Dans le sud alsacien, on irrigue le maïs malgré la sécheresse

Publié le 1 Août 2022

Dans le sud alsacien, on irrigue le maïs malgré la sécheresse

La nappe phréatique rhénane est historiquement basse, mais les pompages agricoles s’y poursuivent, en pleine canicule et au détriment de la biodiversité. Les associations écologistes demandent une mise à jour des critères de l’alerte sécheresse.

Sélestat (Bas-Rhin), reportage

Dans les champs de maïs qui entourent Sélestat (Bas-Rhin), le bruit des arroseurs trouble à peine le silence d’une après-midi écrasée de soleil, dimanche 25 juillet. Il fait 34 °C, mais l’irrigation des cultures suit son cours. Situé dans la zone Ill aval — du nom de la rivière, l’Ill, qui le borde — le Grand Ried (la plaine située entre Strasbourg et Colmar, et entre le Rhin et l’Ill) n’est pour l’heure soumis à aucune restriction d’usage de l’eau. Contrairement au nord et à l’ouest du Bas-Rhin, respectivement placés en vigilance sécheresse et en vigilance sécheresse renforcée depuis le 22 et le 18 juillet [1]. Ces départements sont concernés par au moins un arrêté préfectoral limitant certains usages de l’eau.. Sous les racines de la céréale, pourtant, l’eau baisse.

Dans un rapport de situation du 18 juillet, l’Association pour la protection de la nappe phréatique de la plaine d’Alsace (Aprona) s’inquiète que cette dernière atteigne cette année des niveaux bas records dans le sous-sol de la plus grande zone humide d’Alsace. Sur les cinq secteurs de mesure du Grand Ried, deux ont franchi le seuil d’une atteinte forte des cours d’eau et trois celui d’une atteinte très forte. « Nous sommes à quelques centimètres de la valeur la plus basse jamais enregistrée pour certains endroits, dit Fabien Toulet, ingénieur à l’Aprona. Ce sont des niveaux que l’on peut observer en août ou en septembre, mais pas en juillet habituellement. »

Dans le sud alsacien, on irrigue le maïs malgré la sécheresse

En Alsace, la nappe rhénane s’étend sur presque 300 kilomètres de longueur et mesure entre 50 et 100 mètres d’épaisseur. Mais entre Strasbourg et Colmar, dans la plaine du Grand Ried, de nombreux ruisseaux prennent leur source au mètre supérieur de cette citerne naturelle. « Une variation de 20 à 30 centimètres peut suffire à assécher un cours d’eau », poursuit Fabien Toulet. Mi-juillet, l’Observatoire national des étiages (Onde) relevait d’ailleurs trois assecs [2] dans le secteur et des écoulements à peine visibles pour trois autres sources. Or, « une seule journée d’assèchement d’une rivière anéantit des années d’efforts pour restaurer sa biodiversité », s’inquiète Daniel Reininger, responsable du réseau eau de l’association de protection de l’environnement Alsace Nature.

Comment expliquer, dès lors, l’absence de mesure de restrictions d’eau ? « Aujourd’hui, le niveau de la nappe n’est pas pris en compte par les arrêtés préfectoraux », explique le porte-parole de l’association. Les seuils déclenchant une alerte sécheresse sont définis en Alsace par un arrêté cadre du 26 juillet 2012. Ils sont indexés sur les étiages, c’est-à-dire sur les débits moyens des principaux cours d’eau de la région au moment où ils sont les plus bas. Un système obsolète pour Alsace Nature, qui appelle à une intervention des pouvoirs publics.

Dans le sud alsacien, on irrigue le maïs malgré la sécheresse

« On reste sur un système figé alors qu’il faudrait tenir compte des spécificités locales dans la gestion de l’eau, poursuit Daniel Reininger. En 2020, une étude a été menée par le BRGM [Bureau de recherches géologiques et minières] sur la gestion quantitative des eaux souterraines du Grand Ried, dans le cadre d’un projet territorial de gestion de l’eau. Elle définit des limites au-delà desquelles il faut arrêter les pompages agricoles dans la nappe pour éviter l’assèchement des ruisseaux phréatiques. Cela fait deux mois qu’elles sont atteintes. Nous avons aujourd’hui des données qui nous permettent d’anticiper ces situations, d’imaginer un changement des pratiques : pourquoi ne sont-elles pas prises en compte ? »

La préfecture du Bas-Rhin n’a pas répondu aux questions de Reporterre. Le pompage continue, malgré la sécheresse.

Rédigé par ANAB

Publié dans #préserver les ressources

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C
Une grande partie du maïs cultivé doit être considéré comme un produit industriel, d'ailleurs Millet <br /> rappelle bien la destination de ce maÏs. Ses dérivés sont partout autour de nous!<br /> <br /> L"agriculture comme d'ailleurs l'industrie font partie d'une économie devenue totalement autonome<br /> sans possibilité de régulation.<br /> <br /> Partant parler de protection dans le cadre d'un tel système n'a aucun sens ,seule compte la production, toujours croissante ,bien entendu.La protection ne doit surtout pas renchérir les coûts.<br /> <br /> C'est pourquoi aussi parler de développement durable est un vaste canular, une pure mystification.<br /> J'ai presque envie de terminer par. :Amen, mais c'est là une digression de ma part
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A
Merci Christian de cette vue. Le maïs est l'origine de plus de 600 produits dérivés différents. Il existe une chimie du maïs dont les producteurs principaux sont en Alsace Roquette et JBL.<br /> <br /> Cela ne peut pas être une raison légitime pour que ces industriels et leurs fournisseurs agriculteurs maïsiculteurs puissent piller sans limite les réserves d'eau.
M
La culture de maïs est une aberration sous nos climats actuels, pour la nourriture des bovins le sorgho demande beaucoup moins d'eau, pour le maïs grain qui lui, sert de base à la fabrication du glucose, de l'alcool, du plastique d'autres solutions moins dispendieuses en eau et en pesticides existent aussi mais les cours de bourse et la FNSEA décident.
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A
Merci Millet de ce complément intéressant à ce sujet
S
Tant que l' agriculture sera considérée comme une source de profit, il y aura ces abus . Et que dire de la biodiversité d' un vaste champ de maïs, il n' y a plus que des plans de maïs !!!
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A
Oui Sylvain. Il faut aussi que le consommateur accepte de mieux payer la nourriture d'origine toujours agricole et à moins dépenser en babioles électroniques, voyages et autres.<br /> Roland
B
Personne ne comprend pourquoi seuls les paticuliers sont soumis à des restrictions d'eau.<br /> Je ne suis pas un spécialiste, mais je me demande si l'arrosage en pleine journée est vraiment efficace !
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A
Tout à fait d'accord Bernard. La priorité c'est l'eau pour les besoins domestiques. Il faut de l'eau pour l'agriculture mais pas à robinets ouverts plein pot et n'importe quand. Le prix payé par l'agriculture est de quelques centimes le m3. Ce serait bien de le réviser pour mieux les responsabiliser.<br /> Roland<br />