils aimeraient que les industriels puissent demander à ce que leurs masques obtiennent un double marquage : masque chirurgical à usage unique pour les professionnels de santé (norme EN14683) et masque UNS1 (spécification Afnor S76-001) pour le grand public.

Interrogé par 60 Millions, le ministère de la santé reconnaît que « cette étude est intéressante », mais considère qu’« elle ne justifie pas à elle seule un changement des doctrines ministérielles, notamment au regard des différents avis émis par le passé par les instances scientifiques ».

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Dix fois moins de plastique rejeté dans l’environnement

Outre l’enjeu sanitaire, la réutilisation des masques chirurgicaux présente aussi un intérêt économique et environnemental. Ces lavages « pourraient permettre de rejeter dix fois moins de plastique dans l’environnement », estime le consortium.

Selon lui, le recyclage du masque chirurgical est aussi plus efficace que celui des masques en tissu : ces derniers « comportent le plus souvent autant de matières plastiques que les masques chirurgicaux » et leurs fibres plastiques « sont mélangées à des fibres naturelles, ce qui rend la séparation du plastique difficile ».

Comment laver ses masques chirurgicaux ?

« Les conditions de lavage à recommander seraient les mêmes que celles recommandées par l’ANSM pour les masques à usage non sanitaire », détaille Philippe Cinquin :

  • Laver en machine (ou éventuellement à la main) avec un détergent et utiliser un cycle à 40 °C d’une durée de 30 minutes minimum ; il n’est pas nécessaire de laver les masques séparément de votre linge.
  • Mettre, si possible, les masques dans un filet de protection ou dans une taie d’oreiller pour éviter tout phénomène d’usure ou d’abrasion dans le tambour et au contact des autres vêtements.
  • Faire sécher les masques à l’air ambiant. Ne pas utiliser de fer à repasser ni de sèche-linge, cela pourrait accélérer leur détérioration mécanique.

Votre masque reste viable tant qu’il garde son aspect d’origine. Aux premières bouloches, barrettes nasales abîmées ou élastiques détendus, jetez-le dans la poubelle ménagère ou donnez-le à un point de collecte dédié s’il en existe un près de chez vous.

Attention : depuis décembre 2020, jeter un masque à terre coûte 135 € d’amende…

Rédigé par ANAB

Publié dans #Consommation

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