Les chats sont-ils en train de détruire la biodiversité ?

Publié le 15 Mars 2022

Les chats sont-ils en train de détruire la biodiversité ?

paru sur France nature environnement  le 1/3/2021

Ras-le-bol des lol-cats ? Le chat ne fait pas rire tout le monde. Au printemps 2020, Willy Schraen, président de la fédération nationale des chasseurs, proposait de piéger nos chers minets. Quelques mois plus tard, c’est un député écologiste qui voulait le classer comme « animal nuisible ». Mais pourquoi tant de haine ?

Selon le chef des chasseurs, il faut agir car « le chat est en train de détruire la biodiversité. […] Il tue bien plus d’animaux que les chasseurs, c’est même pas à comparer ». L’élu, lui, estime que « le chat entraîne la disparition d’espèces ». Depuis toutes ces années, France Nature Environnement se serait-elle trompée de combat ?

Le chat, petit prédateur qui a tout d’un grand

Un carnivore taillé pour la chasse

Le chat ne manque pas d’atouts pour chasser :

  • une musculature puissante, efficace pour rester immobile à l’affût ou pour fondre sur sa proie ;
  • des griffes tantôt acérées lui permettant de bondir et de grimper, tantôt rétractables pour se déplacer en toute discrétion ;
  • un squelette souple qui lui permet de se faufiler partout ;
  • une bonne vue, surtout crépusculaire ;
  • une ouïe fine, spécialisée dans les fréquences élevées des rongeurs et petits oiseaux ;
  • de longues moustaches orientables, recueillant des données sur son environnement : largeur d’un passage dans la clôture, force du vent, provenance d’une odeur…
  • Enfin, il possède une denture de carnivore, tranchante et affilée.
Chasser par instinct, pas pour se nourrir

Les chats domestiques consomment surtout des aliments d’origine humaine : pâtée, croquettes et restes de table. Grignoteur, il mange peu à la fois, mais tout au long de la journée. Sa particularité est que, même bien nourri, le chat conserve son instinct de chasseur et, le plus souvent, les proies tuées ne sont pas consommées. Un chat de propriétaire consacre en moyenne 3 h par jour à la prédation, contre 12 h par jour pour un chat errant.

Une étude lancée en 2015 et coordonnée par le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), en collaboration avec la Société française d’étude et de protection des mammifères et la Ligue pour la protection des oiseaux, montre que :

  • 66 % des proies rapportées par les chats domestiques sont des petits mammifères, majoritairement des rongeurs.
  • Viennent ensuite les oiseaux (22 % des proies), principalement les mésanges, le merle, le rouge-gorge.
  • Enfin, en dernier choix, les reptiles (10 %), et de manière anecdotique, des amphibiens, des insectes, des poissons, des araignées, voire des gastéropodes.

prédation du chat : quel impact sur la biodiversité ?

Dans le monde, un lourd impact

Une étude parue dans la revue scientifique Nature en 2013 conclut que le chat serait responsable de la mort de 1,3 à 4 milliards d’oiseaux et 6,3 à 22,3 milliards de petits mammifères chaque année. En Australie, les chats tueraient 377 millions d’oiseaux et 649 millions de reptiles chaque année. Le pays a ainsi lancé une campagne d’éradication de 2 millions de chats errants sur 5 ans.

D’autres résultats plus récents parus en 2019 dans Nature évoquent 800 millions de mammifères tués chaque année par les chats errants. L’introduction du félin, notamment dans les îles, a conduit à la disparition de plusieurs espèces et des opérations de régulation des chats errants sont souvent menées.

Chat en France : un fort impact sur une faune déjà vulnérable

C’est encore un peu flou. Les premiers résultats de l’étude du MNHN montrent que pour les oiseaux de jardin, la prédation du chat compte parmi les trois principales causes de mortalité, avec les captures volontaires par l’homme et les collisions avec les vitrages. Cette prédation sur les passereaux dans les zones pavillonnaires a doublé ces dernières années, en lien avec l’augmentation du nombre de chats domestiques – ils sont plus de 15 millions en France –, sans compter les chats errants et harets, dont le nombre est inconnu.

Le souci est que cette prédation impacte une petite faune déjà très vulnérable à cause de la disparition de leurs habitats, des pesticides, de la ville qui gagne sur la campagne…

Enfin, phénomène moins connu du public mais préoccupant, la prolifération du chat domestique menace une espèce de chat sauvage : le chat forestier. Espèce protégée, la pollution génétique due aux croisements entre chats errants et sauvages et la transmission de maladies inconnues dans les milieux naturels peuvent entraîner une mortalité accrue du chat forestier.

Faut-il faire du chat un ennemi public ?

Les propriétaires de chats doivent prendre conscience que leur magnifique boule de poil est un prédateur et que la solution est entre leurs mains. Rappelons que le propriétaire d’un chat est obligé de le faire identifier et en est responsable, même s’il s’est égaré ou échappé.

D’abord, il faut offrir à minou une nourriture de qualité en libre-service ainsi que des jeux, surtout pour les jeunes chats, qui limiteront leurs instincts de chasseurs.

La stérilisation est recommandée, car elle limite le vagabondage, les marquages territoriaux, la prolifération des chats et les maladies.

