Enquête mycologique, épisode 34, Hebeloma hiemale, l’Hébélome d’hiver

Publié le 18 Décembre 2021

Identifier un champignon n’est pas chose aisée au premier abord et c’est pourtant une démarche essentielle pour éviter toute fâcheuse méprise qui peut devenir fatale si on consomme un champignon toxique ou mortel. L’enquêteur de la brigade d’identification des champignons apprécie tout particulièrement d’arpenter les forêts pour recenser tous les gangs fongiques qui s’y trouvent.

 

Scène du crime

 

Nous sommes le 21 octobre 2021, dans un boqueteau d’épicéa situé sur une prairie permanente sablonneuse de ripisylve à Zetting. L’enquêteur de la brigade d’identification des champignons allait faire une rencontre que les mycologues en principe redoutent, certainement encore plus que de croiser un Melanoleuca

Hebeloma hiemale, l’Hébélome d’hiver Photo Gilles Weiskircher (Anab)

Hebeloma hiemale, l’Hébélome d’hiver Photo Gilles Weiskircher (Anab)

Arme du crime

 

Le champignon pousse au sol, avec quelques débris organiques à la base du pied. Difficile de se prononcer sur son mode de nutrition.

 

Profil du suspect

 

De morphologie classique pied chapeau, c’est un champignon à lames, de taille moyenne. Les lames sont couleurs café au lait et non libres, échancrées. Pas d’ornement ou de voile ni sur le pied, ni à sa base, ni sur le chapeau qui est visqueux. C’est un champignon avec un chapeau d’environ 5 cm, de couleur ocre. Trois observations sont indispensables ici : la couleur café au lait, une pruine sur le pied au sommet et surtout une odeur particulière, ici raphanoïde (odeur de radis)

Avec ces éléments, l’enquêteur soupçonne déjà fortement un membre du genre Hebeloma, un genre très difficile. L’enquêteur dit toujours à titre personnel que croiser un hébélome, c’est ouvrir la porte de l’enfer. Une longue et minutieuse étude microscopique va débuter.

 

Un mot sur le genre Hebeloma

 

Ce genre regroupe des champignons de morphologie tricholome ou collybie, avec une chair filamenteuse. Le chapeau est plus ou moins visqueux, les lames généralement couleur café au lait. Un voile est quelquefois présent sous forme de cortine (la cortine n’est pas seulement présente chez les cortinaires). Ce qui doit surtout attirer l’attention est la présence d’une odeur de radis ou toute autre odeur particulière comme le cacao ou l’amande amère. Ces champignons sont tous mycorhiziens.

 

Couleur de sporée

 

La sporée est ocre, tirant vers le sépia

Sporée de Hebeloma hiemale, l’Hébélome d’hiver Photo Gilles Weiskircher (Anab)

Sporée de Hebeloma hiemale, l’Hébélome d’hiver Photo Gilles Weiskircher (Anab)

L’examen par la police scientifique

 

Il faut tout d’abord observer les spores dans le Melzer et apprécier l’intensité de la dextrinoïdie. Ici les spores sont faiblement dextrinoïdes, ce qui se matérialise par une faible couleur rouge. Les spores sont également faiblement verruqueuses et ne présente pas d’enveloppe protectrice, appelée le périspore. L’intensité de la dextrinoïdie et la présence du périspore sont des éléments essentiels pour l’identification.

Les spores sont de dimension 13,5 x 5-7 micron, de forme amygdaliforme à citriniforme.

Spores. Microscopie x1000 de  Hebeloma hiemale, l’Hébélome d’hiver -Photo Gilles Weiskircher (Anab)

Spores. Microscopie x1000 de Hebeloma hiemale, l’Hébélome d’hiver -Photo Gilles Weiskircher (Anab)

Les cheilocystides nombreuses sont clavées à capitées.

Cheilocystides. Microscopie x1000- de  Hebeloma hiemale, l’Hébélome d’hiver - Photo Gilles Weiskircher (Anab)

Cheilocystides. Microscopie x1000- de Hebeloma hiemale, l’Hébélome d’hiver - Photo Gilles Weiskircher (Anab)

Avec la monographie de Vesterholt , le candidat retenu est Hebeloma hiemale, l’Hébélome d’hiver.
(classé VU, vulnérable en région Franche Comté)

 

La conclusion de l’enquêteur

 

Le genre Hebeloma, répétons-le, est un genre très difficile. Avec l’habitude, on peut le reconnaître à l’œil même si quelquefois le risque de confusion avec un cortinaire est possible. Certaines espèces néanmoins ont des caractères macroscopiques qui permettent de les identifier facilement. Ce genre nous rappelle que la mycologie est une science d’observation minutieuse où aucun caractère ne doit être négligé.

 

 Texte, photos, et bibliographie : Gilles Weiskircher (Anab)

Rédigé par ANAB

Publié dans #champignons

Commenter cet article