La Vipère aspic

Publié le 3 Juillet 2022

La Vipère aspic (Vipera aspis)-- noter la section du corps déformée sans doute par un repas récent (petit rongeur type campagnol)
La Vipère aspic (Vipera aspis)-- noter la section du corps déformée sans doute par un repas récent (petit rongeur type campagnol)

La Vipère aspic (Vipera aspis)-- noter la section du corps déformée sans doute par un repas récent (petit rongeur type campagnol)

Nom scientifique : Vipera aspis Linnaeus, 1758


Autres noms communs : Vipère rouge, Vipère commune

Etymologie : « vipera  » du latin « vivus », vif, vivant et de parera », enfanter, comme vivipare, car les jeunes sont sortis de leur œuf dans le corps de la vipère et naissent donc "remuants et vivants" à la naissance. La seconde partie du nom scientifique « aspis » signifie bouclier, par allusion à sa nuque en forme de bouclier.


Nom allemand : Aspiviper

Nom anglais : aspic viper

 

Date de l’observation: le 23 juin   à Champoléon (Hautes Alpes)


Classification et famille : c’est un serpent de la famille des Viperidae  qui comprend trois sous familles : celles des vipères « vraies »  avec 13 genres dont le seul genre Vipera comprend 23 espèces différentes, la sous famille des Crotalinae, les crotales avec 24 genres et l’Azemiops, un seul genre. Ils sont tous carnivores et venimeux. Ils possèdent des crochets parcourus par un canal à l’intérieur duquel s’écoule le venin. Ces crochets sont projetés en avant quand il ouvre la mâchoire et escamotés quand ils la ferment (serpents dits solénoglyphes) et le venin injecté sous pression comme dans une seringue. Les viperidae  mesurent de 1 mètre en moyenne et jusqu’à 3  m pour les plus longs comme les Lachesis du Mexique.
Ils sont ovovivipares pour la grande majorité, c’est-à-dire que les œufs contenus dans une fine membrane éclosent dans le corps de la mère, ou alors ovipare. Dans ce cas, l’animal pond des œufs et la croissance de l’embryon se termine hors de l’organisme maternel durant l’incubation.


 

Taille : 50 à 85 cm de long ; le mâle est plus grand  que la femelle qui elle, est plus colorée.

Longévité : 30 ans et plus


Description et particularités : La tête est plate et plus ou moins triangulaire. Ses yeux sont petits avec une pupille verticale. Le museau est retroussé et anguleux contrairement à celui de la Vipère péliade.
Partout sur son corps les écailles sont munies d’une petite arrête. Elles sont dites carénées. Cette vipère possède deux rangées d’écailles sous l’œil qui sont caractéristiques.

La face dorsale est couverte de dessins très variables. Ce sont des dessins en forme de Z ou de barres décalées le long de la ligne dorsale et de couleur foncée. Dans les Alpes, et des régions froides, certaines vipères aspic peuvent être entièrement noires, sans doute pour mieux absorber la chaleur.

En fin de gestation, le  corps de la femelle est déformé par les jeunes et prend un aspect plus gros comme boudiné.


Période d’observation : de février à novembre, le matin et en fin de journée.

La Vipère aspic (Vipera aspis) -Illustration larousse

La Vipère aspic (Vipera aspis) -Illustration larousse

Biologie et alimentation :

En journée, la Vipère aspic chasse à l’affût des rongeurs comme des campagnols et musaraignes, des lézards mais aussi des oisillons au nid.  Elle ne mange pas d’insectes malgré certaines convictions à ce sujet. Son territoire est assez restreint, 30 à 500 m², mais s’étend si la nourriture manque ou selon la saison si elle est à la recherche de chaleur. Elle a besoin d’une température minimale de 15°C pour secréter des sucs gastriques et digérer ses proies. Certaines vipères ont été trouvées mortes par fermentation de leurs proies qu’elles n’avaient pu digérer.


Durant les 4 mois d'hiver, elle  s'enfouit sous terre, à 20 ou 30 cm. Elle entre en léthargie, réduisant au minimum ses besoins vitaux. Au printemps, dès que la température dépasse 4°C, les vipères peuvent s’activer. Dans les faits, ce sont les mâles qui sortent les premiers de leurs abris hivernaux. Quinze jours après, c’est le tour des femelles et la période des amours commence. La maturité sexuelle est atteinte entre 3 et 4 ans pour les mâles et il faut 2 ans de plus pour les femelles.

Reproduction : Vers mars-avril, les mâles se combattent avec vigueur en se mordant, se poussant et en s’enroulant. Ils recherchent les femelles en suivant les traces de leurs phéromones spécifiques. Ces traces sont captées par leur langue et l’organe sensitif de Jacobson situé dans le palais. L’accouplement peut durer une heure et plus. La femelle va s’accoupler  avec d’autres mâles. La gestation varie  de 8 à 18 semaines selon la température. La mise bas a lieu en août en plaine et vers septembre-octobre en montagne. La femelle recherche la chaleur pour accélérer ce processus et s’expose dès le matin au soleil, bien plus que les mâles et femelles non gestantes. Elle est ovovivipare et met au monde 5 à 20  petits vipéreaux. Les jeunes mesurent déjà 20 cm en sortant de leur enveloppe fœtale et pèsent chacun de 3,5 à 5 g. Ils peuvent chasser et tuer des proies quand leur naissance a lieu en été. En montagne, s’ils naissent en fin de saison (octobre) ils vont hiberner de suite sans chercher à s’alimenter.


