Cuisine écologique, la recette low-tech des fours solaires

Publié le 15 Juillet 2022

Construction d'outils de cuisson solaire à l’Atelier Z, à Concarneau (Finistère).

Construction d'outils de cuisson solaire à l’Atelier Z, à Concarneau (Finistère).

paru sur Reporterre le 2 juillet 2022

On ponce, on perce, on martèle : à Concarneau, au festival de la low-tech, une association apprend à construire des fours et séchoirs solaires. Conclusion : « C’est hyper satisfaisant de retrouver de l’autonomie. »

Névez (Finistère), reportage

On ne s’attend pas, en visitant un atelier de bricolage, à entendre le chant des oiseaux. C’est pourtant le cas à l’Atelier Z. Dans cet ancien corps de ferme entouré de chênes, le bruit des perceuses s’entremêle aux froufroutements des mésanges, et l’odeur d’herbe mouillée à celle, plus piquante, des panneaux en contreplaqué. L’endroit accueille toute l’année des cours de menuiserie, de couture ou de fabrication de savons. Pour cette première édition du festival de la low-tech, qui se déroule jusqu’au dimanche 3 juillet, la cuisson solaire est à l’honneur.

Au milieu du hangar donnant sur le jardin, Vincent Bourges, formateur bénévole au sein de l’association Inti, assemble des planches entre elles. « Il faut que vous les perciez de la manière la plus perpendiculaire possible », explique l’ingénieur à la quinzaine de stagiaires qui l’entourent. Tous sont venus apprendre à confectionner un séchoir solaire – une sorte d’étagère en bois dans laquelle on peut, en utilisant les rayons du soleil, déshydrater des fruits, des légumes ou des herbes afin de les conserver pendant plusieurs mois. Une fois la démonstration achevée, chacun retourne à son établi. L’atelier se transforme en une fourmilière où l’on ponce, perce et martèle de toutes parts.

Avec ce four solaire, pour un gâteau aux pommes, il faut compter trois heures.

Avec ce four solaire, pour un gâteau aux pommes, il faut compter trois heures.

orterre

Spécialiste des méthodes de cuisson low-tech — on appelle low-tech des systèmes, produits et services ayant un impact écologique minimal, mais aussi utiles et accessibles par quiconque — Vincent Bourges a décidé de devenir formateur par conviction. « Ce sont des technologies qui devraient être à la disposition de tout le monde », pense-t-il. Selon un rapport de l’Agence de la transition écologique (Ademe) de 2021, la cuisine fait partie des six usages les plus énergivores au sein des foyers français (derrière le chauffage de l’air et de l’eau, et à égalité avec la réfrigération, l’audiovisuel et le blanchissage du linge). Les appareils de cuisine électriques représentent en moyenne 6 % de la consommation d’électricité des foyers français – mais cette part peut monter jusqu’à 48 % dans les cas les plus extrêmes. Un calcul du Low-tech Lab rend ces données palpables : il faudrait pédaler pendant trois jours et huit heures pour produire la quantité d’énergie nécessaire à la cuisson d’un poulet rôti. Quant aux cuisinières à gaz, elles émettent du méthane et des oxydes d’azote néfastes pour le climat et la santé. Selon une étude de l’université Stanford, aux États-Unis, 40 millions de cuisinières au gaz pollueraient autant que 500 000 voitures à essence.

« Même s’il fait -5 °C, ça chauffe »

Une source d’énergie propre, directe et gratuite est pourtant disponible : le soleil. Deux appareils de cuisson low-tech, le four et le séchoir solaires, permettent de la capter. Dans le premier cas, des miroirs concentrent les rayons du soleil à l’intérieur d’un réceptacle, ce qui le fait monter en température (comme lorsque l’on utilise une loupe pour brûler des feuilles mortes). La température peut monter jusqu’à 150 °C. Dans le second, on utilise un réflecteur et une plaque de couleur noire pour réchauffer l’air à l’intérieur d’une boîte en bois. La circulation de cet air chaud permet de déshydrater les aliments. Il n’est pas nécessaire que la température extérieure soit élevée pour que ces techniques fonctionnent. Seul l’ensoleillement compte. « Même s’il fait -5 °C, ça chauffe », affirme Nicolas Poisson, secrétaire bénévole d’Inti. Ces phénomènes naturels ont été « oubliés, parce que l’on pouvait appuyer sur un bouton », explique Quentin Mateus, du Low-tech Lab. « Mais ils fonctionnent très bien. »

Douze séchoirs sont construits en deux jours : six en version hybride à 280 euros et six en version solaire à 250 euros.

Douze séchoirs sont construits en deux jours : six en version hybride à 280 euros et six en version solaire à 250 euros.

