Vautours : 3 idées reçues sur ces oiseaux méconnus

Publié le 8 Juillet 2022

Vautours : 3 idées reçues sur ces oiseaux méconnus

Publié sur  FNE le 15/6/2022
 

Chaque été, des articles spectaculaires relaient dans les journaux l’idée reçue que les vautours auraient changé de comportement : de charognards, ils seraient désormais des prédateurs s’attaquant au bétail. Qu’en est-il ? Zoom sur un oiseau fort utile, mais mal connu et victime d’une mauvaise réputation.

Article initialement publié le 17/12/2016 - Mis à jour le 15/06/2022

1. les vautours sont-ils en train de devenir des prédateurs ?

D’un point de vue scientifique, aucun élément ne permet de soupçonner un tel changement de comportement. Pour plusieurs raisons :

Les vautours ne sont pas équipés pour tuer

Les caractéristiques physiques des vautours ne leur permettent pas de tuer : leurs serres ne permettent pas de saisir et leur bec n’est pas assez puissant pour tuer, tout juste sert-il à passer par les orifices naturels pour dépecer un cadavre.

Leurs caractéristiques morphologiques en font en revanche d’excellents nettoyeurs. D’abord, grâce à leurs gros yeux, disposés de chaque côté de la tête, ils ont un champ de vision large, très pratique pour détecter les cadavres depuis le ciel. Un vautour planant à plus de 3 000 m d’altitude peut repérer un objet à terre mesurant 30 cm !

Les vautours fauves et moines ont un long cou qui sert à prospecter l’intérieur des carcasses. Leur bec crochu sert à dépecer les chairs. Le peu de plumes sur le cou et la tête évite qu’ils soient souillés lorsqu’ils consomment les cadavres. Le Vautour percnoptère, le plus petit, récupère les restes et le Gypaète barbu consomme les ligaments et les os.

Les vautours ne s’intéressent pas aux animaux en bonne santé

Pour se reproduire ou se nourrir, tous les organismes vivants répondent à des stimuli. Pour les vautours, il y a deux stimuli déclencheurs :

  • l’immobilité totale et prolongée d’un animal ;
  • l’absence de réaction lorsque les oiseaux sont à l’approche.

Un animal vivant et en bonne santé a une réaction de fuite ou de défense. S’il n’y a pas de réaction, c’est que l’animal est mort ou mourant : c’est à ce moment que le vautour se pose pour se nourrir.

2. les vautours mettent-ils en danger les troupeaux ?

Les vautours ne volent pas aux ras des troupeaux pour les attaquer

Les vautours sont d’excellents planeurs, mais une fois posés au sol, ils ont besoin de prendre de l’élan en courant face au vent ou dans une pente pour redécoller. Si un troupeau se trouve à cet endroit, le vautour peut donc le survoler de près, mais pas dans l’intention d’attaquer ou d’effrayer les bêtes.

Les troupeaux s’habituent au vol des vautours

Le vol des vautours peut toutefois être très impressionnant. Là où les vautours sont présents depuis longtemps, comme dans les Pyrénées, les troupeaux sont habitués aux oiseaux et sont indifférents au survol des vautours.

En revanche, dans les secteurs de recolonisation, les troupeaux doivent réapprendre à vivre avec les vautours. Cette habituation prend en général quelques semaines.

3. Les vautours attaquent-ils des animaux encore vivants ?

Consommation ante-mortem : un cas rarissime

Il arrive, en des circonstances exceptionnelles, que le vautour consomme des animaux avant qu’ils soient morts : on appelle ce phénomène la consommation ante mortem.

Un tel cas survient lorsque les vautours sont trompés par les stimuli d’un animal en difficulté : immobile, incapable de se mouvoir, avec des plaies importantes ou des saignements (naissance à problèmes, animal blessé, animal coincé …). Dans ces circonstances, en l’absence d’intervention humaine, les vautours peuvent se mettre à consommer un animal encore en vie, en passant par les orifices naturels.

Les vautours ne sont pas une cause de mortalité dans les élevages

Entre 2008 et 2014, pour les départements Aveyron-Lozère-Gard-Tarn-Hérault, il y a eu en moyenne 2 cas de consommation ante mortem par an. Le risque est donc infime, inférieur à 0.01%.

Ces rares cas portent sur des animaux de toute façon condamnés : les vautours sont alors un facteur accompagnant la mort, et non la cause de la mort.

Ces dommages attribués aux vautours sont insignifiants par rapport à la mortalité courante dans les élevages, due aux maladies, à la foudre, au dérochement.

Un spectacle impressionnant qui peut tromper les éleveurs

Les vautours sont très efficaces dans leur recherche de nourriture. Ils quadrillent leur domaine, souvent en groupe, et repèrent tout animal mort depuis 400 à 1 000 m de hauteur ! Une fois leur cible repérée, c’est une escadrille de vautours qui fond depuis le ciel sur la carcasse.

Les vautours repèrent souvent avant l’éleveur les animaux morts ou en difficulté. Arriver sur un troupeau et voir un immense groupe de vautours se battre pour une carcasse et la nettoyer en quelques dizaines de minutes est un spectacle très impressionnant.

