Enquête mycologique, épisode 31, Cortinarius decipiens (Cortinaire trompeur)

Publié le 20 Novembre 2021

Identifier un champignon n’est pas chose aisée au premier abord et c’est pourtant une démarche essentielle pour éviter toute fâcheuse méprise qui peut devenir fatale si on consomme un champignon toxique ou mortel. L’enquêteur de la brigade d’identification des champignons apprécie tout particulièrement d’arpenter les forêts pour recenser tous les gangs fongiques qui s’y trouvent.

 

Scène du crime

 

Nous sommes le 5 novembre 2021, dans la forêt de Siltzheim, près d’une mare. Le mois d’octobre a été doux mais néanmoins sec, ce qui ne favorise pas la prolifération des gangs fongiques. Néanmoins, l’enquêteur a l’œil pour les débusquer.

Cortinarius decipiens (Cortinaire trompeur) - Photo Gilles Weiskircher (Anab)

Cortinarius decipiens (Cortinaire trompeur) - Photo Gilles Weiskircher (Anab)

Arme du crime

 

Le champignon pousse au sol ; la base de son pied est propre, sans débris agglomérés. Aucun doute possible qu’il s’agisse d’un champignon mycorhizien.

 

Profil du suspect

 

La morphologie du champignon est classique, avec un pied et un chapeau. Il est de taille moyenne, de couleur brun chocolat. Les lames sont adnées. Le chapeau est mamelonné et hygrophane (il change de couleur au séchage)

Un examen rapide des lames, la couleur brun rouille et des filaments de même couleur au niveau des lames et sur le pied (ce qu’on appelle la cortine) oriente immédiatement vers un cortinaire.

A partir de là, il faut prêter attention à différents points :

- chapeau et/ou pied visqueux : négatif ici

- présence de voile sur le pied des sujets jeunes, sur la marge du chapeau ? On observe des restes de voile blanc sur la marge du chapeau, ainsi que du voile blanc sur le pied.

Les cortinaires sont un groupe difficile et pour identifier correctement, il faut disposer de plusieurs spécimens de tous les âges. Avec un seul spécimen, ce n’est pas la peine d’essayer

 

Revenons sur la notion de voile chez les cortinaires. Il existe deux types de voile : le général qui protège le champignon quand il est jeune. Quand il se déchire, il peut laisser des flocons sur le chapeau et une volve à la base du pied comme chez les amanites. Le voile partiel qui protège les lames, qui peut laisser un anneau comme chez les agarics et tant d’autres.

Chez les cortinaires, le voile général peut se matérialiser sur le pied sous forme de guirlande. La couleur de cette guirlande est importante. Le voile partiel se matérialise sous forme de cortine qui peut laisser des filaments sur les lames et le pied. Il faut donc ouvrir l’oeil, et le bon.

 

Couleur de sporée

 

La sporée est brun rouille, typique des cortinaires

Sporée de Cortinarius decipiens (Cortinaire trompeur) - Photo Gilles Weiskircher (Anab)

Sporée de Cortinarius decipiens (Cortinaire trompeur) - Photo Gilles Weiskircher (Anab)

L’examen par la police scientifique

 

Les spores sont elliptiques et verruqueuses.

Spores microscopie x 1000 de Cortinarius decipiens (Cortinaire trompeur) - Photo Gilles Weiskircher (Anab)

Spores microscopie x 1000 de Cortinarius decipiens (Cortinaire trompeur) - Photo Gilles Weiskircher (Anab)

La conclusion de l’enquêteur

 

Tous les éléments sont réunis pour identifier le champignon comme un Cortinaire trompeur (Cortinarius decipiens)

 

Les cortinaires sont un groupe énorme, de plus de 2000 espèces, qui posent de nombreuses difficultés aux mycologues. Ces derniers disent, avec ironie, qu’un champignon sur deux en forêt est un cortinaire. Surtout pour ce groupe, il est indispensable de disposer de plusieurs spécimens en parfait état et à tous les stades de développement pour espérer une identification correcte.

Retenons que les cortinaires sont des champignons mycorhiziens, à sporée brun rouille, pouvant présenter un voile partiel et un voile général, des spores verruqueuses.

 

 Texte, photos, et bibliographie : Gilles Weiskircher (Anab)

Rédigé par ANAB

Publié dans #champignons

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