Se déplacer ou s’adapter : la faune sauvage en mode survie

Publié le 29 Août 2022

Le lézard des Pyrénées est menacé par la hausse globale des températures. Vivant entre 2 000 et 3 000 mètres d’altitude, il n’a pas forcément la possibilité de migrer plus haut pour survivre

Le lézard des Pyrénées est menacé par la hausse globale des températures. Vivant entre 2 000 et 3 000 mètres d’altitude, il n’a pas forcément la possibilité de migrer plus haut pour survivre

paru sur le site de l'Alsace le 22/8/2022
transmis par Bernard- Merci Bernard

Le réchauffement climatique pousse-t-il de plus en plus d’animaux à quitter leur habitat pour aller chercher refuge dans des milieux plus cléments ? Si l’augmentation des températures est loin d’être la seule cause, elle est une pression supplémentaire poussant les animaux à changer d’aire de répartition.

Des requins aperçus près des côtes en Méditerranée, une mygale andalouse dans le Var, des cigales à Strasbourg… Ces dernières semaines, la présence de plusieurs animaux sauvages hors de leur habitat naturel historique a interrogé sur la responsabilité du réchauffement climatique. « C’est difficile de l’observer sur un temps court, mais avec l’augmentation des moyennes de températures sur plusieurs décennies, des migrations se font progressivement », explique Jonathan Lenoir, écologue et chercheur laboratoire écologie et dynamique des systèmes anthropisés du CNRS.

Des espèces plus vulnérables que d’autres

Les poissons, les amphibiens ou encore les insectes sont les plus vulnérables. « Ils sont très sensibles à la fluctuation des températures et sont incapables de réguler leurs températures corporelles », détaille Jonathan Lenoir. « Ils doivent donc migrer plus rapidement », précise-t-il.

Les plantes aussi fuient le réchauffement climatique

Les animaux ne sont pas les seuls à tenter d’échapper à l’accélération du changement climatique et à ses conséquences. « Un arbre ne bouge pas. Mais lorsque les graines sont transportées par le vent ou des animaux dans des zones qui peut-être il y a dix ans n’étaient pas viables en raison de températures trop froides, une germination peut avoir lieu si les températures sont devenues plus clémentes », note Jonathan Lenoir, écologue et spécialiste des écosystèmes forestiers.

Le chercheur s’appuie notamment sur une étude parue en juin 2008 dans la revue Science, dont il est l’auteur principal. Ses travaux ont démontré que dans six massifs montagneux français, l’ensemble des espèces végétales forestières a grimpé d’environ 66 mètres en altitude entre la période 1986-2005, et la période 1905-1985. Plus précisément, en 30 ans, les espèces ligneuses plus longévives (arbres et arbustes) sont montées de 20 mètres dans les Alpes, les Pyrénées, le Massif central, les Vosges ou encore le Jura. Tandis que les espèces herbacées, plus rapides, se sont déplacées de 80 mètres sur la même période.

« Ainsi, des espèces végétales vont coloniser d’autres milieux », explique Jonathan Lenoir. « On a chez les plantes un déclin des espèces adaptées au froid et une expansion des espèces adaptées à la chaleur », confirme Maud Lelièvre de l’UICN, qui note que cela a une influence sur les espèces animales. « La végétation des espèces qui étaient à plus basse altitude progresse et d’autres espèces particulières des zones de montagnes, liées à la neige, disparaissent. Cela renforce les difficultés pour les animaux à s’adapter. »

Des mouvements de populations d’insectes ont été constatés ces dernières décennies chez certains insectes, explique Joan Van Baaren, professeure à l’Université Rennes I et spécialiste de l’impact du changement climatique sur les insectes : « Chaque année, le moustique tigre, la chenille processionnaire ou certaines espèces de termites progressent vers le nord de la France. Avant, on ne trouvait des chenilles processionnaires qu’en Espagne. » Ces déplacements peuvent alors contraindre les oiseaux qui se nourrissent de ces insectes à changer de territoire eux aussi, suivant les mouvements de leurs proies.

Des déplacements marqués en montagne

Les zones montagneuses restent les premières touchées par ces déplacements. « Pour qu’une espèce retrouve les températures qu’elle connaissait il y a dix ans, la distance à parcourir en montagne est beaucoup plus faible qu’en plaine », explique Jonathan Lenoir. « Les animaux sont obligés de monter pour rester dans un environnement naturel », abonde Maud Lelièvre, présidente du comité français de l’Union internationale pour la Conservation de la nature (UICN). « Mais il y a une limite physique, note aussi Jonathan Lenoir. On ne peut pas aller toujours plus haut, où toujours plus loin au niveau des pôles… »

Les changements de températures sont plus compliqués à fuir en plaine, « où il faut parcourir une centaine de km avant de perdre ne serait-ce qu’un degrés », explique Jonathan Lenoir. D’autant que « la migration y est entravée par les activités humaines et la fragmentation des habitats naturels », ajoute le chercheur.

« Dans la course au sommet pendant le réchauffement climatique, il y a des gagnants et des perdants. »

Maud Lelièvre, présidente du comité français de l'UICN

Mais ces changements de territoire peuvent bouleverser l’équilibre d’un écosystème. « Quand des espèces qui viennent de latitudes plus chaudes arrivent dans des milieux où elles n’étaient pas présentes, elles rentrent en compétition avec d’autres espèces et des rapports de forces peuvent se créer », détaille Jonathan Lenoir. « Les espèces qui se déplacent peuvent prendre la place des natives », note Maud Lelièvre. La spécialiste donne l’exemple particulier de la montagne : « En altitude, plus on monte, moins il y a d’espace pour tout le monde et donc il y a une concurrence entre les espèces. Dans la course au sommet pendant le réchauffement climatique, il y a des gagnants et des perdants. »

Le risque de l’extinction

Quelles options reste-t-il aux animaux qui ne peuvent pas quitter leur territoire pour faire face au changement climatique ? Rester ? « La migration n’est pas la seule réponse : certaines espèces sont plus plastiques et peuvent tolérer les changements, donc n’ont pas besoin de se déplacer pour l’instant », souligne Jonathan Lenoir. Ou évoluer ? « L’adaptation évolutive, même rapide, va prendre plusieurs décennies pour les espèces. Là, le changement climatique va trop vite », oppose Joan Van Baaren.

Reste une option, triste et radicale. « Lorsqu’une espèce n’est plus adaptée à son milieu et que la compétition est trop rude, c’est l’extinction des populations localement, la dernière réponse », alerte Jonathan Lenoir. Un phénomène amené à se multiplier partout dans le monde si le réchauffement de la planète n’est pas entravé

Rédigé par ANAB

Publié dans #Changement climatique

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