« C’est hyper satisfaisant de retrouver de l’autonomie »

Avec un inconvénient : difficile, quand on habite à l’ombre d’un immeuble, de préparer son dîner grâce aux rayons du soleil. Cuire des aliments de cette façon est également plus long. Pour un gâteau aux pommes, il faut compter trois heures. « Mais c’est une tuerie !, s’exclame Nicolas Poisson. Les pommes sont plus fondantes, la pâte plus croustillante, et la cuisson à basse température permet de mieux conserver les nutriments. » Four et séchoir solaires requièrent par ailleurs un ciel dégagé. Il faut s’appuyer sur d’autres outils en technologies sobres, comme des cuiseurs à bois économes (ou « rocket stove »), pour cuisiner par mauvais temps. « C’est une autre organisation de cuisiner avec le soleil, admet Vincent Bourges. Mais c’est hyper satisfaisant de retrouver de l’autonomie. » La pratique lui permet de « rester optimiste » : « Quand je vois la fin du pétrole, le coût des matériaux qui augmentent… En faisant ça, j’ai l’impression de garder le contrôle. »

Les formations dispensées par l’association sont payantes – il faut débourser entre 100 et 250 euros pour deux jours de stage. Des plans de ces appareils sont néanmoins accessibles en ligne. « C’est l’esprit de la low-tech, insiste Vincent Bourges. Il faut faire en sorte que n’importe qui puisse les fabriquer avec des outils simples. »

L’ingénieur perçoit la démarche comme un outil d’émancipation. « On achète de l’électroménager de plus en plus compliqué, mais on a de moins en moins la capacité de le réparer nous-mêmes, dit-il. On devient dépendant de tout un réseau de constructeurs et de réparateurs. » Pour beaucoup de stagiaires, c’est également un moyen d’aller vers davantage de sobriété. « Avant, j’avais un déshydrateur électrique, raconte Claire, 55 ans. Ça me tortillait le bide de gaspiller de l’énergie alors qu’il y a du soleil. »

« Quand tu construis tes propres objets, tu les adaptes à tes besoins », assure Julie.

« Quand tu construis tes propres objets, tu les adaptes à tes besoins », assure Julie.

Dans un coin du hangar, Julie gratte consciencieusement les parois de son futur séchoir avec du papier de verre. Des poussières de sciure s’envolent sous sa main. « Quand tu construis tes propres objets, tu les adaptes à tes besoins, » témoigne la jeune femme, qui « rabote des trucs » depuis l’enfance. « Ça évite d’acheter des objets surdimensionnés plein d’options que tu ne vas pas utiliser, mais qui ont nécessité beaucoup de ressources pour être fabriqués. » Se réapproprier la technique est selon elle « hyper enrichissant ». « Tu ne te contentes plus de voir la surface des choses, tu comprends leur profondeur. Tu t’entoures d’objets qui ont une vraie présence. Tu te souviens d’avec qui tu les a faits, de pourquoi ils ont une égratignure… Quand ils sortent d’usine, ils n’ont pas de personnalité », lâche-t-elle en souriant.

Cutter à la main, sa voisine d’établi, Christina, découpe des claies en souriant. Construire un séchoir solaire était « un vieux rêve » pour l’ancienne assistante de direction. Grâce au séchoir, elle espère sauver du pourrissement les fruits produits en excès par les arbres de son jardin. « Je suis hyper heureuse d’être là », répète d’un ton guilleret la quinquagénaire, toute de framboise vêtue. « La société moderne nous a fait croire que tout serait plus facile, mais elle nous a vidé de notre essence créative. J’ai l’impression de redevenir un enfant avec de l’imagination et l’envie de créer des choses. »

Vincent Bourges, formateur bénévole au sein de l’association Inti.

Vincent Bourges, formateur bénévole au sein de l’association Inti.

Tout autour d’elle, les stagiaires papillonnent d’un établi à l’autre. Ceux qui ont fini en avance filent un coup de main aux autres. « Ne force pas trop », soufflent les plus chevronnés aux débutants peu à l’aise avec une perceuse. « Vas-y, là tu peux y aller sans peur. » « Cette entraide, ça fait du bien », souffle Christina. « Bricoler, ça oblige à avoir des échanges, abonde Julie. Ça recrée des sociétés dans lesquelles on a envie de vivre. » Après trois heures de vissage, de découpage et de polissage, les séchoirs commencent à prendre forme. Et, déjà, quelques rires complices se glissent entre les coups de marteau.

Rédigé par ANAB

Publié dans #préserver les ressources

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B
Moi je mets mon linge à sécher au soleil...quand il y en a. :-)
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A
Bravo Bernard, les séche-linges, c'est pour les personnes sans maison ni balcon<br /> <br /> Roland
J
Super initiative pour des objets simples utiles et faciles à réaliser. Je démarre un séchoir solaire car en ayant un électrique et gourmand en énergie, il reste sur une étagère. …
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R
Bravo pour cette réalisation Jpl. Chacun de nous peut et doit faire quelque chose de concret "pour le climat"