Habitat: très varié. En plus des forêts, landes, elle est présente dans les milieux accidentés, comme des éboulis, alignement de pierres ou des murs en pierres sèches. Ces pierres apportent à la vipère un  abri tempéré en cas de frais et de la chaleur pendant la journée, car les pierres absorbent et conservent la chaleur. La Vipère aspic est aussi présente, mais plus rarement dans les milieux humides et près des torrents ou rivières. Elle est absente des zones cultivées sans aucun refuge comme par exemple des haies.
Au niveau géographique elle est présente dans le sud de l’Europe : Espagne, Italie, Suisse, France au sud d’une ligne Strasbourg Nantes jusqu’à 2000 m. En fait elle n’est pas présente dans notre département, le Bas-Rhin et contenue uniquement dans la partie ouest de la Lorraine qui reste sa latitude la plus haute.


A noter que la Vipère aspic a été réintroduite voici 50 ans dans 5 communes autour de Colmar, Ribeauvillé, Le Bonhomme; Lapoutroie... Les populations ainsi créées  survivent difficilement.

Confusion : oui avec la Coronelle lisse, et d’autres espèces de serpents.


Menaces et Prédateurs : la Vipère aspic est une espèce peu agressive et n’attaque jamais les humains.
Il ne faut ni les attraper ni les saisir par la queue. Si elles mordent par accident, la jambe ou la main,  il faudra désinfecter la plaie et se faire  injecter un sérum antipoison générique pour vipères. La toxine de cette vipère peut être très toxique mais il est inutile de stresser et de flipper pour une vipère ou même une morsure. Une seule personne est morte les 3 dernières années par morsure de vipère. Vous avez cent fois plus de chance de vous faire écraser sur  un passage piéton.

Cette vipère et les autres ont été placées sous la protection de la loi en raison des grosses chasses et destructions anciennes et de  graves menaces sur ses populations. Ses milieux naturels ont été très dégradés par l’agriculture, le drainage et l’urbanisation. Il est nécessaire de préserver des habitats interconnectés pour avoir un croisement génétique des populations de vipère. C’est une condition impérative pour la survie de toutes les espèces. Il est donc important de conserver des pierriers exposés à la lumière, des tas de branches, mais aussi de maintenir de longs bosquets buissonnants ou des forêts, des haies, de talus de pierres ou murs en pierres  qui font le lien entre ces abris et habitats à vipères.

Hors des villes, la Vipère aspic  est la proie de mammifères comme le putois, le blaireau, le sanglier, le hérisson mais aussi descigognes, corvidés, buses et même d'un autre serpent non venimeux,  la Coronelle lisse,
Coronella austriaca …Il est donc important de réserver aux vipères des abris.


 


Légendes :
Les vipères ont mauvaise réputation. Les religions donnent déjà dans la Bible une mauvaise image du serpent puisque le Malin y est déguisé en serpent et est  coupable d’avoir chassé Adam et Eve du paradis. De nombreuses expressions sont toujours présentes dans notre langue et ne leur font pas de cadeau : nœud de vipères, langue de vipère, vipère lubrique…
Les vipères  ont été accusées de presque tout, jusqu’à téter le pis des vaches en Suisse, légende toujours d’actualité pour certains êtres crédules.

La légende de lancers de vipères par hélicoptère est une des plus tenaces. Certains  affirment en effet, que des hélicoptères ont lâché par caisses entières dans la forêt des vipères et qu’ils connaissent quelqu’un qui a vu ce type d’opération. Quand on gratte un peu, en fait c’est « quelqu’un » qui a entendu « quelqu’un » qui a entendu « un autre »… Évidemment c’est  du grand n’importe quoi. Il n’empêche que les gendarmes sont allés fouiller avec grande méfiance les maisons des écologistes bien connus de certaines régions pour vérifier la présence ou l’absence de telles caisses. Même les gendarmes ont été bernés par la rumeur.

Cléopâtre : il semblerait que ce soit une vipère qui ait tué Cléopâtre et non un Cobra beaucoup trop grand pour être dissimulé dans  un panier.



 

Protection et Statut : . Les vipères  font l’objet d’une protection nationale et internationale car elles figurent à l’annexe III de la convention de Berne.
Elle est en statut EN (en danger) en région Pays-de-Loire ; et VU (vulnérable) en Lorraine, Poitou-Charentes, Midi-Pyrénées et  Aquitaine. Espèce classée  Znieff dans plusieurs  régions dont les proches Lorraine et Franche-Comté.

Les ZNIEFF , Zones Naturelles d’Intérêt Écologique Faunistique et Floristique ont  pour objectif d’identifier et de décrire des secteurs présentant de fortes capacités biologiques et un bon état de conservation.
 



Texte et photos Roland Gissinger (Anab) Relecture Bernard Weinzaepflen (Anab)

Rédigé par ANAB

Publié dans #Biodiversité hors région

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B
Pour Roland; joli lapsus dans ta réponse. Tu écris " sauf si le tueur..."
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B
Malgré les commentaires rassurants, j'ai une peur viscérale de ces animaux.
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A
Mais enfin Bernard, ce ne sont que de braves petites bébêtes. A moins de leur marcher dessus, tu ne risques rien et en plus avec un sérum administré en cas de morsure tu guéris vite .<br /> (texte corrigé suite à la boulette remarquée par Bernard) <br /> <br /> Tu devrais plutôt avoir peur du changement climatique ou de tous les tyrans qui nous entourent.
T
Article très intéressant. Merci!
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T
Aucune frayeur, merci. D'ailleurs le quiz m'a bien rendu service l'autre jour, m'ayant amenée à comparer une multitude de photos, à les observer, et à toucher les photos sur l'écran de la tablette. Un résultat très satisfaisant pour moi,
R
Merci Toll, ça va, pas trop de frayeur à la lecture?