Un berger ou un éleveur qui y assiste, ou qui découvre un animal mort consommé par des vautours, peut donc facilement en conclure que les vautours sont responsables. Alors qu’il s’agit d’un comportement naturel des oiseaux, qui survient après la mort d’un animal souvent déjà condamné.

Mieux connaître les vautours pour les protéger

Fauve, moine ou barbu : qui sont les vautours en France ?

Les vautours sont des rapaces aux envergures impressionnantes. Quatre espèces sont présentes en France.

Le vautour fauve (préoccupation mineure) : il est reconnaissable à sa tête blanche au duvet ras et à son long cou quasi nu qui émerge d’une collerette de plumes.

Vautour fauve - Crédit : Nicolas Buhrel

Vautour fauve - Crédit : Nicolas Buhrel

Le vautour moine (en danger critique d’extinction) : il tient son nom de la tonsure sur la tête et de son plumage marron foncé.

Vautour moine - Crédit : Antoine Adam

Vautour moine - Crédit : Antoine Adam

Le vautour percnoptère (en danger d’extinction) : c’est le plus petit des vautours français. Avec son bec fin, il vole les bribes de chair dépecées par les autres vautours.

Vautour percnoptère - Crédit : Vadim Heuacker

Vautour percnoptère - Crédit : Vadim Heuacker

Le gypaète barbu (en danger d’extinction) : c’est le plus grand des vautours avec une envergure de 2,90 m. Il se nourrit d’os qu’il brise sur des rochers. Il est le seul vautour à pouvoir utiliser les serres pour saisir.

Gypaète barbu - Crédit : Norbert Potensky

Gypaète barbu - Crédit : Norbert Potensky

Vautours : les nettoyeurs de la montagne

En tant que charognards, les vautours jouent un rôle important dans la nature : ils débarrassent les montagnes des cadavres d’animaux. Cela représente des milliers de carcasses par an, rien que dans la Drôme. Un service naturel et gratuit qui permet d’éviter la propagation d’organismes pathogènes dans les milieux naturels et dans les eaux de surface ou souterraines.

Le vautour fauve consomme plutôt les viscères et les muscles. Le vautour moine, quant à lui, est attiré par les parties plus résistantes, comme la peau, les tendons ou les cartilages. Le percnoptère, vu sa petite taille, récupère en dernier les morceaux restants. Enfin, le gypaète barbu porte bien son surnom de « casseur d’os » : il avale tout rond les os après les avoir brisés sur des rochers en les laissant tomber en vol d’une hauteur de 50 à 100 m.

Des oiseaux protégés, mais encore menacés

Aux XVIIIe et XIXe siècles, à cause de l’utilisation du poison contre les grands prédateurs, des tirs de fusils à leur encontre, de la raréfaction des ongulés sauvages et de l’amélioration de la gestion sanitaire des troupeaux domestiques, les vautours avaient pratiquement disparu de France.

Grâce à leur réintroduction dans les années 1980, ils recolonisent petit à petit des territoires qu’ils occupaient par le passé.

En dépit de leur protection stricte, les vautours restent menacés, notamment du fait des activités humaines. Ils bénéficient de plans nationaux d’actions qui ont permis de procéder à des réintroductions ou des renforcements par le lâcher d’individus.

Vautours et grands prédateurs : même combat

Comme le loup, les vautours sont victimes de nombreux préjugés. L’émotion provoquée par la mort d’une bête donne une vision biaisée du rôle de ces oiseaux. Des dégâts leur sont donc attribués à tort, et des éleveurs mettent la pression pour être indemnisés de pertes courantes dans une exploitation.

La polémique est gonflée par l’attrait de certains médias régionaux pour ce sujet, qui opposent le monde de l’élevage à celui de la protection de la nature. Et l’administration jette de l’huile sur le feu en ne rappelant pas les données scientifiques et biologiques et en allant même jusqu’à promettre des tirs d’effarouchement. On retrouve là bien des points communs avec les grands prédateurs.

C’est bien la méconnaissance de l’animal et de son comportement qui fait croire à des éleveurs que les vautours consomment des animaux vivants. Une idée reçue qui se propage d’une part par des articles de presse et reportages à sensation réalisés sans vérification et par une administration qui n’a pas tué dans l’œuf la polémique.

Pour aller plus loin

Rédigé par ANAB

Publié dans #Oiseaux, #Biodiversité hors région

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H
.Réputation entretenue par certains chasseurs qui aimeraient bien pourvoir de nouveau faire le coup de fusil sur ces oiseaux, et sûrement aussi, alimentée par un lobby de la chasse. J'ai quelques proches qui tiennent le même discours pour plusieurs animaux, en parlant de "régulation " [régulation ?] et autres dégâts dans les cultures et les forêts [dégâts qui existent, mais bien moins importants que les dégâts humains sur les sols notamment...
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R
Merci Gérard de ce commentaire. Oui c'est une grande nouvelle dans certainsmédias. Les chasseurs sont les protecteurs de la nature et ont toutes les compétences pour juger de ce qu'il faut réguler;<br /> <br /> Ne généralisons pas. Certains chasseurs sont compétents mais les autres??<br /> A défaut de pouvoir les réguler il faudrait au moins réguler leurs dires 😛
B
Il y a d'autres "vautours" bien plus nuisibles pour l'homme.
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R
Bernard, comme c'est bien dit