Pierre Rabhi

Publié le 6 Décembre 2021

Pierre Rabhi, à Paris, en février 2010.

Pierre Rabhi, à Paris, en février 2010.

paru sur lemonde le 5/12/2021

 

Pierre Rabhi, écrivain et figure de l’agroécologie, est mort

Le fondateur du mouvement Colibris avait 83 ans. Sa mort, survenue samedi, a été annoncée à l’Agence France-Presse par sa famille.

Il était une figure de l’agroécologie. L’écrivain Pierre Rabhi est mort, samedi 4 décembre, à l’âge de 83 ans. Auteur notamment de Vers la sobriété heureuse, vendu à plus de 460 000 exemplaires, ce militant de la cause écologiste, adulé par des personnalités comme Cyril Dion et Marion Cotillard, est mort des suites d’une hémorragie cérébrale, a déclaré son fils à l’Agence France-Presse (AFP).

Né en 1938 aux portes du Sahara, il est très tôt écartelé entre « modernité et tradition », quand son père le confie à une famille de colons français, afin de lui assurer une meilleure instruction. Rabah deviendra alors Pierre.

« Des déchirements, des ruptures, des souffrances, il y en a eu un bon paquet », confiait cet autodidacte, enraciné en Ardèche depuis 1961, après avoir quitté l’Algérie au début des « événements » et connu « l’incarcération » d’une vie parisienne.

Ce pionnier du néoruralisme s’était installé dans une ferme. Il restera comme l’un des pionniers de l’agroécologie, qui vise dans le domaine agricole à régénérer le milieu naturel en excluant pesticides et engrais chimiques. Une méthode appliquée dès les années 1980 en Afrique subsaharienne, où il effectuera de nombreux séjours. Le moine bouddhiste Matthieu Ricard voyait en lui un « frère de conscience ».

Ouvrages innombrables au succès indéniable

Référence dans le sérail écologiste et altermondialiste, celui qui fut l’ami du président du Burkina Faso Thomas Sankara ou du violoniste Yehudi Menuhin, a connu une certaine exposition médiatique en 2002, lors d’une éphémère candidature à la présidentielle, pour déjà « introduire dans le débat l’urgence écologique et humaine ». Seize ans plus tard, en 2018, il déclarait au Monde : « La solution ne passe pas par le politique, elle passe par l’élévation de la conscience. »

Pierre Rabhi, près de Berrias-et-Casteljau (Ardèche), le 29 mars 2011.

Père de cinq enfants, il a ensuite partagé son temps entre interviews, animation de ses fondations, conférences et rédaction d’ouvrages… Grand admirateur de Socrate, il disait que « chaque être humain doit tenter de se connaître de façon à se changer positivement ».

Lire aussi Pierre Rabhi : « Comment échapper à la frénésie de notre société ? »

Ses ouvrages, innombrables, ont rencontré un succès indéniable. Avec Cyril Dion – l’auteur du documentaire militant à succès Demain –, il a cofondé le mouvement citoyen des Colibris, qui appelle aux actions locales, comme les jardins partagés, les fermes pédagogiques ou encore les circuits d’approvisionnements courts. « Tu as inspiré des millions de gens à travers le monde », a réagi le mouvement sur Twitter samedi soir. « Aujourd’hui, j’ai perdu un ami. Un grand frère. Ça crève le cœur. On n’était pas toujours d’accord et ces dernières années on s’était un peu éloignés, mais Pierre a été une des rencontres qui a changé ma vie », a écrit Cyril Dion sur Instagram. « Les colibris et l’écologie sont en deuil », a également tweeté La Ligue pour la protection des oiseaux (LPO). « Parfois présenté comme un technicien, il s’intéressait à l’intériorité des gens, a souligné son fils auprès de l’AFP. Il a touché de nombreuses personnes. »

Pierre Rabhi avait choisi le colibri pour illustrer sa philosophie en se fondant sur une légende amérindienne : face à un incendie dans une forêt, ce petit oiseau « s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu », provoquant des sarcasmes de la part des autres animaux. « Je le sais, mais je fais ma part », répondait-il dans cette légende que Rabhi ne cessait de conter.

Pierre Rabhi en octobre 2018.

Sans parti, militant de « la joie » plutôt que de « la décroissance », Pierre Rabhi rejetait catégoriquement la notion de « développement durable », « une niaiserie ajustée sur la croissance économique ».

« Laboureur de conscience »

Plusieurs personnalités politiques, notamment écologistes, ont réagi à l’annonce de sa mort samedi soir, saluant l’action de l’écrivain en faveur de l’écologie. L’ancienne ministre de l’environnement, Ségolène Royal, a rendu hommage à un « laboureur de la terre et laboureur de conscience ». « Il semblait immortel comme ses idées », a tweeté samedi Chantal Jouanno, présidente de la Commission nationale du débat public et ancienne secrétaire d’Etat chargée de l’écologie dans le gouvernement de François Fillon.

Le candidat vert à la présidentielle, Yannick Jadot, a salué la mémoire de « l’un des grands précurseurs de l’agroécologie », alors que la finaliste de la primaire d’Europe Ecologie-Les Verts, Sandrine Rousseau, a, de son côté, rendu hommage à un « précurseur incroyable de l’écologie ». Tout en le « remerciant pour l’écologie », elle a aussi mentionné ses positions « conservatrices » sur les questions sociétales, dont l’homosexualité, en référence, notamment, à ses propos controversés sur le mariage homosexuel et la procréation médicalement assistée (PMA) en 2015.

Anne Hidalgo, candidate socialiste à l’élection présidentielle, a évoqué un « penseur et écrivain qui avait à cœur de protéger notre planète », tandis que l’eurodéputé écologiste David Cormand a salué la mémoire d’un homme qui « a eu à cœur de faire sa part avec humilité pour une société aux liens apaisés avec la nature et d’inviter [chacun] à faire la sienne ».

Rédigé par ANAB

Publié dans #Actu-conf-films-expo

Commenter cet article
G
Un grand petit homme, simple, sans gesticulations, et sans emphase, qui a su marque de son empreinte notre monde bien malade. Un modèle ! Comme l'a écrit l'un chanteur préféré des français : "...Il changeait la vie"... Merci à vous Pierre !
Répondre
B
"Le développement durable" Un bel oxymore !
Répondre