Pour l’extérieur, on peut l’équiper d’un collier élastique, coloré ou avec des clochettes, pour le rendre moins discret. Il existe des dispositifs (entonnoirs, barrières) qui permettent d’empêcher le chat de grimper vers les mangeoires et les nids, mais aussi des répulsifs et des abris pour la petite faune que l’on peut même fabriquer soi-même.

En combinant plusieurs de ces moyens, chacun contribue à réduire l’impact de la prédation des chats. L’enquête est par ailleurs toujours en cours et vous pouvez y contribuer en vous rendant sur www.chat-biodiversite.fr.

Participer à l’enquête

APPELONS UN CHAT UN CHAT

  • Chat domestique (Felis silvestris catus) : son propriétaire est obligé de le faire identifier et est responsable des dommages qu’il cause, même s’il s’est égaré ou échappé. Il est interdit de le laisser divaguer.
  • Chat errant ou divagant : non identifié, sans propriétaire, à plus de 1 000 m du domicile de son maître ou à plus de 200 m des habitations. Seul le maire peut ordonner sa capture. Il sera relâché après identification et devra être stérilisé.
  • Chat haret : chat domestique ou errant retourné à la vie sauvage.
  • Chat forestier (Felis silvestris) : espèce naturellement sauvage et protégée par la loi. Il ressemble à un chat domestique tigré, en plus robuste et massif, avec une queue plus touffue et une raie noire parcourant sa colonne vertébrale.

Rédigé par ANAB

Publié dans #Protection animale, #Apprendre de la nature

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
G
Bonjour...Nous avons eu des chats, que nous avons aimé. Aujourd'hui nous vivons à la campagne, et avons décidé dès le départ de ne pas "reprendre" de minets : Chats ou oiseaux ? nous avons choisi les oiseaux ! Les chats sont effectivement de tels prédateurs qu'il nous a paru impensable de les introduire dans notre havre de paix. Ceci dit, une clochette et un collier devraient être un impératif pour un chat divaguant. Un animal de compagnie entraîne des responsabilités...<br /> Et lire que le "chef" des chasseurs accuse les chats d'être responsables de la disparition de la biodiversité... :D On peut difficilement faire pire en termes de mauvaise foi. Nul animal (ou humain !) n'est à l'abri des fusils, réglementation ou pas.
Répondre
R
Merci Gérard de cet avis et de ces expériences d'oiseaux et chats et avis sur les chasseurs, tous à ne pas mettre dans le même panier 🤕
S
Bonjour ,<br /> Roland, Bernard , Sylvain et tout autre lecteur ..<br /> Le long de la côte d'Egypte des filets japonais sont utilisés pour capturer les oiseaux migrateur en pleins vol<br /> on estime que 5,7 millions d'oiseaux sont tués illégalement chaque année!! en Italie 18 oiseaux tués au km carré !! pire pays de l'UE en matière d'abattages illégaux.qui poussent les espèces au bord de l'extinction !!<br /> La tourterelle des bois sur liste rouge !!c'est là qu'il faut convenir de la nécessité de pénalités .<br /> Quand à nos chats !!!faire des campagnes de stérilisation et castration des chats errant .<br /> J'adore observée les oiseaux que je nourrie en hiver.. en hauteur bien sur !!et suis très à l'écoute de se qui se passe les concernant .J'ai moi même deux chats qui sont stérilisés ,ma Lilou sort peu ..à 15 ans et n'a jamais tué un oiseau ..C'est l'humain qui ne fais pas l'essentiel .<br /> Bonne journée à tous les ami(e)s de la nature..Crdt
Répondre
R
merci beaucoup Sylvie de ton avis.<br /> 5.7 millions d'oiseaux braconnés en Italie, c'est énorme. Tu as raison de dire qu'il faut aussi résoudre ce problème.<br /> D'autres pays font de même (Egypte, pays d'Afrique...) Ces pays n'ont pas les mêmes besoins que les pays européens...<br /> Reste qu'avec ces millions d'oiseaux braconnés, le tableau de chasse de nos minous est 1000 fois plus grand. D''après cette étude ils tuent 1300 à 4000 millions d'oiseaux. On peut quand même faire quelque chose pour diminuer cette hécatombe..<br /> <br /> Les maîtres à défaut d'éduquer leur chat peuvent utiliser l'un des systèmes évoqués dans cet article.
B
Voici ce que dit Bernard Werber:<br /> Les chats nous ont toujours fait du bien notamment en nous protégeant des deux grandes pestes de 1300 et 1600.
Répondre
R
Bernard, Difficile de discuter biodiversité et chats avec un amoureux des chats comme toi ;-))
S
Ne cherche t'on pas des excuses , pour trouver une cause à la diminution de la biodiversité?<br /> Les chats devaient être beaucoup plus nombreux et même plus sauvages par le passé, et ils n' ont eu aucune incidence sur la biodiversité !!!
Répondre
R
Sylvain merci de ce commentaire.<br /> <br /> Ce n'est pas une excuse qui est recherchée ou décrite dans cet article. Il s'agit d'une étude scientifique. Les chats dans la nature sont beaucoup moins nombreux. Ce sont les humains qui les ont multipliés au détriment des oiseaux dont la population de passereaux a chuté de manière dramatique<br /> Je trouve au contraire cet article très mesuré. Il propose des actions simples sans gros effet sur les chats pour protéger le oiseaux comme une clochette au collier..